Canicule en Belgique :"Un week-end de fou", "le service des urgences saturé" et "le retour au calme"
En attendant les chiffres officiels de surmortalité liée à la vague de chaleur, on peut dresser un premier bilan sur base des données des hôpitaux, des médecins, des services de secours et des pompes funèbres.

- Publié le 29-06-2026 à 17h14
- Mis à jour le 01-07-2026 à 14h29

Annoncé ce week-end en France, le bilan déjà supérieur à 100O décès excédentaires liés à la canicule laisse craindre un état des lieux relativement similaire, toutes proportions gardées, en Belgique. Il faudra cependant attendre 2 à 4 semaines après la fin de l'épisode caniculaire pour connaître les chiffres officiels et consolidés (publiés par Sciensano) de la surmortalité due à cette vague de chaleur exceptionnelle que nous venons de traverser. D'ici là, un petit tour de différents sites hospitaliers et autres services suffit à confirmer, souvent chiffres à l'appui, que l'activité fut particulièrement soutenue, voire arrivée à saturation par endroits.
"Un week-end de fou", c'est ainsi que la porte-parole de la Croix-Rouge de Belgique, Nancy Ferroni, qualifie les deux jours que nous venons de traverser, en citant quelques chiffres pour illustrer son propos : "rien qu'en Wallonie pendant ces deux jours, il y a eu 1 000 interventions en ambulance réalisées par nos équipes, 26 événements encadrés par nos secouristes et 5 ambulances supplémentaires mises en circulation". Par rapport à une situation normale, "c'est plus de deux fois le nombre d'interventions habituellement réalisées par les équipes ambulancières de la Croix-Rouge de Belgique, commente la chargée de communication. Sous une chaleur accablante, ces dernières heures ont été particulièrement intenses. Vu le rythme effréné des courses, les équipes ne sont presque pas rentrées au QG, une véritable course contre la montre avant de repartir vers une nouvelle urgence. Il y a eu aussi des appels de quelques maisons de repos pour amener des perfusions d'hydratation pour des résidents".
Les hôpitaux au taquet
Avec en moyenne quelque 270 patients qui se sont présentés chaque jour, de vendredi à dimanche, aux urgences, dont une trentaine souffrait d'hyperthermie sévère, les équipes soignantes de l'UZBrussel ont, elles aussi, eu fort à faire. "Les personnes âgées ont été les plus touchées. L'afflux a commencé vendredi après-midi, a atteint un pic le samedi et a progressivement diminué le dimanche, détaille la porte-parole. Les équipes ont observé deux vagues distinctes : d'abord des patients victimes d'un coup de chaleur sévère, parfois avec un pronostic vital engagé, puis des personnes dont l'état s'est dégradé 24 à 48 heures plus tard en raison d'une déshydratation."
Une situation un peu similaire avec celle observée au Grand hôpital de Charleroi, avec près de 300 arrivées en ambulance en 3 jours, ou encore 289 passages aux urgences, vendredi ; 288, samedi et 300 dimanche), soit environ six fois plus que l'activité enregistrée en temps normal.
Aux Cliniques Saint-Luc à Bouge, on parle de saturation aux urgences avec encore un pic ce lundi début d'après-midi, essentiellement pour les pathologies cardiaques et pneumologiques. Alors que le plan canicule était prévu qu'à ce lundi matin, il a été décidé de le maintenir jusqu'à nouvel ordre.
Du côté des hôpitaux Iris-Sud, à Bruxelles, on nous confirme que "nos services d'urgence ont effectivement connu une hausse de fréquentation ce week-end, avec une augmentation d'environ 20 % sur les sites d'Etterbeek-Ixelles et de Molière Longchamp, et d'environ 10 % sur le site Joseph Bracops. Cette hausse a été particulièrement marquée durant la nuit, en raison de la canicule mais également des épisodes orageux. Les chiffres en matière d'hospitalisations restent néanmoins stables à ce stade".
Entre médecins généralistes, les échanges ont été près de deux fois et demie plus nombreux qu'en temps normal, nous dit l'un d'eux, confirmation de la saturation totale du 1733, numéro d'appel des médecins de garde.
Après une activité des plus intenses ces trois derniers jours, "ce lundi, il n'y a plus eu d'admissions pour ces raisons et la situation est beaucoup plus calme", assurait lundi après-midi le porte-parole des Cliniques universitaires Saint-Luc.
Retour à la normal également pour le 112, où les opérateurs des Centrales d'urgence ont été confrontés ce week-end à un volume d'appels particulièrement élevé. "À l'échelle nationale, pour le seul numéro 112, elles ont dû gérer quelque 12 000 appels vendredi et samedi et jusqu'à près de 19 300 appels ce dimanche, contre une moyenne habituelle d'environ 6 000 appels quotidiens, nous dit la porte-parole. Cette situation a eu pour conséquence de mobiliser fortement les opérateurs sur les appels d'urgence vitale qui bénéficient en permanence d'une priorité absolue. La situation est aujourd'hui (NdlR : lundi) revenue à la normale."
Situation généralisée aux pompes funèbres
Au niveau des pompes funèbres, le constat suit cependant la logique des journées précédentes. "En tant que Fédération, nous ne disposons pas de chiffres précis en temps réel, nous dit Stéphane Geeurickx, vice-président et porte-parole de la Fédération wallonne des entrepreneurs de pompes funèbres. Néanmoins, il nous revient effectivement que nos membres ont connu, depuis ce week-end, un nombre exceptionnel de décès à prendre en charge. À titre individuel, il peut arriver que des week-ends soient particulièrement chargés pour l'une ou l'autre entreprise de manière isolée. Mais dans ce cas-ci, on constate que la situation est généralisée au minimum sur toute la Wallonie, ce qui pourrait laisser penser à un lien direct avec les conditions climatiques difficiles des derniers jours. Néanmoins, à notre niveau, nous ne pouvons l'affirmer avec certitude."