Climat: "La vague de chaleur actuelle pratiquement impossible il y a 50 ans"

La vague de chaleur qui accable l'Europe depuis plusieurs jours aurait été "quasiment impossible" il y a 50 ans et le changement climatique en est "incontestablement" la cause, affirme le World Weather Attribution (WWA) dans une analyse "rapide" publiée vendredi.

 Un rappel: bien s’hydrater durant toute la journée!
Climat: "La vague de chaleur actuelle pratiquement impossible il y a 50 ans" ©PHOTOPQR/POPULAIRE DU CENTRE/MAX

Une large partie du Vieux-continent, dont la Belgique, endure actuellement des températures extrêmes, bien au-delà des normes saisonnières, alors qu'un dôme de chaleur s'est formé par le blocage d'une zone de haute pression qui emprisonne l'air chaud au-dessus de l'Europe tout en aspirant l'air chaud du Sahara.

Selon le réseau de scientifiques internationaux étudiant les liens entre événements météorologiques extrêmes et changement climatique, ce qui aurait été pratiquement impossible il y a 50 ans, en 1976, est maintenant devenu possible à cause du réchauffement climatique. "Une vague de chaleur similaire qui se produirait dans le climat de cette époque serait 3,5°C plus froide", estime le WWA. L'année 1976 est pourtant restée dans les mémoires comme une année particulièrement chaude et sèche, notamment en Belgique.

"La manière dont le changement climatique aggrave les vagues de chaleur est établie scientifiquement. Les émissions continues de combustibles fossiles sont directement responsables des perturbations que les gens ont vécu cette semaine à la maison, dans les écoles et au travail", commente Theodore Keeping, chercheur à l'Imperial College de Londres, qui se dit stupéfié par la rapidité du changement.

Le WWA, dont l'analyse exclut tout lien entre le phénomène météorologique naturel El Niño et la vague de chaleur actuelle, estime en outre que les températures nocturnes caniculaires enregistrées cette semaine sont "100 fois plus probables" aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a 23 ans, lors de la canicule de 2003, qui avait fait de nombreuses victimes. Les pics de chaleur en journée sont, eux, environ 10 fois plus probables, selon les chercheurs.

"Les scientifiques comme moi commencent à donner l'impression d'un disque rayé. Nous faisons année après année les mêmes citations en réaction à des chaleurs extrêmes qui ne cessent de grimper. Oui, c'est le changement climatique, oui c'est nous, non ce n'est pas El Niño, oui nous avons les solutions, non, nous ne les mettons pas en oeuvre assez rapidement", affirme pour sa part Friederike Otto, professeure de science climatique à l'Imperial College de Londres et co-fondatrice du WWA.

Autre constat: près de la moitié (45%) des 854 villes analysées dans 30 pays européens ont battu ces derniers jours, ou sont en passe de le faire, leur record de température dite au thermomètre-globe mouillé (WBGT). Cet indice mesure le stress thermique en prenant en compte non seulement la température mais aussi le taux d'humidité et le rayonnement solaire. Au-delà d'un seuil de 25°C WBGT, le corps humain commence à éprouver des difficultés à transpirer et donc à se refroidir, ce qui augmente fortement les risques pour la santé.

Les vagues de chaleur sont responsables de plus de décès en Europe que toutes les autres catastrophes naturelles réunies, souligne encore le WWA, rappelant que les chaleurs extrêmes de l'été 2022 ont fait plus de 60.000 morts sur le Vieux-continent.

Les vagues de chaleur sont d'autant plus dangereuses et mortelles que la population européenne est vieillissante, mettait en garde l'an dernier une étude de l'Imperial College de Londres qui qualifiait de "tueurs silencieux" les pics de chaleur induits par le réchauffement climatique car, bien souvent, les décès qui en découlent ne sont pas enregistrés comme tels.

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