"Même si les organismes ne souffrent plus, les anomalies de températures actuelles sont aussi spectaculaires que cet été"

Nous vivrons des records journaliers de chaleur aujourd'hui et demain, mais c'est tout le mois d'octobre qui est exceptionnel.

"Même si les organismes ne souffrent plus, les anomalies de températures actuelles sont aussi spectaculaires que cet été"
©AP

Vingt-quatre degrés dans le centre du pays, et peut-être 25°C en Campine. C'est que l'institut royal météorologique prévoit pour ce samedi, le 29 octobre. Les températures devraient donc battre le record journalier, puisque le 29 octobre le plus chaud s'est produit en 2005 avec 22,0°C à Uccle. "On serait donc samedi 11°C au-dessus des normales des maxima de saison qui se situent à 13°C pour un 29 octobre." Et aujourd'hui, il a fait 22.4°C en région bruxelloise. Le précédent record, datant de 1913, était de 20.2°C… "Pour dimanche et lundi, nous prévoyons encore des maxima extrêmement doux dimanche, de l'ordre de 21°C et en légère baisse lundi (environ 19°C)", relève Pascal Mormal, de l'IRM.

Températures journalières extrêmes à Uccle entre un 24 octobre depuis 1892
Températures journalières extrêmes à Uccle entre un 24 octobre depuis 1892 ©IPM Graphics

"Il est arrivé d'avoir des séquences très douces assez fréquemment ces dernières années, détaille le météorologue. Fin 2005, on a eu des températures très douces pendant quelques jours autour de 23 degrés pratiquement à la même période de l'année, on a eu en 2012 également 24,5 le 22 octobre même des températures qui dépasse les 20 degrés début novembre, ce sont des choses qui arrivent. Ici, ce qui est impressionnant, c'est d'une part la durée : c'est quasiment tout le mois qui est doux et, ce qui est encore plus impressionnant, la chaleur est plus marquée dans la seconde partie du mois. Elle s'est renforcée dans les derniers jours d'octobre. Enfin, ce qui est interpellant de manière plus générale, c'est qu'on est dans une séquence très douce qui remonte quasiment au début de l'année 2022 : sur les dix premiers mois de 2022, on en a huit qui sont excédentaires en température. À moins que novembre et décembre donnent des records de froid, 2022 sera l'année la plus chaude depuis le début des mesures en Belgique."

Selon le bilan mensuel provisoire, intégrant les prévisions jusqu'au 31 octobre, notre pays se dirige pour le moment vers une température moyenne de 14,43°C à Uccle, ce qui situerait octobre 2022 ex-aequo avec octobre 2001 (14,4°C) voire très légèrement au-dessus. Le mois d'octobre que nous terminons serait donc le plus chaud ou le deuxième plus chaud de l'histoire. En 2006, deuxième année record, la moyenne était de 14, 2 suivie de 2005 avec 14,1. "L'année 1921 avec 14°C est la seule année ancienne qui arrive dans le top", souligne encore Pascal Mormal. Qu'on ne s'y trompe pas, même si nous ne suons pas à grosses gouttes, contrairement à ce qui se passe pendant une canicule, nous vivons actuellement "des températures extrêmes", comme nous le disait cette semaine Robert Vautard, météorologue et climatologue français. "Même si les organismes ne souffrent pas de la chaleur, les anomalies de températures sont aussi spectaculaires que pendant l'été", indique Pascal Mormal.

En effet, les anomalies de températures (différence avec la moyenne) actuelles sont équivalentes, voir un peu plus élevées que celles que l'on vivait en plein mois d'août 2022, confirme le métérologue de l'IRM. Pour le mois d'octobre, nous sommes en moyenne un peu plus de 3 degrés au-dessus des normales (11, 3°C). Pour le mois d'août, qui a été le plus chaud de l'histoire avec sa vague de chaleur (21, 4°C au lieu de 18,4°C), l'anomalie était de trois degrés.

Températures journalières extrêmes à Uccle entre le 24 octobre et le 3 novembre depuis 1892
Températures journalières extrêmes à Uccle entre le 24 octobre et le 3 novembre depuis 1892 ©IPM Graphics

Encore une pompe à chaleur, comme en été

La configuration de l'atmosphère actuelle est d'ailleurs très similaire à celle que nous avons connue pendant les canicules estivales. "Tout à fait; dans les grandes lignes, on a cette dépression sur le proche Atlantique, d'une part, et, d'autre part, un champ de haute pression très puissant sur l'Europe centrale, observe Pascal Mormal. Les dépressions vont agir comme une pompe à chaleur aspirant cet air chaud qui vient du Maghreb et qui conservent une certaine douceur jusqu'à nos régions. Notons que dans l'ouest des Pyrénées, les températures sont au-delà de 30°C. L'air doux en passant au-dessus des Pyrénées et en redescendant, selon le fameux effet de foehn, la masse d'air va se comprimer et, en se comprimant, elle se réchauffe. Pour nos régions, comme mon collègue Fabian Debal le relevait avec justesse, si on avait connu la même configuration météo en plein été, on était tout à fait sur les bases d'avoir une vague de chaleur ou un coup de chaleur. On est fin octobre et on a des températures qui sont presque estivales, puisqu'on frôle le seuil des 25 degrés."

Quid du rôle du réchauffement climatique ? "On se méfie toujours avec un événement isolé, répond Pascal Mormal. Mais le fait que ces épisodes se renouvellent avec une telle fréquence, cela laisse très peu de place au doute. Certes, il y a cent ans, comme on le voit avec 1921, on connaissait aussi ponctuellement ce type d'épisodes très chauds, donc cela fait partie de la variabilité naturelle du climat. Mais ce qui se passe actuellement, la fréquence et la durée des épisodes, est sans commune mesure avec ce qui se passait au XXe siècle. À mon humble avis, on voit ici clairement la signature du réchauffement climatique. On ne peut qu'y voir autre chose qu'une simple coïncidence statistique. Pour rappel, toutes les années les plus chaudes après 1833 en région bruxelloise ont eu lieu après l'an 2000. Difficile de penser que c'est une coïncidence !"

Bilan météo provisoire d'octobre 2022
Bilan météo provisoire d'octobre 2022 ©IPM Graphics

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