"C'est le renard qui garde le poulailler" : PAN Europe dénonce les failles du système européen d'évaluation des pesticides
Selon l'association, l'Union européenne permettrait à trop de produits chimiques dangereux de continuer à circuler sur son territoire.
- Publié le 23-06-2023 à 17h39

"Les agriculteurs, les citoyens et la nature dans l'UE ne sont pas correctement protégés contre les effets négatifs des pesticides dangereux", dénonce Pesticide Action Network Europe (Pan Europe), qui cite plusieurs enquêtes faisant état de produits dangereux maintenus sur le marché européen. Selon les quotidiens The Guardian et Le Monde, plusieurs entreprises chimiques dissimuleraient en effet des études sur la neurotoxicité des substances pesticides afin de s'assurer que leurs produits puissent passer les contrôles de l'UE. Des affirmations qui se basent sur les recherches de deux scientifiques suédois publiées dans la revue Environmental Health. "Cette rétention d'informations semble n'être que la partie émergée de l'iceberg. Il s'agit d'un scandale de bien plus grande ampleur, qui maintient sur le marché des pesticides dangereux", estime PAN Europe.
Pour Pan Europe, le "Pestgate" est le fruit de l'interaction entre l'industrie chimique, des autorités nationales et européennes qui hésitent ou refusent d'agir et un système européen d'évaluation défaillant. "C'est le renard qui garde le poulailler", juge l'association, rappelant que, dans la législation européenne, l'objectif de protection de la santé humaine, animale et de l'environnement doit l'emporter sur l'objectif d'amélioration de la production végétale. "Cette approche favorable à l'industrie des pesticides a pour conséquence d'exposer inutilement les citoyens et l'environnement à des pesticides dangereux, ce qui nuit à notre santé et à la biodiversité."
Avec une coalition d'ONG, l'association a envoyé une lettre contenant dix demandes pour "remédier d'urgence aux lacunes et aux failles du système d'autorisation des pesticides de l'UE". Les ONG plaident par exemple pour le renforcement des évaluations de toxicité et une hausse de la transparence, ainsi qu'une application plus stricte des principes de précaution et de l'approche fondée sur le danger. Les dix points font suite aux recommandations de la commission PEST du Parlement européen il y a quatre ans. "Sur plus de 100 recommandations formulées en 2019 par la commission PEST du Parlement européen pour améliorer le système d'autorisation des pesticides, seules 15 % ont été mises en œuvre à ce jour", déplore Pan Europe.
