Alcool: si on laissait notre foie récupérer ? Un spécialiste nous explique tous les risques de la consommation
Parmi les bonnes résolutions de l'année, arrêter de boire reste un grand classique.
- Publié le 14-01-2024 à 09h35

Gastro-entérologue, spécialisé dans les maladies du foie, le Dr Pierre Deltenre reçoit fréquemment des patients confrontés à un problème d'alcool. Qu'ils soient arrivés chez lui "poussés dans le dos par un proche inquiet de cette consommation à risque" ou alors "conscients eux-mêmes du problème".
Quoi qu'il en soit, "nous essayons toujours de leur faire comprendre qu'il y a beaucoup plus de répercussions négatives que de points positifs à consommer. Une fois qu'ils ont compris cela, il faut les convaincre de se sevrer. Car la prise de conscience – indispensable à la réussite du sevrage – ne suffit pas toujours à les faire arrêter. Il faut en effet prendre conscience, puis accepter de faire un effort et en payer le prix, ce qui est compliqué. Cela demande un renoncement et une énergie considérable. Lorsque quelqu'un n'arrive pas à s'arrêter de boire, on s'imagine qu'il n'a pas de volonté. En fait, il a une volonté, mais la difficulté s'avère encore supérieure à la volonté".
Comment faire, dès lors ? "Nous essayons de combler l'écart entre volonté et difficulté, en leur exposant de manière très claire les tenants et aboutissants, les risques de complications s'ils continuent à boire, en faisant le bilan des lésions, en proposant l'aide de psychologues." Quels risques en l'occurrence ? "La maladie alcoolique du foie, qui va de l'excès de graisse dans le foie (90% des buveurs excessifs) jusqu'à la cirrhose, le cancer du foie et l'hépatite alcoolique aiguë. Ces complications sont associées à une mortalité à court terme non négligeable: 40 à 50% de décès dans l'année."
Mettre en place des stratégies
Vaut-il mieux arrêter totalement ? "On conseille d'arrêter complètement, car il est plus facile pour ceux qui ont consommé de 20 à 30 unités d'alcool par jour de ne plus consommer du tout que de limiter leur consommation, répond le médecin. Les patients qui, partant d'une consommation importante, ont réussi à se contenter d'un verre ou deux à l'occasion, restent exceptionnels."
Quant à se sevrer du jour au lendemain ou de manière progressive, si l'on craint les symptômes d'un sevrage "brutal", "il existe des services qui aident à pallier les symptômes de sevrage grâce à des médicaments et des schémas thérapeutiques. Il est clair que, plus on consomme beaucoup (20, 30, 40 unités d'alcool par jour) plus on peut craindre un risque d'avoir un syndrome de sevrage. C onsommer déjà très tôt le matin, c'est aussi un signe. Cela dit, un consommateur "très important" sur deux n'aura pas de syndromes de sevrage". Comment se manifestent-ils ? "Ces manifestations physiques, qui apparaissent dans les quelques heures à 24 heures après l'arrêt de la boisson alcoolisée, peuvent être des tremblements, des sueurs, de l'hypertension, de la tachycardie, des hallucinations, des crises d'épilepsie, des arrêts cardiaques…" Si l'entreprise n'est certes pas simple et nécessite de mettre en place des stratégies d'éviction, il faut se dire que "plus le temps de sevrage sera important plus la situation sera facile à gérer".
Pour rappel, on parle de consommation à risque au-delà de 2 unités quotidiennes pour la femme et 3 pour l'homme, selon les normes de l'OMS. "En réalité, le risque hépatique commence dès le premier verre quotidien chez la femme et dès le second chez l'homme", remarque le Dr Deltenre, qui ne s'oppose pas à une consommation raisonnée, à savoir "qui n'est ni excessive ni quotidienne, car il faut laisser des jours sans alcool pour permettre au foie de récupérer".