Les chiffres alarmants d'une épidémie silencieuse qui touche toujours plus d'enfants et d'adolescents
Réalisée en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé, une étude publiée dans The Lancet indique que plus d'un milliard de terriens sont aujourd'hui concernés par l'obésité.
- Publié le 01-03-2024 à 14h19
- Mis à jour le 01-03-2024 à 14h33

Plus d'un milliard de personnes dans le monde, enfants et adolescents compris, vivent à présent en situation d'obésité. Si, entre 1990 et 2022, le taux d'obésité dans la population a doublé chez les adultes, il a carrément quadruplé au cours de cette même période parmi les enfants et les adolescents.
À quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre l'obésité du 4 mars, c'est ce qu'indique une vaste étude publiée ce vendredi dans la revue médicale britannique The Lancet et réalisée en collaboration de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dite silencieuse, cette épidémie s'accélère plus encore dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Pour le Pr Francesco Branca, directeur du département "Nutrition pour la santé et le développement" de l'OMS, cette épidémie a progressé davantage que ce qui avait été anticipé. En effet, "le franchissement du seuil du milliard de personnes concernées était initialement envisagé vers 2030", selon le Pr Majid Ezzati de l'Imperial College de Londres, l'un des principaux auteurs de l'étude.
Une croissance plus forte chez les hommes
Ces travaux, qui se basent sur les données d'environ 220 millions de personnes dans plus de 190 pays, suggèrent que quasiment 880 millions d'adultes vivaient en situation d'obésité en 2022, dont 504 millions de femmes et 374 millions d'hommes. En 1990, ils étaient 195 millions. Depuis lors, le taux a quasiment triplé chez les hommes (de 4,8 % en 1990 à 14 % en 2022) et plus que doublé chez les femmes (de 8,8 % à 18,5 %), avec des disparités selon les pays, révèle l'étude qui alerte sur l'inquiétante progression parmi les enfants et les adolescents. En effet, en 2022, près de 160 millions de jeunes étaient concernés par cette maladie davantage les garçons (94 millions) que les filles (65 millions). Trois décennies plus tôt, ils n'étaient "que" 31 millions.
Pathologie classée en 1997 "maladie chronique" par l'OMS, qui définit "le surpoids et l'obésité comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé", l'obésité se caractérise par un dysfonctionnement du tissu adipeux. Elle est d'autant plus préoccupante qu'elle s'accompagne d'une augmentation de la mortalité due à toute une série de pathologies (cardio-vasculaires, diabète, certains cancers, maladies respiratoires, infertilité chez les jeunes femmes…) Il suffit de prendre l'exemple de la pandémie de Covid-19 pour se rappeler que le surpoids était clairement un facteur de risque pour les patients contaminés.
Un mal mondial
Auparavant considérée comme un mal des pays riches, l'obésité touche depuis quelque temps un nombre croissant de pays à revenus faibles ou intermédiaires, comme la Polynésie et la Micronésie, les Caraïbes, le Moyen-Orient et certaines régions d'Afrique du nord. D'après l'étude, les taux d'obésité s'y avèrent désormais parfois supérieurs à ceux de beaucoup de pays industrialisés, notamment d'Europe. "L'obésité est aujourd'hui un problème mondial", fait remarquer Francesco Branca, qui y voit notamment l'effet d'une "transformation rapide, et pas en mieux, des systèmes d'alimentation dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires".
Paradoxalement, on constate à l'inverse "des signes d'infléchissement dans certains pays d'Europe du sud, surtout pour les femmes, l'Espagne et la France en étant des exemples notables", note le chercheur Majid Ezzati. Désormais, d'après les auteurs de l'étude, "dans la plupart des pays, un plus grand nombre de personnes sont touchées par l'obésité que par l'insuffisance pondérale" (aussi appelée sous-poids), laquelle a diminué depuis 1990. Même si le sous-poids reste un problème majeur dans certaines régions du monde, comme l'Asie du sud ou l'Afrique subsaharienne où il est lié à une mortalité accrue chez les femmes et les très jeunes enfants avant et après l'accouchement, ou à un risque de décès supérieur de maladies infectieuses. Un double fardeau à porter en quelque sorte qui peut se résumer en une phrase : ne pas manger assez, mais aussi manger mal.
Des actions bénéfiques pas assez appliquées
"Cette nouvelle étude souligne l'importance de la prévention et de la prise en charge de l'obésité dès le début de la vie et jusqu'à l'âge adulte, grâce à l'alimentation, à l'activité physique et à des soins adéquats aux besoins", souligne dans un communiqué le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, qui appelle à "la coopération du secteur privé, qui doit être responsable de l'impact de ses produits sur la santé".
Cette Journée mondiale de lutte contre l'obésité est l'occasion pour l'OMS de rappeler que "les actions bénéfiques sont insuffisamment appliquées : taxer les boissons sucrées, subventionner les aliments bons pour la santé, limiter le marketing d'aliments malsains auprès des enfants, encourager l'activité physique…"
Quant aux traitements pour le diabète utilisés depuis quelques mois agir contre l'obésité, "ces médicaments sont un outil important, mais pas une solution" à l'obésité, a tenu à préciser Francesco Branca, qui met en garde contre les potentiels effets à long terme ou secondaires de ces substances.
Et en Belgique ?
Ce lundi 4 mars à 17h, l'Association belge pour l'étude de l'obésité (BASO) organise un Policy Event dans la rue de la Loi à Bruxelles à l'occasion de la Journée mondiale de l'obésité.
Le point de départ de cet événement est le livre blanc publié récemment qui contient les recommandations politiques de BASO pour une approche holistique de l'obésité.
"La prévalence du surpoids et de l'obésité constitue un défi pour la société, explique l'association. Les données les plus récentes montrent que près de la moitié (49,3 %) de la population adulte est en surpoids et 15,9 % sont obèse. Les projections pour 2030 sont alarmantes, avec une prévalence prévue de l'obésité de 17,2 % chez les femmes et de 27,6 % chez les hommes. Chez les enfants et les adolescents, 19 % sont en surpoids, tandis qu'un sous-groupe de 5,8 % est obèse. C'est d'autant plus alarmant que l'obésité chez les enfants et les adolescents a des conséquences majeures car elle persiste généralement à l'âge adulte et est associée à de nombreuses comorbidités somatiques et psychologiques, qui peuvent entraîner une mort prématurée".
Après la présentation du Livre blanc par le Pr Bart Van der Schueren, les différents partis politiques seront invités à donner leur point de vue sur la lutte contre l'obésité. La soirée se terminera par une table ronde à laquelle participeront des experts de diverses organisations professionnelles.
Le droit des citoyens atteints d'obésité
"Alors que 60 % de la population belge vit déjà avec l'obésité, il est regrettable qu'aujourd'hui encore, tant de personnes ne connaissent pas leurs droits légaux en termes de traitement et de continuité des soins, quelle que soit leur corpulence, commente pour sa part Jacqueline Bowman, co-fondatrice de la Fondation pour les droits des citoyens atteints d'obésité. La Journée mondiale de lutte contre l'obésité est l'occasion de sensibiliser le public à une cause aussi fondamentale que la réalité de l'obésité, c'est-à-dire un dysfonctionnement des tissus adipeux. Il est important de dissiper le mythe selon lequel l'obésité est une question de morphologie. Ce n'est pas le cas. Plus important encore, il est important que les Belges comprennent qu'ils ont légalement le droit à avoir un diagnostic, un traitement et une gestion à long terme de leur maladie chronique".
Appel est aussi lancé aux décideurs politiques et aux régulateurs afin qu'ils "s'engagent à nouveau pour façonner de manière proactive un système de santé adapté à ses objectifs, incluant l'ensemble du parcours des maladies chroniques menant à l'obésité, comme ils le font pour les cancers, les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2".