Un dossier majeur glissé dans les valises de la prochaine visite royale en Allemagne
La Belgique, les Pays-Bas et la Rhénanie du Nord-Westphalie (Allemagne) ont signé le 26 septembre une déclaration d'intention relative à leur candidature commune pour l'implantation du télescope Einstein dans la zone frontalière des trois pays. Le projet aura une forte dimension diplomatique.

- Publié le 21-11-2023 à 06h41
- Mis à jour le 21-11-2023 à 14h35

Le projet du télescope Einstein avance. Cet observatoire formé d'un tunnel de 30 km en forme de triangle enterré à 250 mètres sous la surface et destiné à détecter dans l'Univers des trous noirs ou des étoiles à neutrons pourrait être construit dans la région des trois frontières, dans l'est de la Belgique. Notre pays est en tous cas candidat.
Dans le cadre du projet E-test, auquel participe l'Université de Liège, une série de forages a déjà été réalisée dans la zone "des trois régions". Mais des forages complémentaires, en partenariat avec les Pays-Bas et via la prolongation du projet E-Test, seront cependant nécessaires pour préciser quelles sont les zones les plus intéressantes à l'intérieur de la zone. Impossible à ce stade de pouvoir donner les indications encore ultraprécises sur l'implantation exacte du tracé des trois branches et du télescope. Mais les observations confirment que la zone peut convenir pour installer le télescope : absences de séismes, réseau hydrologique (des mouvements d'eau peuvent créer des perturbations de bruit problématique), stabilité du sol notamment en lien avec les activités terrestres et urbaines à proximité….
Par ailleurs, un prototype d'interféromètre miroir liquide est en passe d'être terminé à l'ULiège. Première mondiale, ce prototype aux airs de satellites doit permettre de valider des nouvelles technologies afin de détecter les ondes gravitationnelles. Plus précisément, ce prototype démontre la faisabilité de refroidir un miroir de 100 kg de manière radiative, tout en l'isolant des vibrations du sol à basse fréquence. Le dépôt de candidature pour le télescope Einstein est prévu en 2024. La sélection pour 2025 ou 2026 (le processus de sélection est encore à formaliser mais devrait être mené par les délégués des sept pays européens soutenant à ce stade le projet), pour un début de construction en 2028 et une mise en service au milieu des années 2030.
Questions fondamentales sur l'Univers
La Belgique, les Pays-Bas et la Rhénanie du Nord-Westphalie (Allemagne) ont signé le 26 septembre une déclaration d'intention relative à leur candidature commune pour l'implantation du télescope Einstein dans la zone frontalière des trois pays. Le projet aura une forte dimension diplomatique. Le dossier devrait être ainsi au programme des discussions avec l'Allemagne (qui vient de voter une allocation de 9 millions euros pour les études de faisabilité du projet) lors de la prochaine visite d'État du roi Philippe dans le pays début décembre. Il devrait aussi être poussé pendant la présidence belge de l'Union européenne. Il est également considéré comme projet prioritaire et à ne pas freiner même dans le cas où la Belgique serait paralysée par de longues affaires courantes après les élections de 2024.
Il nous revient également qu'une surprenante possibilité n'est pas exclue, afin de contenter tout le monde : plutôt que de construire un seul triangle dans un seul endroit, on construirait deux télescopes en forme de L (à deux branches), l'un en Sardaigne, l'autre dans la zone des trois frontières. Ceci, au niveau scientifique, aurait des avantages et des inconvénients : une meilleure localisation des astres émettant des ondes gravitationnelles mais une moins bonne réduction du bruit pour détecter le fonds d'ondes gravitationnelles.
Le télescope vise de façon générale à observer des trous noirs ou la fusion d'étoiles à neutrons, mais aussi répondre à des questions fondamentales sur l'Univers telles que "que s'est-il passé au moment du Big Bang, quelle est la physique actuelle qui nous dirige, et comment en sommes-nous arrivés au modèle de physique des particules actuel. Si on trouve de la physique plus exotique, cela permet d'attaquer des questions comme "qu'est-ce que la matière noire dans l'Univers", détaille l'astrophysicien Sébastien Clesse (ULB). Ce qui est bien avec l'Einstein Telescope, c'est qu'avec sa sensibilité, on peut vraiment commencer à sonder des modèles d'émissions d'ondes gravitationnelle dans l'Univers très proche du Big Bang. Si on détecte un signal, cela nous apprendrait vraiment beaucoup de choses sur l'Univers primordial."