Vingt ans de combat environnemental
Les riverains du Cadev furent en première ligne dans le dossier de la décharge de Mellery.L'association fête en ce moment ses vingt ans.Son président revient sur deux décennies de luttes, de victoires et de frustrations.
- Publié le 26-09-2008 à 00h00
entretien
Le Cadev (comité d'action pour la défense de l'environnement de Villers-la-Ville) fête en ce début d'automne ses vingt ans d'existence. Dans ce cadre, divers événements seront organisés (voir note). L'occasion de revenir avec le président de l'asbl, Benoît Tonneau, sur deux décennies de lutte, notamment liées à la décharge de Mellery. Un combat "emblématique" de plus de 15 ans dans lequel l'association, estime celui-ci, joua "un rôle inédit et d'avant-garde" et qui contribua en Wallonie à la "prise de conscience des problèmes environnementaux".
Quelle fut l'origine de l'asbl ? Ce ne fut pas la décharge de Mellery...
En effet, la société Cockerill- Sambre voulait acquérir le site de la sablière de Gentissart, à côté de la décharge de Mellery, pour y déposer ses propres déchets. Les habitants de Mellery, déjà passablement excédés par les passages des camions vers la décharge, se sont regroupés. Ils sont allés au tribunal de Nivelles, en référé et ils ont gagné leur action. Cockerill a été interdite de verser ses déchets sur le site de la sablière de Gentissart qu'elle avait acquis.
Un moment important ?
Cette victoire a été déterminante, car elle a montré que la cohésion et la motivation étaient importantes, que le pot de terre pouvait gagner contre le pot de fer. Et les habitants ont embrayé. Ils ont remarqué de l'eau saumâtre au fond de leur jardin, avec des reflets d'hydrocarbure. Ils avaient de fortes suspicions de pollution venant de la décharge et ont demandé des analyses pour connaître le taux de pollution. C'est le début au Cadev du combat de Mellery. À l'origine, on pouvait mettre dans cette décharge des déchets inoffensifs. Mais ce n'était pas le cas. En résumé, des camions venaient d'entreprises chimiques de Hollande et d'Allemagne, directement à la décharge de Mellery. Selon les documents, les déchets étaient sans danger, car ils étaient retraités dans une usine de traitement d'Anvers, mais les documents remplis étaient des faux...
Vous dites que, dans ce dossier, votre rôle était d'avant-garde ?
À l'époque, on partait de zéro. On ne parlait ni d'écologie, ni d'environnement. On était des précurseurs dans le domaine. Dans ce dossier, il a fallu trouver des solutions au fur et à mesure... Je pense qu'on a contribué à des avancées significatives. Mellery a été déterminant dans la prise de conscience des problèmes environnementaux, dans l'évolution de la législation en matière de contrôle des déchets et d'assainissement des sites pollués. Ces combats ont été principalement possibles grâce à la détermination du Cadev. Et Mellery a par exemple mené à la création de la Spaque (société publique d'aide à la qualité de l'environnement).
Quels sont vos victoires et vos regrets ?
Nous avons notamment obtenu la réhabilitation de la décharge. C'est ce qu'on voulait et nous avons gagné. Cela a coûté 30 millions d'euros. La Spaque voulait en faire un modèle de réhabilitation. Mais il y a aussi eu deux combats judiciaires, contre les exploitants de la décharge, ses associés et les transporteurs. Le combat judiciaire n'a pas abouti. C'est une frustration, car le principe du pollueur-payeur n'a pas été appliqué. Les travaux à la décharge ont été réalisés par la Spaque, c'est-à-dire le contribuable. L'autre frustration, c'est le suivi médical. Il a fallu 15 ans pour qu'il se mette en place et il était trop léger et mal adapté aux gens exposés à une pollution de longue durée.
Des années plus tard, ce combat a laissé des traces à Mellery ?
Dès le départ, le village de Mellery a été sociologiquement coupé en deux : ceux qui acceptaient de parler de la pollution et de se battre avec nous et une frange de la population qui refusait d'en parler, parce qu'ils pensaient que c'était néfaste et que cela pourrait faire perdre de la valeur à leurs biens immobiliers. Par ailleurs, au niveau de la santé, on a constaté, lors d'analyses sanguines, qu'il y avait eu des mutations génétiques au niveau du patrimoine sanguin des habitants de Mellery (cela a entraîné le suivi médical) et puis, ce qu'on appelle le "taux d'échange des chromatides soeurs" est revenu à la normale. Selon un médecin de l'entité, Mellery a aussi eu des taux de cancer anormalement élevés et des taux de fausse couche plus élevés qu'ailleurs, mais il est difficile de prouver le lien avec la décharge : on peut répondre que l'échantillon de la population est trop petit, qu'il y a d'autres facteurs extérieurs...
Quel est votre rôle actuel ?
On compte une centaine de membres cotisants et autant de sympathisants. On essaye de sensibiliser la population locale au niveau environnemental et on fait pression sur les autorités communales pour que l'entité devienne une référence en matière environnementale.
À l'occasion des 20 ans, une expo photo se tiendra à partir du 3/10 à la maison communale. Le professeur van Ypersele donnera une conférence le 12/10 à la salle CRCS à 16 heures.
