Bras de fer entre les attentes des joueurs et les ambitions économiques de l'ATP
Les joueurs dans leur grande majorité n'apprécient pas cet élargissement, alors que le patron de l'ATP, Andrea Gaudenzi, en loue les effets positifs.
- Publié le 20-08-2025 à 10h17

Un abandon après 23 minutes dans une finale de Masters 1 000, voilà le scénario dont se seraient bien passés les organisateurs du tournoi de Cincinnati. L'image d'un Jannik Sinner (ATP 1) en souffrance, contraint de renoncer face à Carlos Alcaraz (ATP 2) lundi soir, a ravivé le débat autour du nouveau format de cette catégorie d'épreuves. Exceptés Monte-Carlo et Bercy (qui déménage à Nanterre cette saison), où un passage de sept à douze jours n'est pas à l'ordre du jour, les sept autres Masters 1 000 du calendrier ATP ont franchi le pas.
Sur les réseaux sociaux, l'Espagnol Alejandro Davidovich Fokina (ATP 18) a été le premier à dégainer : "Une finale, un lundi à 15 heures, en août à Cincinnati, après un enchaînement Toronto-Cincinnati qui a connu autant d'abandons et de joueurs épuisés physiquement… Quelque chose doit changer."
Je n'ai pas entendu un seul joueur dire qu'il aimait les Masters 1000 sur deux semaines.
Le n°1 mondial lui-même n'avait pas caché ses réserves. "Je préfère les tournois sur une semaine, confiait-il samedi après sa demi-finale victorieuse dans l'Ohio. On rentre dans le dur dès les premiers tours. On sait d'avance le jour des quarts de finale. Les demi-finales sont le samedi et la finale le dimanche. Ici, la finale est un lundi. À Toronto, un mercredi ou un jeudi. Je m'y perds un peu et j'imagine que c'est pareil pour le public."
Globalement, le point de vue des joueurs est largement négatif. Au début du mois d'août, Alexander Zverev (ATP 3) avait lui aussi mis les pieds dans le plat. "Monte‐Carlo et Paris‐Bercy sont devenus les meilleures semaines, pour les fans comme pour les joueurs. Tu arrives, tu joues tes cinq matchs et tu t'en vas. Tu n'as pas besoin de rester, de t'entraîner entre les rencontres. C'est un sujet sur lequel l'ATP doit vraiment se pencher et trouver une solution. Honnêtement, je n'ai pas entendu un seul joueur dire qu'il aimait les Masters 1 000 sur deux semaines", martelait l'Allemand dans un épisode du podcast Nothing Major.
Le passage à 12 jours a donné aux tournois le temps, la stabilité et la confiance nécessaires pour voir plus grand.
Ces critiques, répétées au plus haut niveau, n'ébranlent pas pour autant Andrea Gaudenzi. Dans une interview accordée au site officiel de l'ATP, le président de l'instance a défendu le modèle.
"Le passage au format sur 12 jours a donné aux tournois le temps, la stabilité et la confiance nécessaires pour voir plus grand, et ce qui se passe à Cincinnati en est l'exemple parfait. Ils ont lancé un projet de rénovation en plusieurs phases de 260 millions de dollars qui va améliorer chaque aspect de l'événement. Pour les spectateurs, cela signifie plus de billets disponibles, une capacité accrue du stade, ainsi qu'une expérience sur place rehaussée, à la hauteur d'un rendez-vous mondial de premier plan. Pour les joueurs, ce sont de nouveaux vestiaires, des espaces de récupération optimisés et de meilleures conditions dans l'ensemble. Pour les médias, ce sont des infrastructures de diffusion de niveau international, qui permettent de mieux valoriser l'événement à travers le monde", détaille l'Italien de 52 ans.

D'après Gaudenzi, la plus-value est énorme. "Il ne s'agit pas seulement de retouches esthétiques. Les revenus générés par ces améliorations sont directement reversés aux joueurs grâce à notre modèle de partage des bénéfices. C'est précisément le type d'investissement structurel et à long terme dont le sport a besoin — et cela n'a été possible que grâce au format élargi."
Tout en précisant que les réformes avaient été débattues avec le Conseil consultatif des joueurs et le Conseil d'administration de l'ATP, Gaudenzi poursuit : "L'un de nos objectifs stratégiques clairs est d'apporter plus d'argent à plus de joueurs. Nous l'avons fait avec le fonds de pension des joueurs, qui est passé de 165 à 300 bénéficiaires mais aussi en plus que doublant les dotations sur le circuit Challenger depuis 2022. Et nous le faisons à travers de grands événements, sur de grandes scènes, avec des tableaux plus étoffés, qui alimentent le moteur commercial du sport. Il suffit de regarder ce qui se passe : des primes records, des projets d'infrastructures à neuf chiffres à Rome, Madrid, Shanghai, Cincinnati. Rien de tout cela n'aurait été possible sans l'espace offert par la fenêtre de 12 jours."
En clair, le bras de fer est lancé entre les attentes sportives des joueurs et les ambitions économiques de l'ATP. Les premiers dénoncent un rythme qui dilue l'intensité et fatigue les organismes, tandis que la gouvernance met en avant des tournois plus solides financièrement, capables de grandir et d'investir. Deux visions d'un même sport, appelées à cohabiter encore un certain temps.