La présence de la Sûreté au centre sur les sectes fait grincer des dents

C’était un point du dernier conseil des ministres et la question va arriver à la Chambre où les députés devront se prononcer à une majorité des deux tiers : d’ici peu, ce sera - enfin - la "relève de la garde", si l’on ose ainsi s’exprimer au sein du Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN). C’est que les mandats des huit membres effectifs et huit membres suppléants sont venus à expiration depuis déjà plus d’un an, mais l’absence d’un gouvernement de plein exercice a quelque peu perturbé le bon fonctionnement de l’institution. En vertu de la loi du 2 juin 1998, modifiée par celle du 12 avril 2004, il y a lieu de procéder à la désignation des nouveaux membres du centre. Dans ce contexte un appel aux candidats a été publié au "Moniteur belge". Le gouvernement a finalement arrêté son choix vendredi dernier. Première surprise : habituellement, pour des raisons de confidentialité, la liste n’est pas diffusée urbi et orbi et, de fait, lorsque nous avons interpellé le cabinet de la Justice, l’on nous a dit ne pas nous pouvoir donner de plus amples précisions sur les CV des candidats retenus. Mais la liste a donné lieu à la publication d’un communiqué, ce qui a déclenché un début de polémique et fait se poser moult questions à des experts en matière d’organismes sectaires. Pour les quatre candidats effectifs qu’il doit nommer, le gouvernement a retenu ainsi le Pr Rik Pinxten, anthropologue culturel de l’université de Gand connu pour ses plaidoyers pour l’interculturalisme, plutôt que pour le multiculturalisme qui ne conduit, à ses yeux, qu’au racisme et à l’apartheid. Gravitant dans l’environnement de la libre-pensée notamment comme président de l’Humanistisch Verbond, la candidature de Pinxten ne pose pas de réel problème. Pas davantage que celle de Luc Willems qui, après avoir été parlementaire CD&V, est aujourd’hui proche de l’Open VLD, mais qui est surtout retenu pour sa connaissance du dossier, étant intervenu à de nombreuses reprises au Parlement sur les sectes en Belgique. Le troisième candidat Gérard De Coninck, criminologue de formation, devrait lui aussi être retenu sans réserves, tout comme le quatrième candidat, Jean-François Husson, secrétaire général du Centre de recherche en action publique, intégration et gouvernance (Craig) et excellent connaisseur de ce qui touche aux cultes et à leur financement en Belgique. Du côté des suppléants, la candidature d’Olivier Faelens n’est pas moins logique, puisqu’il appartient au Studie en Adviesgroep Sekten. Il y a semble-t-il plus de réserves face à la candidature de Kathleen Janssen. Non point parce que cette attachée aux services centraux du SPF Justice dans la filière de métier "Population et Sécurité" manquerait de qualités, mais précisément en raison de son appartenance actuelle à un service proche de la Sûreté de l’Etat.

Christian Laporte

NOMINATIONS

C’était un point du dernier conseil des ministres et la question va arriver à la Chambre où les députés devront se prononcer à une majorité des deux tiers : d’ici peu, ce sera - enfin - la "relève de la garde", si l’on ose ainsi s’exprimer au sein du Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN). C’est que les mandats des huit membres effectifs et huit membres suppléants sont venus à expiration depuis déjà plus d’un an, mais l’absence d’un gouvernement de plein exercice a quelque peu perturbé le bon fonctionnement de l’institution. En vertu de la loi du 2 juin 1998, modifiée par celle du 12 avril 2004, il y a lieu de procéder à la désignation des nouveaux membres du centre. Dans ce contexte un appel aux candidats a été publié au "Moniteur belge". Le gouvernement a finalement arrêté son choix vendredi dernier. Première surprise : habituellement, pour des raisons de confidentialité, la liste n’est pas diffusée urbi et orbi et, de fait, lorsque nous avons interpellé le cabinet de la Justice, l’on nous a dit ne pas nous pouvoir donner de plus amples précisions sur les CV des candidats retenus. Mais la liste a donné lieu à la publication d’un communiqué, ce qui a déclenché un début de polémique et fait se poser moult questions à des experts en matière d’organismes sectaires. Pour les quatre candidats effectifs qu’il doit nommer, le gouvernement a retenu ainsi le Pr Rik Pinxten, anthropologue culturel de l’université de Gand connu pour ses plaidoyers pour l’interculturalisme, plutôt que pour le multiculturalisme qui ne conduit, à ses yeux, qu’au racisme et à l’apartheid. Gravitant dans l’environnement de la libre-pensée notamment comme président de l’Humanistisch Verbond, la candidature de Pinxten ne pose pas de réel problème. Pas davantage que celle de Luc Willems qui, après avoir été parlementaire CD&V, est aujourd’hui proche de l’Open VLD, mais qui est surtout retenu pour sa connaissance du dossier, étant intervenu à de nombreuses reprises au Parlement sur les sectes en Belgique. Le troisième candidat Gérard De Coninck, criminologue de formation, devrait lui aussi être retenu sans réserves, tout comme le quatrième candidat, Jean-François Husson, secrétaire général du Centre de recherche en action publique, intégration et gouvernance (Craig) et excellent connaisseur de ce qui touche aux cultes et à leur financement en Belgique. Du côté des suppléants, la candidature d’Olivier Faelens n’est pas moins logique, puisqu’il appartient au Studie en Adviesgroep Sekten. Il y a semble-t-il plus de réserves face à la candidature de Kathleen Janssen. Non point parce que cette attachée aux services centraux du SPF Justice dans la filière de métier "Population et Sécurité" manquerait de qualités, mais précisément en raison de son appartenance actuelle à un service proche de la Sûreté de l’Etat.

Selon des analystes des phénomènes sectaires, sans contester les qualités de Mme Janssen, le gouvernement n’a pas fait pas montre de prudence en retenant sa candidature car il pourrait y avoir une confusion à terme dans les esprits entre le caractère férocement revendiqué indépendant du Centre et le SPF Justice. Il faut savoir que dans sa fonction d’interface entre le terrain et les autorités, le CIAOSN a réussi à imposer sa neutralité, ce qui lui a permis d’avoir aussi des contacts intéressants avec le monde des sectes sans bien évidemment les suivre dans leurs raisonnements. Nous avons contacté le président sortant du centre afin de le faire réagir. Henri de Cordes nous a cependant répondu fort laconiquement : "Défendant depuis 1998 l’indépendance du centre, vous comprendrez que je m’abstiendrai de tout commentaire tant que je serai en charge " La balle est dans le camp des députés

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