Catholiques et musulmans, frères de doutes et de débats
Les revendications sont différentes, mais les démarches souvent identiques.
- Publié le 04-02-2015 à 12h47

Le catholicisme et l'islam sont difficilement comparables. Leurs conceptions du monothéisme ou le rapport qu'ils entretiennent avec leurs textes sacrés sont, entre autres, très différents. De même, il n'existe pas chez nous de christianophobie identique à l'islamophobie rencontrée objectivement par de nombreux musulmans. Au-delà de ces nuances et de revendications différentes, il est intéressant de remarquer combien la recherche d'une place au sein de la société est à bien des égards identique chez les uns comme chez les autres.
Des communautés divisées en interne
Derrière la division du monde associatif musulman, derrière d'inévitables batailles de clans, se cachent au sein même de ces communautés des visions très différentes de la place que la foi doit occuper dans l'engagement citoyen.
Pour simplifier, disons qu'il existe deux courants. Le premier, que partagent Hamid Benichou, mais aussi de nombreux catholiques, consiste à laisser les croyances dans la sphère privée, pour pouvoir se construire en tant que citoyen "avant tout". Ce courant veut éviter à tout prix les replis communautaires et identitaires pour pouvoir construire une société "ouverte, plurielle et respectueuse de chacun".
Le deuxième courant, s'il souhaite lui aussi l'émergence d'une société "ouverte", est cependant différent. Chez les musulmans comme souvent chez les catholiques, il est porté par la jeune génération. Pour cette dernière, il faut trouver un nouvel équilibre entre foi et citoyenneté, il faut sortir d'un "postmodernisme relativiste" qui n'oserait plus rien affirmer, il ne faut plus cacher cette foi "qui est le moteur de notre engagement", explique un jeune musulman.
Conflits de générations
C'est ainsi que le collectif porté par l'ASBL Embem insiste sur le fait que si la Belgique souhaite lutter contre la radicalisation, elle doit absolument accorder à la religion musulmane une place "pleine et entière". De nombreux jeunes catholiques, en parlant du catholicisme, tiennent le même discours. Tous insistent sur le fait qu'entre la sphère privée et la sphère publique, il existe "l'espace public" où chacun doit pouvoir participer à l'élaboration d'une société qui prenne en compte les personnes dans leur entièreté. "Si on demande à un musulman de cacher sa foi qui est au centre de sa vie, il ne se sentira ni accepté ni entendu. Arrêtons de lui demander d'être schizophrène", explique Hajib El Hajjaji, porte-parole du collectif . " Oui, il y a un conflit de génération s. La jeune génération n'effectue pas un retour à la religion, mais elle est plus décomplexée, poursuit-il. La société a voulu évacuer la question du religieux, elle va voir que ce n'est pas si facile."
Ces mots pourraient être ceux d'un catholique, tant ces fractures sont les leurs aussi. La critique d'une postmodernité "dévastatrice car sans valeurs et sans repères" est partagée non de manière générale, mais de manière plus insistante de part et d'autre .
De son côté, dans son livre "Les lumières de la religion", le philosophe Jean-Marc Ferry incitait déjà la société à réinterroger la place du religieux. C'est ce débat que de nombreux jeunes semblent attendre.
Hamid Benichou a retrouvé les siens
Aussi inédite et historique soit-elle (elle a d'ailleurs gagné encore des dizaines de signataires en une semaine), l'initiative Convergences musulmanes portée principalement par l'ASBL Embem (Empowering Belgian Muslims) ne reçoit pas l'assentiment de certains qui la trouvent trop "communautariste" et "religieuse". C'est pour montrer la "diversité de l'islam en Belgique" que le célèbre policier bruxellois Hamid Benichou a rassemblé les siens dimanche afin de faire émerger un collectif alternatif. S'il n'a pas encore dévoilé le nom, un communiqué officiel sera rendu public dans les prochains jours. Son combat est "au service de la citoyenneté et non au service de la religion", nous a-t-il assuré. "Nous refusons toutes les discriminations, comme nous refusons tous les communautarismes. Nous nous opposons à tout islam politique." Derrière ces dissensions, ne se cache pas simplement une lutte entre deux clans, mais bien une divergence de vision (voir ci-contre).