Huées et applaudissements : la polémique sur l'emploi des langues à la SNCB agite la Chambre
Ce jeudi, le député fédéral Sammy Mahdi (CD&V) est monté au créneau. Hors de question pour lui de toucher aux règles linguistiques en vigueur chez l'opérateur de transport. Focus sur cette législation (très) stricte.

- Publié le 19-12-2024 à 19h40
- Mis à jour le 20-12-2024 à 08h56

Vilvorde, dans le Brabant flamand. Un train de la compagnie belge SNCB arpente cette commune de la périphérie bruxelloise. Casquette bleue scotchée sur la tête, Ilyass Alba, un accompagnateur et influenceur sur les réseaux, entre alors dans le wagon. "Goeiemorgen-Bonjour", articule-t-il à un passager. Il prononce le mot de trop. Mécontent de l'utilisation d'un autre dialecte que celui de Vondel en territoire flamand, le voyageur porte plainte auprès de la Commission permanente de Contrôle linguistique (CPCL). Cette anecdote oubliable aurait pu le rester. Mais entre la peccadille et le vif débat -aux relents communautaires-, il n'y a qu'un pas. Ce jeudi, les réactions politiques se sont enchaînées dans l'hémicycle lors des questions au ministre de la Mobilité Georges Gilkinet (Ecolo).
Une absurdité ?
L'imbroglio a ainsi déraillé en une véritable joute verbale. Dans le viseur, un éventuel assouplissement des règles linguistiques existantes à la SNCB. Suite à la polémique, la société de transport a en effet proposé davantage de flexibilité. "La réglementation actuelle n'est pas suffisamment orientée vers le voyageur", précise l'entreprise. Un avis partagé par le ministre de tutelle. Un "bonjour" et une prise de position publique, il n'en fallait pas moins pour relancer les velléités communautaires.
Lors de la séance plénière, Sammy Mahdi allume la mèche en qualifiant cette idée "d'extrêmement irrespectueuse". "Éhonté, vous abusez de cet événement afin de plaider pour une révision de la législation linguistique et remettre en question le respect du néerlandais en Flandre", scandait le centriste du nord du pays au milieu d'un cénacle partagé entre un amusement visible et un agacement certain.
Fureur également sur les bancs des nationalistes flamands. Depuis la tribune, Eva Demesmaeker (N-VA) fustige l'attitude de l'opérateur : "Nous savons à quoi mène cet assouplissement : à des facilités qui conduisent à un unilinguisme où le néerlandais n'aurait plus sa place".
Remous et huées dans les rangs francophones. François De Smet (Défi) énonce, quant à lui, une histoire insignifiante montée en épingle par quelques parlementaires : "Le seul crime de ce contrôleur reste, sans doute, d'avoir oublié que, dans quelques situations, les lois linguistiques s'avèrent appliquées en dépit du bon sens. Il serait temps de changer de siècle".
Des règles détaillées
Mais à quoi tiennent ces règles que certains souhaiteraient "dépoussiérer" ? En tant que service de transport fédéral, l'entreprise dispose d'un mode d'emploi en la matière. Tout comme les trains, les contrôleurs, conducteurs et autres membres du personnel du rail ne s'arrêtent pas à la frontière linguistique. La SNCB se doit donc de respecter l'arrêté royal sur l'emploi des langues en matières administratives du 18 juillet 1966.
En clair, les annonces orales diffusées au cœur des wagons doivent s'effectuer dans l'idiome de la région où circule le train. Pas question donc d'un "bonjour" à Ostende ou d'un "goeiemorgen" à Arlon. Quid d'un espace bilingue comme Bruxelles ? À ce titre les obligations se montrent aussi très rigoureuses. "Dans ces régions, les annonces doivent être faites dans les deux langues nationales, en commençant par la langue maternelle du chef de bord. Lorsque le train circule dans une commune à facilités, les annonces sont aussi réalisées en néerlandais et en français, en commençant par la langue de la région", précise Tom Guillaume, porte-parole de la SNCB.
À cette marche de manœuvre relativement simple, s'ajoute une série de cas spéciaux. Ainsi, les communications en matière de sécurité permettent des adaptations à la situation concrète. "On peut alors compléter par une annonce dans une langue comprise par la majorité des voyageurs. Cette réglementation vaut également pour toute communication directe avec un passager. Si ce dernier ne semble pas comprendre la langue, le personnel de bord fait en sorte de s'exprimer le plus clairement possible, par exemple en utilisant l'autre langue nationale", poursuit la SNCB.
Dans ce casse-tête complexe, il faut aussi préciser que dans l'ensemble des trains à destination de Brussels-Airport, les annonces se déroulent en français, néerlandais, allemand et anglais.
