En Belgique, plus de 330 000 personnes se sentent exclues des élections : "Laissez-moi voter. Ma voix compte aussi !"
L'ASBL Inclusion mène une campagne de sensibilisation pour que les personnes en situation de handicap intellectuel soient prises en considération avant, pendant et après les scrutins de 2024.

- Publié le 09-05-2024 à 08h20

"Il faut demander l'avis de personnes en situation de handicap intellectuel." Jean, 55 ans, le clame haut et fort dans la première capsule vidéo de la campagne de sensibilisation menée par l'ASBL Inclusion à l'occasion de l'intense année électorale en cours. "Moi, je connais mon problème, mon propre handicap. Je suis là pour représenter les copains. C'est important. Ceux qui ne savent pas, je peux les aider. Je suis aussi là pour les personnes plus âgées", indique-t-il.
Dimitri, 36 ans, veut absolument aller voter. Mais il a un souci avec la manière dont "les politiciennes et les politiciens" s'expriment, dit-il. "Ils parlent un peu trop vite. Ce n'est pas évident de les comprendre. C'est blablablabla… Pour que les personnes avec un handicap intellectuel comprennent enfin ce qu'ils veulent et comprennent la politique, il serait temps que ça change."
Des idées simplistes
Dans la tête des politiques percolent encore les préjugés selon lesquels les personnes en situation de handicap intellectuel ne seraient pas capables de voter ou n'y verraient pas d'intérêt, pose l'ASBL Inclusion. Des idées simplistes qui mènent à une mise en retrait consciente ou non de la vie publique.
On entend pourtant régulièrement en amont des scrutins que chaque voix compte… "Mais, apparemment, pas celle du public qu'on défend", pointe Thomas Dabeux, responsable de plaidoyer. En Belgique, ce sont plus de 330 000 personnes, sans compter leurs proches, qui se sentent actuellement exclues de ces moments d'expression démocratique, poursuit l'association. Soit des personnes avec un développement intellectuel inférieur à la moyenne. Le handicap mental, permanent, est causé par des facteurs génétiques ou environnementaux (infections, intoxications, traumatismes…) avant, pendant ou après la naissance. Il engendre des difficultés d'apprentissage et de compréhension.
Renforcer l'accessibilité des élections ? "Une responsabilité collective"
L'association Inclusion a adressé ses recommandations adressées aux politiques dans son mémorandum 2024-2029. "Renforcer l'accessibilité des élections est une priorité et cela relève de notre responsabilité collective. Les personnes en situation de handicap intellectuel doivent être prises en considération avant, pendant et après les élections", soutient Thomas Dabeux.
Les partis politiques doivent ainsi s'assurer que leurs programmes électoraux soient compréhensibles par le plus grand nombre. La justice doit veiller à ce qu'aucune restriction au droit de vote ne soit plus appliquée de manière définitive sur la base du handicap. Les médias publics doivent aussi faire leur part et rendre accessible la campagne électorale, notamment en langage Falc (pour "facile à lire et à comprendre").
Des phrases courtes avec des mots simples
"Cela veut dire écrire des phrases courtes avec des mots simples", explique Patricia, 49 ans, "relectrice" Falc. D'ailleurs, les documents pour les élections, la mutuelle, le CPAS et les services au public, devraient être mis en Falc pour toute la population et pas seulement les personnes qui ont une déficience mentale, ajoute-t-elle. "Ça peut aider beaucoup de gens dans la vie de tous les jours."

La campagne d'Inclusion encourage en particulier les politiques, les médias, les institutions et les services publics à prendre en compte les besoins et les demandes des personnes en situation de handicap intellectuel dans tout le processus qui entoure les votes des 9 juin et 13 octobre.