Le Rassemblement national ne veut plus siéger avec les Allemands de l'AfD, jugés infréquentables
Suite aux déclarations de la tête de liste du parti d'extrême droite allemand Maximilan Krah, le RN veut prendre ses distances vis-à-vis d'alliés embrassants .
- Publié le 23-05-2024 à 10h14

Trop ist zu viel. Le Rassemblement national (RN) ne considère plus le parti allemand Alternative für Deutschland (AfD) comme un partenaire fréquentable. "Nous ne siégerons plus avec [l'AfD] lors du prochain mandat", a indiqué mardi à nos confrères de Libération Alexandre Loubet, directeur de campagne de l'eurodéputé et président du RN Jordan Bardella, tête de liste du parti pour les élections européennes du 9 juin. En cause : les récents propos de Maximilan Krah, tête de liste de l'AfD. Interviewé par le quotidien italien La Repubblica, M. Krah a indiqué qu'il ne considérait pas que "chaque homme portant un uniforme SS était automatiquement un criminel". Pièce centrale du régime nazi, les SS furent les principaux organisateurs et exécutants de l'extermination des Juifs d'Europe. L'embarras de l'AfD est tel que M. Krah, bien qu'il conserve la tête de liste, est privé de meetings et de déclarations publiques jusqu'aux élections. Mais aux yeux du RN (pourtant avatar du FN, qui fut fondé en 1972 par l'ancien Waffen-SS français Pierre Bousquet et par Jean-Marie Le Pen), les choses sont allées trop loin.
Au cours de la législature européenne écoulée, le RN et l'AfD siégeaient ensemble au Parlement au sein du groupe Identité et démocratie (ID), rassemblant les partis d'extrême droite : outre les deux précités, on y retrouvait notamment le Vlaams Belang, les Italiens de La Lega, le PVV du Néerlandais Geert Wilders et les Autrichiens du FPÖ. Mais depuis un moment déjà, le RN était gêné aux entournures par cette proximité avec l'AfD. Figure tutélaire du RN, dont elle a été la candidate aux élections présidentielles de 2012, 2017 et 2022, Marine Le Pen avait déjà tiqué et réclamé des explications quand il avait été révélé que l'AfD élaborait des projets de "remigration" (autrement dit : d'expulsion). Qu'un assistant parlementaire de M. Krah ait été arrêté parce qu'il est soupçonné d'espionnage pour le compte de la Chine n'a rien arrangé. Les propos de M. Krah sur les SS ont achevé de convaincre le RN que s'afficher avec pareils alliés au niveau européen était un obstacle à sa stratégie de dédiabolisation.
Les "bonnes résolutions" du Rassemblement national passeront-elles le cap des élections ? La réponse dépendra peut-être de l'ampleur du score de l'AfD et des possibles tentatives de rabibochage. Il sera aussi intéressant de voir ce qu'il advient de la perspective, encore très hypothétique, d'un rapprochement avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, dont le parti post-fasciste, Fratelli d'Italia, siège au Parlement européen dans le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR). Mme Meloni évoque "des distances insurmontables" avec l'AfD, elle aussi, mais semble mieux disposée envers le RN, bien que de nombreux sujets continuent de les diviser.
Cela posé, pour l'heure, l'unification européenne des partis d'extrême droite au sein d'un même groupe parlementaire est comme le monstre du Loch Ness : on en parle beaucoup, mais personne ne voit jamais rien venir.
… et la Française Valérie Hayer veut exclure les Néerlandais du VVD de Renew
La décision des libéraux néerlandais du VVD de former une coalition gouvernementale dominée par le parti d'extrême droite PVV passe mal auprès de leurs partenaires européens. La Française Valérie Hayer, tête de liste macroniste pour les européennes, appelle à l'exclusion du VVD du groupe parlementaire libéral-centriste Renew, dont elle est la présidente. Renew vient de co-signer avec les groupes des socialistes et démocrates, des Verts et de La Gauche (mais pas les conservateurs du Parti populaire européen) un engagement à ne pas faire d'alliance avec l'extrême droite.
"Rester alliés [avec le VVD] n'est plus une option parce qu'ils ne respectent pas nos valeurs en faisant cette alliance. Ma ligne rouge est claire […] Je prendrai mes responsabilités au lendemain de l'élection pour que ces valeurs-là continuent d'être respectées", a déclaré mardi Mme Hayer sur BFM-TV. Elle a annoncé qu'elle ouvrirait le débat sur le sujet avec le 10 juin, avec l'ensemble des membres du groupe, dont le MR et l'Open Vld.
Renew ira-t-il jusqu'à exclure le VVD, parti du Premier ministre sortant Mark Rutte ? Les "bonnes résolutions" de Mme Hayer passeront-elles le cap des élections ? (Air connu)

