Les directions face à un véritable casse-tête : "Concrètement, la rentrée n'est pas organisable"
Alors que les directeurs planchent déjà sur l'organisation de la rentrée, ils se heurtent à plusieurs obstacles.

- Publié le 25-06-2026 à 06h38

Le décret programme 2 a été voté le 5 juin par la majorité du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les directions d'écoles sont désormais engagées dans une course effrénée pour organiser la rentrée du lundi 24 août du mieux possible. Mais divers blocages techniques pourraient leur compliquer la tâche, selon Jean-François Nandrin, professeur au Collège Saint-Michel et ancien directeur de l'École secondaire du Sacré-Cœur de Lindthout.
Un vote qui n'a rien arrangé
Le vote du décret programme 2, qui implique des changements majeurs pour la rentrée 2026, est intervenu, pour beaucoup, de façon trop tardive. "Il n'a rien changé aux problèmes que nous rencontrons, assure d'emblée Jean-François Nandrin. Au contraire, puisqu'on attend maintenant le vote du décret programme 3, qui modifiera à son tour certains aspects erronés du décret 2. Pour l'instant, les circulaires ne sont pas encore en ordre, personne ne sait vraiment comment s'organiser", déplore-t-il.
Alors que la rentrée scolaire aura lieu dans deux mois à peine, certains blocages techniques rendraient en effet sa planification plus complexe.
Rattacher un professeur à un cours
Depuis 2016, le décret "titres et fonctions" définit précisément les diplômes (ou titres) exigés pour dispenser chaque cours (ou fonction). Alors que des professeurs de géographie pouvaient par exemple donner le cours d'Histoire, ce n'est plus possible. Si un professeur veut donner le cours d'Histoire, il doit être détenteur d'un diplôme d'Histoire.
Or les directions doivent faire face à une pénurie de professeurs. "D'un côté, on nous dit de ne prendre que des professeurs ayant les bons titres et en même temps, on a créé des 'titres de pénurie non listés', qui permettent aux directions d'engager un candidat avec ce type de titre si elles ne trouvent aucun enseignant porteur de titre requis", résume Jean-François Nandrin.
Mais au-delà de ces accroches cours/fonction, qu'il considère comme "déjà problématiques au départ", les écoles doivent maintenant dispenser des nouveaux cours dans le tronc commun, comme celui de technologie par exemple. "Sur papier, c'est bien beau. Mais qui peut donner ces cours ? s'interroge-t-il. On ne le sait pas."
Vers le mois d'octobre, arriveront aussi les réaffectations. Les enseignants qui ont perdu leur place dans une école – pour l'une ou l'autre raison – seront réaffectés. Alors qu'un professeur aura déjà commencé son année, on pourra lui annoncer qu'un autre – qui est prioritaire – prendra sa place. "Parfois, ça tombe bien. Mais d'autres fois, c'est extrêmement désagréable. Ce sont toujours des effets de cascade et de domino, à laquelle la ministre Glatigny répond avec un grand sourire qu'il n'y a pas de souci. Mais concrètement, la rentrée n'est pas organisable", alerte-t-il.
Une impossible organisation
Et les groupements de pouvoirs organisateurs (GPO) ne seront pas non plus la solution, maintient Jean-François Nandrin. "On aura beau dire à un professeur qui a par exemple perdu deux heures qu'une autre école a besoin de lui, il n'aura pas forcément envie d'enseigner n'importe où parce qu'il est attaché à un certain type de pédagogie." Un professeur plutôt "classique" pourrait être envoyé dans une école où les points sont donnés différemment et un enseignant adepte des pédagogies nouvelles pourrait se retrouver dans une école où l'on considère que 49,5 % est un échec. "Cela soulève aussi des problèmes d'organisation. Si l'on donne cours dans deux ou trois écoles différentes, il faut savoir gérer tous les déplacements que cela implique", ajoute-t-il.
Habituellement, les attributions sont données à la fin de l'année scolaire, même si elles sont encore susceptibles de changer légèrement. Mais tant que le décret programme 3 n'est pas encore voté, les directions ne savent pas encore comment s'organiser. "Cela veut dire que je ne sais pas quand, ni si je devrai préparer un nouveau cours avant la rentrée."
Deux enseignants pour un cours ?
Une autre mesure qui inquiète l'ancien directeur est l'augmentation de la charge horaire des professeurs du secondaire supérieur. "Contrairement à ce que l'on peut lire, ce n'est pas seulement travailler plus pour gagner autant qui pose problème. C'est de travailler plus au détriment d'autres collègues et des élèves. Avec deux heures de plus, je serai moins attentif et disponible pour ma classe", craint-il.
Cela signifie aussi que certains professeurs devront donner cours à deux, soutient Jean-François Nandrin. Avant, la charge horaire d'un enseignant correspondait souvent parfaitement à un nombre entier de classes. Mais avec l'ajout de ces deux nouvelles périodes "face classe", le calcul ne tombera plus juste. Or il est déjà difficile pour de nombreux élèves de devoir s'adapter chaque année aux exigences d'un nouveau professeur. "Comment les enseignants s'y retrouveront-ils pour mettre les points aux élèves, comment réussiront-ils à se partager un cours de langue, de mathématiques ou de français ? Ça ne s'imagine pas du jour au lendemain."
Un malaise plus profond
Pour Jean-François Nandrin, ces questionnements relèvent d'un malaise plus profond. "Cela témoigne du fait que l'on veut foncer sans écouter ceux qui disent 'ok faisons cette réforme, mais pour la rentrée 2027, pour nous laisser le temps de respirer, de voir comment s'y préparer. Ce sont des circulaires énormes, ça ne se lit pas comme un roman, il faut pouvoir déterminer comment on s'organise", regrette-t-il. S'il se dit plutôt favorable au contenu du décret, il regrette son timing. "La vitesse à laquelle on veut l'imposer ne tient pas compte des gens qui devront appliquer ces mesures sur le terrain. C'est là le fond du problème", conclut-il.