Paroles d'avocats | Les confessions du pénaliste qui monte, Fabian Lauvaux : "Des clients ont déjà voulu me payer avec des bijoux"
Argent facile, menaces, pression, etc. : "La vie de pénaliste, c'est sans cesse devoir mettre des limites", témoigne Fabian Lauvaux.

- Publié le 07-08-2019 à 11h06
- Mis à jour le 09-08-2019 à 19h47

Argent facile, menaces, pression, etc. : "La vie de pénaliste, c'est sans cesse devoir mettre des limites", témoigne Fabian Lauvaux. Directement qualifié à ses débuts d'étoile montante du barreau de Charleroi, à 38 ans, Fabian Lauvaux fait désormais partie du cercle des stars des pénalistes francophones du pays. Avec plus de 40 procès d'assises au compteur, l'avocat connu pour traiter tant des affaires de meurtres, de grand banditisme que de terrorisme, a déjà décroché le titre de jeune ténor du barreau. Pas de quoi faire perdre la tête pour autant à celui qui dit imposer régulièrement des limites à certains clients.
Comment vous êtes-vous fait une place dans ce métier ?
"Aucune porte ne s'ouvrait dans l'univers des pénalistes lorsque j'étais stagiaire, c'était vraiment dur. Alors j'ai passé trois ans chez le doyen de l'Ordre national des avocats, Raymond André. Il a vite compris que le droit commercial, ce n'était pas ma passion et il m'a poussé à ouvrir mon propre cabinet. Se lancer seul dans le métier, c'est quasi-mission impossible. On ne gagne rien du tout au début mais les résultats sont arrivés à force de travail."
Quel dossier vous a propulsé sur le devant de la scène médiatique ?
"J'étais tout jeune et j'ai obtenu un excellent résultat dans un trafic de plusieurs centaines de kilos de cocaïne à bord d'un camion. Ensuite, il y a eu le meurtre du petit Noam, cet enfant d'un an, de Couvin ébouillanté et torturé par sa belle-mère. J'étais face à une pointure du barreau et j'ai obtenu de très importantes circonstances atténuantes."
Pensez-vous vraiment qu'un pénaliste a une influence capitale sur les peines prononcées ?
"Le poids de l'avocat est déterminant, c'est évident. On pèse fortement sur les résultats, j'en suis convaincu. Je n'ai eu jusqu'à présent qu'une seule condamnation à perpétuité. Ce serait facile de dire que c'est à cause du client mais c'est l'argument du faible. Notre rôle, notre connaissance du dossier, notre façon de plaider est déterminante, c'est statistiquement prouvé."
Quelle est la meilleure manière de plaider ?
"Pour ma première plaidoirie, j'étais assis à côté de Xavier Magnée. Il me voyait stressé. J'avais préparé plusieurs pages avec mot pour mot ce que je comptais dire. Il m'a regardé et m'a dit : plus le papier est petit, plus le talent est grand. J'ai laissé tomber mes feuilles et je me suis lancé. Une fois qu'on connaît son dossier, un plan suffit."
Comment faites-vous pour enchaîner les audiences et tenir le coup physiquement ?
"C'est un métier de dingue, c'est certain. C'est aussi une passion mais cela demande des concessions importantes. Sur le plan mental, il faut une force de caractère hors du commun pour tenir le coup. Personnellement, je m'appuie sur un soutien familial inconditionnel et du sport à haute intensité."
Une passion qui rapporte pas mal financièrement…
"Je gagne correctement ma vie. Je ne vais pas me plaindre. Mes rémunérations correspondent au travail effectué et en quinze ans, pas un client n'a déposé contre moi un dossier de contestation d'honoraires."
À force de traiter avec le grand banditisme, vous n'avez jamais été tenté par des propositions illicites ?
"La vie de pénalistes, c'est sans cesse devoir mettre des limites. L'argent facile, les propositions dangereuses, c'est clair que cela existe mais le tout, c'est d'être très clair avec les clients. On m'a déjà proposé de me payer avec des bijoux. J'ai dit non ! Sans compter les clients qui veulent vous payer pour leur faire entrer un GSM en prison. Je leur explique que je ne joue pas à ce jeu-là et ils comprennent souvent qu'il y va de leur intérêt."
"On m'a déjà menacé de me prendre en otage à l'audience"
Du grand banditisme au terrorisme en passant par les meurtres et les mœurs, le pénaliste Fabian Lauvaux ne refuse pas une catégorie d'affaires. C'est au cas par cas qu'il décline certains dossiers.
"J'ai refusé de défendre Marc Dutroux devant le tribunal d'application des peines. J'ai déjà refusé un représentant de l'extrême droite. Je ne veux pas être assimilé à ce genre de personnages. Et lorsqu'un client ne me fait pas totalement confiance, je préfère cesser de le défendre", précise le pénaliste qui nous confesse avoir déjà subi des menaces dans le cadre de sa profession.
"Un client m'a déjà menacé de me prendre en otage en pleine audience si jamais il faisait l'objet d'une arrestation immédiate. Il était très sérieux. Il s'est excusé par la suite. Il y a aussi des clients qui tentent le chantage au moyen d'intimidations. J'ai déjà eu des menaces tant sur moi que sur mes proches. Quand on fait face à des figures du grand banditisme, ce n'est pas toujours évident mais personnellement, je ne fais pas de fausses promesses de libération. Dans notre univers de pénalistes, la concurrence est féroce, cela fait partie du jeu mais j'estime qu'il y a des limites à ne pas franchir. Certains comportements entre confrères sont à proscrire parce qu'ils mettent la profession en danger. On est face à des dossiers parfois chauds et dangereux où les enjeux sont importants tant sur le plan financier que sur l'aspect humain."
