Qatargate: "D'après la Sûreté de l'État, Marie Arena semble avoir reçu des autorités qataries une Rolex et un collier"
La Libre a pu lire un document dans lequel les enquêteurs ont compilé des extraits de communication entre l'ex-député italien Antonio Panzeri et l'eurodéputée belge Marie Arena.

- Publié le 21-11-2023 à 19h35
- Mis à jour le 22-11-2023 à 15h19

Corruption ou lobbying, qu'est-ce qui anime le dossier du Qatargate dont l'enquête semble s'effilocher au fil des semaines ? Définissons d'abord ce qui différencie la corruption (illégale) du lobbying (légal).
Le lobbying consiste à entrer en contact avec des personnes qui ont du pouvoir dans un domaine d'activité bien précis pour tenter de les convaincre d'agir dans un sens plutôt que dans un autre. La pratique est légale. De nombreux lobbyistes sont d'ailleurs actifs dans et autour des grandes institutions, notamment les institutions européennes. La corruption a le même objectif, mais pour y arriver, la personne qui intervient pour convaincre agit en promettant, aux décideurs ciblés, un cadeau ou une somme d'argent en échange. Cette pratique est illégale.
Antonio Panzeri était-il lobbyiste ou corrupteur présumé ? Pour tenter d'y voir plus clair, les enquêteurs se sont donc intéressés au réseau constitué par cet ex-député italien ainsi qu'à ses proches. Si la presse a longuement évoqué l'eurodéputée grecque Eva Kaili et l'eurodéputé belge Marc Tarabella – tous les deux poursuivis dans le dossier Qatargate -, le nom de l'eurodéputée belge Marie Arena revient également à de très nombreuses reprises.
Bien que cette dernière ne fasse pas l'objet de poursuites (il est cependant question d'une demande de levée d'immunité imminente), cela n'a pas empêché les enquêteurs de se pencher en profondeur sur le rôle qu'elle occupait dans l'écosystème Panzeri, dont elle était une amie proche. Dans un document que La Libre a pu lire (et qui ont également été cités par la presse italienne ce 21 novembre), on constate ainsi que de nombreux échanges entre Panzeri et Arena ont été collectés puis analysés par les autorités.
Onze pages d'échanges
Le document en question est en fait un PV de police de onze pages, reprenant des informations issues d'une note de la Sûreté de l'État. Le fichier énumère notamment une série d'échanges (écoutes téléphoniques ou messages écrits) entre Panzeri et Arena. Les discussions concernent plusieurs pays (dont le Qatar) avec lesquels les protagonistes ont eu des contacts. Il est aussi question d'argent.
Dans les conclusions, on peut notamment lire que "Arena est citée par Meroni (ancien assistant de Panzeri, NdlR) comme faisant partie du quadriumvirat "Cozzolino/Moretti/Arena/Tarabella pour la résolution de problèmes en faveur du Qatar" ; et que "Arena va effectuer un voyage en compagnie de Panzeri et Figa Talamanca au Qatar en mai 2022. Lors de ce voyage, Panzeri va instruire Arena concernant les droits des travailleurs".
Toujours selon ce document, "Arena semble, d'après la Sûreté, avoir reçu des autorités qataries une Rolex et un collier" ; "Arena semble – toujours d'après la Sûreté – être citée et partie prenante lors des calculs de rémunérations du Qatar pour le travail réalisé par Panzeri".
On apprend encore que "Panzeri insiste auprès d'Arena sur l'importance de rester à sa place à la sous-commission DROI du Parlement européen pour les raisons qu'ils connaissent. Ce à quoi Arena répondra "…Je le sais. Mais ils doivent savoir que je peux tout faire mais pas tout accepter…".
"Panzeri fait clairement état du fait que grâce à l'aide/au travail effectué par Arena, il "ramasse" de l'argent", peut-on aussi lire dans le document.
"Rien à voir"
Pour rappel, les notes de la Sûreté de l'État ne sont pas des preuves, mais des éléments d'information qui peuvent permettre aux enquêteurs d'être aiguillés dans leurs investigations. Jusqu'à présent, la justice n'a toutefois pas semblé nécessaire d'entendre Marie Arena dans le cadre de l'enquête.
Cette dernière a toutefois expliqué à La Libre, le 11 septembre, n'avoir "rien à voir avec cette affaire", se défendant de toute implication. Elle avait assuré n'avoir reçu de cadeau "ni du Qatar, ni de personne", et avait également démenti les allégations selon lesquelles elle ferait partie d'un groupe "piloté" par Panzeri.
