Morgan Bonneure, avocat de Marie Arena : "Madame Arena souhaite être entendue et elle n'a pas besoin d'être protégée par qui que ce soit"
Plusieurs noms apparaissent dans l'épineux dossier du Qataragate. Dont celui de l'eurodéputée belge Marie Arena. Pourtant, l'élue socialiste n'a jamais été entendue, ce qui irrite certaines parties à l'affaire. Les avocats de Marie Arena s'expliquent.

- Publié le 07-12-2023 à 06h30
- Mis à jour le 07-12-2023 à 06h34

Si les investigations dans l'affaire dite du Qatargate – scandale de corruption présumée au sein du Parlement européen – se poursuivent, Sven Mary et Christophe Marchand, les avocats de l'eurodéputée grecque Eva Kaili (inculpée dans ce dossier) ont exprimé, à La Libre, de nombreuses critiques à l'encontre du parquet fédéral dans sa gestion du dossier.
Les deux avocats ont notamment dénoncé la sortie du parquet fédéral qui, dans un communiqué de presse diffusé le 29 novembre, déclare qu'il n'est "pas question, pour l'heure, d'une levée d'immunité parlementaire de Marie Arena". Ils ont qualifié cette annonce de "décision unilatérale" communiquée de façon "intrigante". Sven Mary et Christophe Marchand pointaient aussi le statut de repenti accordé au cerveau présumé du Qatargate, Antonio Panzeri.
Pour rappel, l'ex-député européen italien a signé, en janvier 2023, un accord avec le parquet fédéral belge prévoyant qu'il collaborera avec les enquêteurs en échange d'une peine de prison "limitée". Le problème, jugent Sven Mary et Christophe Marchand, c'est que "Panzeri ment". "Nous sommes persuadés que si une levée d'immunité de Madame Arena doit avoir lieu, elle pourrait dire des choses qui viendraient contrecarrer les propos de Panzeri. Le statut de repenti serait alors désuet, ce qui pourrait remettre en cause tout ce truc mis en place par le parquet fédéral", ont ainsi déclaré les avocats à La Libre.
Dans la foulée, Michèle Hirsch et Morgan Bonneure, les avocats de Marie Arena, ont publié un communiqué de presse. "Nous avions demandé aux magistrats en charge du dossier de clarifier publiquement la situation de Marie Arena dans le dossier. La communication du parquet va dans ce sens", se félicitent-ils dans leur texte.
La Libre a contacté les avocats de Marie Arena pour davantage d'explications. Morgan Bonneure, l'un des conseils de l'eurodéputée belge, nous a reçu dans son bureau pour un entretien d'une vingtaine de minutes.
"Interprétations hasardeuses"
"Vous vous souviendrez que lors d'une rencontre avec La Libre, en septembre, à propos de cette histoire, nous avions commencé par dire que nous étions dans une situation paradoxale, entame Morgan Bonneure. Parce que la justice ne met pas, en réalité, Marie Arena en cause. Et pourtant, cela fait un an qu'elle doit se défendre médiatiquement de quelque chose dont la justice ne l'accuse pas. Et cette introduction faite lors de cette interview donnée en septembre à La Libre reste, aujourd'hui, d'actualité."
Le conseil de Marie Arena revient également sur le fameux communiqué du parquet fédéral qui a suscité l'ire des avocats des autres protagonistes dans ce dossier. "En termes de procédure pénale, le fait qu'il n'y a pas de demande de levée d'immunité, cela a une signification particulière et importante. Cela veut dire que le parquet fédéral n'envisage pas, au jour d'aujourd'hui, des poursuites à l'encontre de Marie Arena devant le tribunal correctionnel. Me Bonneure est donc bien conscient que la situation de Mare Arena peut changer au fil de l'enquête. "Mais cela n'en reste pas moins une décision significative que le parquet a communiquée, relève-t-il. Parce qu'elle intervient un an et demi après le début de l'enquête. Cela ne nous paraît pas être une communication neutre."
"Quand je lis qu'on nous soupçonne d'organiser une communication conjointement avec le parquet fédéral, je trouve cela totalement risible. Franchement, cela me fait même rire".
Sauf qu'il y a, justement, eu des critiques à l'encontre du parquet fédéral pour cette communication que Morgan Bonneure qualifie de "non neutre". Partagez-vous ces critiques, interroge-t-on ? " Madame Arena le dit et le répète : elle a toujours agi avec intégrité, elle n'a strictement rien à se reprocher. Et pourtant, cela fait un an qu'elle fait l'objet d'accusations incessantes, sur la base de fuites d'éléments partiels issus du dossier répressif et qui contiennent des accusations totalement inexactes, martèle l'avocat. Et, par rapport à cela, je me permets d'attirer votre attention sur le fait que le parquet fédéral lui-même dit, dans son communiqué de presse, que ces fuites mènent, souvent, à des interprétations hasardeuses. Quand je lis qu'on nous soupçonne d'organiser une communication conjointement avec le parquet fédéral, je trouve cela totalement risible. Franchement, cela me fait même rire."
"De la poudre aux yeux"
Quand on interroge Me Bonneure sur les nombreuses interrogations que suscite la non-audition de Marie Arena dans ce dossier où elle est abondamment citée, il s'explique. "Cela fait un an que Marie Arena demande à être entendue. Cela fait des mois que nos courriers dans ce sens envoyé à la justice (magistrat fédéral et juge d'instruction) restent sans réponse. Et donc, nous avons effectivement écrit au parquet fédéral pour dire, une nouvelle fois, ça suffit. Pour dire que cette situation dans laquelle se trouve Marie Arena avec cette campagne médiatique, ça ne va pas et qu'il faut faire quelque chose".
"Cela fait un an que Marie Arena demande à être entendue. Cela fait des mois que nos courriers dans ce sens envoyés à la justice (magistrat fédéral et juge d'instruction) restent sans réponse".
À en comprendre Morgan Bonneure, c'est donc dans cette optique que le parquet fédéral a diffusé un communiqué de presse pour dire qu'une levée de l'immunité parlementaire de Marie Arena n'était pas à l'ordre du jour pour l'instant. "À propos de cette communication du parquet fédéral, je vais dire ceci : qu'elle soit la conséquence immédiate de notre demande de communication ou qu'il s'agisse d'une communication du parquet qui était déjà prévue, finalement, peu importe. Nous, en tout cas, nous avions demandé une communication au parquet très peu de temps avant leur sortie."
Est-ce une pratique courante, interroge-t-on ? "Ce n'est pas courant, mais ce qui se passe n'est pas courant non plus. Que cette communication du parquet fédéral était déjà prévue ou non, peu importe, car elle va dans le sens d'une clarification publique que nous avions demandé."
Et de conclure : "Je le répète : Madame Arena veut être entendue et elle le réclame d'ailleurs depuis que son nom a été cité dans la presse. Donc depuis le départ. Elle va probablement être entendue, ne fût-ce que parce qu'il y a eu une perquisition et, dans le cours normal, on est entendu après ce type de choses. Non seulement, ça serait normal, mais en plus elle espère que cela va arriver très rapidement. L'absence d'audition de Marie Arena a été instrumentalisée par certains dans les intérêts de leur défense. Je pense que c'est de la poudre aux yeux et j'espère que personne ne sera dupe par rapport à cela. C'est leur défense, je la leur laisse, mais Madame Arena souhaite être entendue et elle n'a pas besoin d'être protégée par qui que ce soit. Quand sera-t-elle entendue ? J'espère bientôt. Comme on l'a dit dans le communiqué, le cas échéant, Madame Arena se propose de donner son point de vue publiquement."
