Pas de sirène, pas de gyrophare, à plus de 40 km/h derrière un enfant en trottinette dans un parc : "Une disproportion qui choque"
Ce sont les mots du procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil. Le policier au volant du combi qui a percuté mortellement Fabian, 11 ans, dans un parc à Ganshoren, a été placé sous détention à son domicile.

- Publié le 11-06-2025 à 18h35
- Mis à jour le 11-06-2025 à 22h23
Le policier qui conduisait le combi qui a percuté mortellement Fabian, 11 ans, dans le parc Elisabeth à Ganshoren le lundi 2 juin dernier, a été inculpé et placé sous mandat d'arrêt, a indiqué mercredi le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil. L'agent âgé de 26 ans est poursuivi pour entrave méchante à la circulation ayant entraîné la mort. Il s'agit d'une d'inculpation passible de 20 à 30 ans de réclusion, conformément à l'article 408 du Code pénal.
Le juge d'instruction en charge du dossier a placé le jeune policier originaire de Virton en détention provisoire à son domicile, sous surveillance électronique. La chambre du conseil doit se prononcer vendredi sur le maintien ou non de sa détention. La policière présente sur le siège passager du SUV a été entendue, mais n'a pas été inculpée à ce stade de l'enquête, a ajouté le procureur.
"La circonstance de mort n'est pas volontaire"
Julien Moinil tient à préciser qu'il n'est pas question, dans le chef du jeune policier placé sous mandat d'arrêt, d'avoir voulu tuer l'enfant. "La circonstance de mort n'est pas volontaire." En revanche, la justice a retenu, à ce stade, qu'il y avait une volonté d'entraver à tout prix le conducteur de la trottinette, "puisqu'il y a eu pénétration du véhicule de police dans le parc et une course-poursuite".
Le motif de la course-poursuite est "désormais très clair", a ajouté le représentant du parquet. Le garçon a été pris en chasse parce qu'il circulait sur l'engin électrique, ce qui est interdit en dessous de 16 ans. "On n'est pas ici dans un dossier de stupéfiants, dans un dossier de vols ou d'agressions. Le jeune n'avait rien d'autre à se reprocher si ce n'est d'être sur cette trottinette."
Si une instruction judiciaire a été ouverte, c'est en raison de contradictions apparues rapidement entre les déclarations des policiers en intervention et les éléments objectifs du dossier. "J'ai souhaité que des perquisitions soient faites pour saisir les GSM des deux agents afin d'examiner les conversations qu'ils avaient eues entre eux", a précisé le procureur. Ils sont en cours d'exploitation.
Dans un parc où circulent des piétons
Selon la première expertise automobile et d'après des témoins directs, les gyrophares (les feux bleus) et la sirène du combi n'étaient pas activés au moment où la course-poursuite a été engagée, contrairement à ce qu'ont déclaré les deux intervenants impliqués dans la tragique collision. La voiture roulait vite, à une vitesse de plus de 40 km à l'heure. "Nous sommes, pour rappel, dans un parc, où circulent des piétons et qui n'est pas accessible à des véhicules", précise encore Julien Moinil.
Certains éléments doivent encore être éclaircis. Le combi a-t-il reçu l'autorisation d'entrer dans le parc ? Le médecin légiste désigné a conclu que l'enfant est décédé après avoir été écrasé par les roues de la voiture. Mais le véhicule a-t-il renversé Fabian avant de l'écraser ou le garçonnet avait-il chuté de sa trottinette ? Si ces réponses viendront plus tard, le procureur du Roi de Bruxelles évoque "une disproportion qui choque" dans l'intervention policière.
Ce n'est pas le procès de la police bruxelloise
Des faits "très graves" se sont produits ; il ne s'agit pas, pour auttant, de faire le procès de la police bruxelloise, insiste le procureur. "La toute grande majorité des policiers, ce sont des hommes et des femmes qui nous protègent de façon consciencieuse. Ils prennent des risques pour leur propre sécurité et agissent à Bruxelles dans un contexte très tendu. Ils se font eux-mêmes tirer dessus. Ils ont des familles, des enfants. La police doit rester soutenue".
Il reste que le placement sous mandat d'arrêt du jeune agent impliqué dans le drame de Ganshoren sème un désarroi certain dans les rangs policiers. Plusieurs représentants syndicaux considèrent cette décision comme "incompréhensible" et se demandent comment ils pourront encore travailler avec une telle épée de Damoclès au-dessus de leur tête. "C'est ça qui génère le choc et le trouble auprès des membres du personnel qui sont confrontés à toute une série de difficultés dans le cadre de leurs missions. Et ils se disent que parfois les actes qu'ils posent en quelques instants peuvent amener à ce type de réponse", expliquait ainsi Anthony Turra, responsable de police au sein de la CSC (syndicat chrétien), au micro de la RTBF.
