"J'en ai les jambes coupées" : une phrase Paolo Falzone après le témoignage d'une femme provoque la colère du public et des parties civiles
Cette nuit-là, Olivier et Nicole accompagnaient leur fils Florian, en compagnie d'Amélie et de Laure Gara. Fabian, quant à lui, accompagnait sa fille Léa et quelques amis.
- Publié le 12-05-2026 à 18h23
- Mis à jour le 13-05-2026 à 08h27

La Cour d'assises du Hainaut a poursuivi, mardi après-midi, l'audition des témoins directs du drame survenu le 20 mars 2022, rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies. Ce matin-là, la BMW conduite par Paolo Falzone avait percuté, à plus de 170 km/h, un groupe participant au ramassage des Gilles dans le cadre du carnaval du village.
Nicole et Olivier accompagnaient leur fils Florian, gille, lors de la nuit du drame. Leur amie Laure Gara immortalisait encore Florian, "son chouchou", quelques instants avant l'horreur avec son appareil photo. L'ambiance était alors à la fête, entre proches heureux de se retrouver après les années marquées par la pandémie.
En larmes
En larmes à la barre, Nicole a replongé dans cette soirée qui avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. "Nous étions côté droit de la voirie, près de la grosse caisse. Je vois ma collègue Cécile qui est seule. Je m'avance vers elle. J'entends une voiture", raconte-t-elle.
Olivier, lui, évoque d'abord "un bruit d'avion" avant de comprendre ce qui se passe. "Je tourne la tête, je vois une voiture. Je me dis qu'il va freiner… mais il ne freine pas. C'est un bruit horrible, comme une boule de bowling. Je le vois continuer et s'arrêter une centaine de mètres plus loin, puis continuer sa route", décrit-il.
En quelques secondes, la fête bascule dans le chaos. Au milieu des cris et des corps au sol, le couple tente désespérément de retrouver ses proches : leur fils Florian, leur filleule Amélie et leur amie Laure.
Étendu sur la chaussée
Olivier découvre finalement son fils étendu sur la chaussée, grièvement blessé. "Je remercie mon métier de policier qui m'a appris à prodiguer les premiers secours", explique-t-il. Il place alors une veste sous la tête de Florian, tente de le mettre en position latérale de sécurité et dégage sa bouche pour l'aider à respirer. "Je lui ai parlé, parlé, parlé", confie-t-il encore.
Pendant ce temps, Nicole cherche frénétiquement Amélie et Laure. Elle se souvient du véhicule arrêté plus loin, feux allumés, avant de redémarrer. "Je cours, je vois mon mari qui a trouvé notre fils. Je crie Amélie, Laure, sans m'imaginer les retrouver au sol", raconte-t-elle. Plus loin, elle croise Fred D'Andrea, le gille écrasé par la BMW. "Je me dis : où est sa tête ?"
Jambes broyées
Après être revenue auprès de son mari, Nicole repart à la recherche de sa filleule. Elle finit par retrouver Amélie, consciente mais grièvement touchée. "Elle avait vraiment très mal. Pour moi, ses jambes sont broyées", témoigne-t-elle.
Nicole retrouve ensuite Laure Gara. Cette fois, il n'y a plus d'espoir. "Mario me dit qu'elle n'est plus là. Tout de suite, je pense aux enfants", souffle-t-elle. "J'ai perdu ma confidente, mon amie, mon âme sœur".

De son côté, Olivier continue de maintenir son fils en vie jusqu'à l'arrivée des secours. Il affirme avoir immédiatement compris que la BMW circulait à plus de 100 km/h. Selon lui, le véhicule n'a montré aucun signe de freinage avant l'impact. "Je n'ai pas vu l'avant de la voiture pointer du nez", précise-t-il, indiquant n'avoir aperçu les feux stop qu'une centaine de mètres plus loin.
Transporté en urgence à l'hôpital Ambroise Paré, à Mons, Florian sera opéré par un neurochirurgien. Le jeune homme survivra, mais conservera de lourdes séquelles.
Aujourd'hui encore, Olivier dit mesurer la chance d'avoir son fils à ses côtés, lui que certains surnomment "le miraculé de Strépy". Mais le père reste rongé par les questions. "La culpabilité me ronge depuis quatre ans. Est-ce que j'ai bien fait tous les gestes qu'il fallait ?", s'interroge-t-il.
Il décrit également un Florian profondément changé depuis le drame. "Maintenant, il n'a plus de filtres. S'il a envie de vous dire merde, il vous le dira. Quand il est fatigué, on dirait qu'il a bu. Il est beaucoup plus irritable", conclut-il avec émotion. "J'ai eu un fils pendant 28 ans, Paolo Falzone m'en a donné un autre", ajoute Nicole, qui refuse les excuses "inaudibles" de Paolo Falzone.
Enfin, Olivier estime qu'il manque les parents de Paolo dans le box des accusés. "Quand on connaît les déviances de son enfant, en matière de vitesse, on ne lui met pas une telle arme dans les mains".
Le calvaire d'Amélie
"Cela faisait de très longues années que je n'avais plus participé au carnaval. J'étais joyeuse, contente d'être là pour mon cousin. Tout se passait très bien… jusqu'au moment du drame", confie Amélie, aujourd'hui encore contrainte de se déplacer avec des béquilles. Quatre ans après les faits, le souvenir reste intact.
La jeune femme raconte avoir pris le bras de sa marraine quelques instants avant le drame. "J'étais contente. Puis, c'est le trou noir. Je me réveille au sol. Je vois une maison, un arbre. Je ne sais bouger que mon bras droit. Je cherche mon téléphone. J'entends ma marraine me dire que les secours arrivent et de ne pas m'inquiéter", se souvient-elle.
Elle garde également en mémoire son passage dans le home transformé en centre d'urgence. "Je sens encore et j'entends encore les ciseaux qui ont coupé mes vêtements. Je me suis réveillée trois jours plus tard à l'hôpital de Jolimont. J'étais là… sans être là", raconte-t-elle.
Les blessures sont extrêmement lourdes. Amélie souffre de multiples fractures et subit plusieurs opérations au crâne ainsi qu'aux membres supérieurs et inférieurs. Elle est également victime d'un pneumothorax et manque de perdre la vie lors d'une intervention chirurgicale consécutive à une péritonite, provoquée par une nécrose d'une partie de son intestin.
Elle reste ensuite deux mois alitée à l'hôpital de Jolimont, une période qu'elle décrit comme "une souffrance terrible". La victime poursuit ensuite sa revalidation à Nivelles. "Après quatre mois de combat, j'ai enfin pu rentrer chez moi, heureuse de retrouver mon mari et mon fils", explique-t-elle.
Mais le combat est loin d'être terminé. Plus tard, Amélie apprend qu'elle souffre d'un staphylocoque doré à la jambe. Depuis le drame, elle estime avoir subi une quinzaine d'opérations. La dernière remonte à janvier dernier. Elle raconte que sa vie n'est que douleurs et qu'elle n'aime plus son corps, couvert de cicatrices.
Paolo Falzone a versé quelques larmes lors de ce témoignage. "J'en ai presque les jambes coupées", dit-il, alors que le public choisit de quitter l'auditoire, écœuré.
Un père et sa fille au cœur du chaos
Léa et Fabian, père et fille, participaient au ramassage des Gilles. Fabian se trouvait à proximité de Fabrizio et Fabio, déjà entendus plus tôt dans la journée. "Nous étions à la fin du cortège, sur la gauche, trois ou quatre mètres derrière. Un véhicule est passé tout doucement dans la foule. On s'est placé sur le trottoir, puis sur le chemin. On est resté sur la bande de gauche. Très peu de temps après, j'ai entendu l'accélération d'un véhicule. Le temps de me retourner, il était là", raconte-t-il, précisant ne pas avoir vu les feux stop s'allumer.
Il décrit ensuite une scène d'une extrême violence. "Ce qui m'a frappé, ce sont ces corps qui tournaient en l'air, bras et jambes écartés, à hauteur des corniches." Fabian explique également avoir été marqué par "le bruit du moteur qui s'emballait" avant d'entendre le véhicule repartir. "Là, je suis toujours figé", ajoute-t-il.
Submergé par l'émotion, Fabian marque une pause avant de poursuivre son récit. Lui aussi a cherché sa fille dans la confusion qui a suivi le drame. "J'ai hurlé très fort, j'ai cherché. Tout ce que je vois, c'est du noir, du sang noir. Tout le monde criait, pleurait, dans la même panique. " Il raconte avoir finalement retrouvé Léa, avant de rechercher d'autres proches et victimes.
À l'arrivée des secours, il dit avoir tenté d'apporter son aide malgré l'horreur de la scène. "Il y avait du sang, des boîtes crâniennes éclatées, des os brisés qui passaient à travers les pantalons", témoigne-t-il. Deux ans après les faits, Fabian affirme rester profondément marqué psychologiquement. "Je pense être marqué au fer rouge, comme beaucoup de gens ici."
Comme un canon à confettis
Léa, quant à elle, estime qu'un véhicule arrivant en sens inverse lui a probablement sauvé la vie. "On s'est mis sur le trottoir. Quelques secondes après, on a entendu une explosion, comme un canon à confettis. Il y avait des couleurs. Ce n'étaient pas des confettis mais des gens. "
Elle se souvient également que Fabio lui a lâché la main pour courir derrière la voiture. "Quand la voiture a démarré, je me suis dit qu'on ne la reverrait jamais. Tout était noir."
La jeune femme, alors âgée de seize ans au moment des faits, reste également marquée par une phrase criée par son compagnon : "Le gille, il n'a plus de tête."
La jeune femme se souvient que la visibilité était bonne à Strépy, bien meilleure que lors du ramassage des Gilles de La Louvière.