Des aveux involontaires ? Me Mayence piège l'accusé au procès Falzone : "Évidemment que j'ai voulu l'éviter"
Pour Amélie et ses proches, ce matin du 20 mars 2022 était synonyme de fête et de retrouvailles. Fabien et Caroline suivaient leur fils, qui était gille. Paolo Falzone a transformé cette fête en cauchemar. Ils racontent.
- Publié le 15-05-2026 à 12h26
- Mis à jour le 15-05-2026 à 20h31

La cour d'assises poursuit des auditions, vendredi, dans le cadre du procès de Paolo et d'Antonino Falzone.
Mélisande, Éric, Amélie et Emerson ont demandé à être entendus ensemble. Le 20 mars 2022, ils se trouvaient dans le cortège carnavalesque percuté par la BMW conduite par Paolo Falzone, à l'avant.
Aux termes des témoignages, Me Mayence a piégé Paolo Falzone. "Avez-vous voulu éviter ou achever le gille ? "Réponse de l'accusé : "Évidemment que j'ai voulu l'éviter". L'avocat constate donc qu'il a vu le gille sur son capot, contrairement à ce qu'il a dit jusqu'à présent. Après la pause, Paolo a déclaré qu'il s'était mal exprimé…
Le gille avait les yeux ouverts
Mélisande se souvient qu'ils étaient près des Gilles. "On était heureux, on riait… puis il y a eu un énorme bruit. J'ai vu des phares, avec des jambes devant, puis plus que les phares. Des personnes et des objets volaient dans les airs." Elle raconte avoir aperçu un Gille, conscient, allongé sur le capot de la voiture : "Il avait les yeux ouverts et faisait des mouvements avec les bras."
Elle se rappelle également avoir vu une femme (Michelina Impériale) s'effondrer face contre terre. "J'ai entendu le bruit des os qui se brisent", confie-t-elle. Un autre Gille est tombé sur Vito Cascarano : "Le Gille s'est relevé, mais pas Monsieur Cascarano."
La BMW est passée tout près d'elle. "La vitre était ouverte ou brisée. Je n'ai pas vu le conducteur, mais il roulait à très grande vitesse. Puis il y a eu un immense silence… c'était un tapis de corps." Elle se souvient aussi de l'état du véhicule : "Le pare-brise était complètement étoilé."
Elle a suivi la voiture du regard et affirme qu'elle n'a pas vu le conducteur freiner. "Mais je ne l'ai observée que quelques instants. J'avais l'impression que la voiture allait revenir pour terminer ce qu'elle avait commencé."
Deux gilles sur l'auto
Éric raconte avoir vu des corps projetés dans les airs, ainsi qu'une grosse caisse et les phares d'une voiture surgir dans la foule. "J'ai entendu un bruit sourd. J'ai vu deux Gilles sur le véhicule. Hugues est tombé, mais pas Frédéric D'Andrea."
Sous le choc, il s'est mis à courir derrière la voiture sur une trentaine de mètres. "J'ai fermé les yeux avant de découvrir l'ampleur du désastre." Il explique avoir rapidement retrouvé sa fille et sa nièce, mais pas son neveu. "Je le cherchais partout. Je voyais les morts, Fred… Je montais, je descendais, jusqu'à l'arrivée des secours."
Comme d'autres témoins, Éric affirme que la vitre côté conducteur "était soit ouverte, soit brisée". Il précise également n'avoir constaté aucun freinage, ni avant l'impact ni pendant la course qu'il a effectuée derrière le véhicule.
Emerson a voulu relever le numéro de l'auto, courant derrière l'auto. "J'ai vu quelque chose en dessus de l'auto, peut-être son pare-chocs. J'ai entendu le bruit des grelots. Plus je me rapprochais, plus je voyais qu'il s'agissait d'un gille et pas d'un pare-chocs. Je suis resté à côté, sans savoir quoi faire. Il était mal en point".
Tous affirment que la rue était bien éclairée, dans un bon état.
Un souffle, une vague
Caroline filmait le cortège avant de s'interrompre brusquement. "J'aperçois mon beau-frère et je fais un pas sur le trottoir. Je vois ensuite Fabien revenir, puis soudain un souffle, une vague… sans comprendre immédiatement qu'il s'agissait d'une voiture. J'ai eu l'impression de voir un château de cartes s'effondrer. Puis, le silence. Je n'arrivais même plus à appeler les secours, je ne distinguais plus l'écran de mon téléphone", confie-t-elle.
Peu à peu, elle reprend ses esprits. "J'ai vu des personnes étendues au sol. J'ai crié le nom de Fabien et de Kenzo, un cri de pure terreur. Puis je les ai vus enlacés et j'ai ressenti un immense soulagement : la famille de Fabien était vivante. Devant moi se trouvait une dame dont je n'oublierai jamais le visage. J'ai appris plus tard qu'il s'agissait de Michelina Impériale. Il était déjà trop tard. J'ai avancé comme un zombie, découvrant l'ampleur des dégâts. Je pensais à un attentat. Plus loin, une autre personne était décédée. Je n'oublierai jamais non plus le regard du mari de Laure, complètement perdu et désemparé."
Malgré les séances d'hypnose, les cris et les visages restent gravés dans sa mémoire. "C'est en rentrant chez moi que j'ai réellement pris conscience de l'ampleur du drame."

Son mari, Fabien, raconte lui aussi cette scène traumatisante. Il se souvient avoir aperçu "une masse noire" avant de comprendre qu'il s'agissait d'une voiture avec un gille projeté sur le capot. "J'ai cru que c'était mon fils. J'ai couru derrière la voiture, tandis que des jeunes couraient devant moi. Puis j'ai vu les phares allumés. Le gille est tombé et la voiture l'a écrasé. Je pensais toujours qu'il s'agissait de mon fils. En m'approchant, j'ai compris que ce n'était pas lui. Je suis reparti, et je m'en excuse. Quand je suis revenu plus bas, j'ai retrouvé mon fils et aperçu des corps au sol. J'étais sous le choc", témoigne-t-il avec émotion.
"Ses excuses bidon, on n'en a rien à cirer"
Mélisande explique qu'elle ne supportait plus de voir des voitures rouler à grande vitesse. Elle a fait de nombreux cauchemars liés au bruit incessant de l'impact. "Depuis mardi, c'est difficile", confie-t-elle. Elle précise que son refuge est sa voiture, dans laquelle elle peut rester des heures à l'arrêt.
Éric a très mal vécu l'événement. "Je dors très mal. J'ai été suivi, mais j'ai préféré poursuivre les soins pour ma fille et j'ai arrêté les miens. Je fais des cauchemars. Je me sens responsable d'avoir emmené ma fille et ma nièce au carnaval."
Amélie a pris conscience de l'ampleur du drame lors des funérailles de Frédéric D'Andrea. Depuis, elle a choisi de ne plus sortir de chez elle. Elle a consulté un psychologue, mais le suivi ne lui convenait pas. Après avoir exprimé des idées suicidaires à son médecin, celui-ci l'a orientée vers un psychiatre qui lui a prescrit des antidépresseurs. "J'ai peur du noir, je suis angoissée dans la foule. Je me mutile et j'ai des pensées suicidaires, alors qu'avant les faits, j'étais joyeuse et solaire. Aujourd'hui, je suis éteinte et détruite."
Emerson a refait le carnaval l'année suivante, malgré les cauchemars et les nuits très courtes.
Fabien et Caroline essayent de vivre normalement et sont suivis sur le plan médical également. "Il a gâché une partie de notre vie. Je ne conduis plus dans le noir. Quand je suis passagère, j'ai peur de tout. Je sursaute pour un rien. Ses excuses bidon, on n'en a rien à cirer", conclut Caroline.