L'automne 2025 sera décisif pour le dossier maudit de la politique belge: "Ils ont utilisé un moyen malhonnête"
En coulisses, les choses bougent à Linkebeek pour tenter de débloquer le RER, dossier maudit de la politique belge. Le "deal" d'Infrabel avec les riverains opposants se finalise mais nombreuses sont encore les incertitudes. Vote à suspense au conseil communal, séance au Conseil d'État, pétition… Ce début d'automne sera crucial pour la poursuite du projet… ou sa léthargie.

- Publié le 05-09-2025 à 08h09

Les congés sont passés mais n'ont pas balayé les incertitudes le long de la ligne de train 124 Bruxelles-Nivelles ; ligne où les navetteurs attendent, depuis des décennies, la concrétisation du fameux RER.
À Linkebeek, le blocage n'est, malgré les actualités de ce printemps, toujours pas officiellement levé. Pour rappel, une fronde s'oppose de longue date à la mise à quatre voies de l'infrastructure ferroviaire, jugée néfaste pour l'environnement. Une contestation qui a fait couler beaucoup d'encre et qui a retardé le projet, avec notamment l'annulation du permis de mise à quatre voies en 2010.
L'hiver dernier, nos confrères de la DH relevaient que, en coulisses et loin des caméras, des négociations avaient lieu pour débloquer ce nœud gordien linkebeekois. Au total, trois recours hypothèquent la réalisation du RER à Linkebeek. Un "deal" a alors été proposé par les autorités ferroviaires pour faire tomber ces procédures en justice. Le compromis grosso modo : ne passer qu'une partie du tronçon linkebeekois à quatre voies, mais en contrepartie supprimer la gare de Linkebeek.
Du côté des autorités communales, ce compromis a été accepté à l'issue d'un vote avec une majorité alternative, au printemps. Chez les riverains auteurs d'un des recours, le deal est accepté et les discussions sont toujours en cours pour sceller les détails de l'accord définitif. Par contre, le troisième recours, introduit par le président Défi du CPAS de Linkebeek, n'est, aux dernières nouvelles, pas levé. Selon une source proche du dossier, cette troisième procédure, considérée comme "moins complète" que les deux autres recours, n'effraie pas les autorités outre mesure. Contacté, Philippe Thiéry n'a pas donné suite à notre sollicitation.
Grand suspense pour le prochain vote
Ce début d'automne, le calendrier, après des années de blocage, va s'accélérer. Le 26 septembre, le recours du groupe de riverains sera débattu au Conseil d'État. En coulisse, chez ces habitants, on met tout en œuvre pour finaliser le deal d'Infrabel (conservation d'un tronçon à deux voies) avant ce rendez-vous judiciaire, déjà reporté une fois.
Mais autre date, peu avant : ce 15 septembre, un nouveau vote aura lieu au conseil de Linkebeek pour, après l'accord de principe du début d'année, ratifier la convention définitive. Le premier vote ayant été très serré, c'est dès lors le suspense total. "Avec les détails supplémentaires apportés à la convention, certains qui avaient voté contre pourraient voter pour, ou l'inverse", souffle un élu.
Du côté de la formation mayorale, pas de consigne, comme au dernier vote. "Chacun votera en âme et conscience. On veut garder cette liberté", confirme Yves Ghequiere. Les jeux sont dès lors ouverts. Si les conseillers acceptent le compromis, le deal devrait être acté car le groupe de riverains devrait lever recours. Par contre, si les élus votent majoritairement en faveur du maintien de la gare et rejettent le texte de compromis, le dossier replongerait alors dans l'inconnue.
Enfin, entre-temps, une pétition fait beaucoup de bruit dans la petite commune à facilités : le texte demande la sauvegarde de la gare de Linkebeek et dépasse les 1.500 signatures. Ce qui fait grincer les dents des partisans du deal, voyant cette démarche comme un moyen "malhonnête" pour influencer le vote du conseil communal.
Aux dernières nouvelles, en cas de déblocage linkebeekois, cette ligne RER jusqu'à Nivelles ne sera pas achevée avant "au plus tôt 2033". Quant à la ligne vers Ottignies, le dernier calendrier d'Infrabel prévoit un aboutissement pour fin 2026.
Éléments de contexte sur la saga du RER bruxellois
Véritable dossier maudit de la politique belge, le RER consiste, pour rappel, en l'amélioration de la desserte ferroviaire de Bruxelles et sa périphérie. Pour cela, un système à quatre voies est nécessaire afin que les trains rapides puissent dépasser les trains locaux. En 2003, une "convention" a enfin été signée entre le Fédéral et les Régions pour mettre en place ce Réseau express régional (RER). À cette époque, la date de 2012 était évoquée pour la fin des travaux.
À cette heure, l'aboutissement global du projet est évoqué pour 2033, "au plus tôt." Pour la partie "nord" du RER, à savoir les lignes vers les villes flamandes, les travaux sont considérés comme achevés. Mais c'est sur les lignes vers la Wallonie que le projet connaît quantité de retards. La ligne vers Ottignies ne sera achevée que fin 2026. Pour la ligne L124, qui vient de Charleroi en passant par Nivelles, Waterloo et Linkebeek, ce sera "au plus tôt" 2033. En cause notamment : le blocage de Linkebeek. Depuis des années, les autorités locales s'opposent à la mise à quatre voies, évoquant des effets dévastateurs sur l'environnement et le paysage. En 2010, Linkebeek avait obtenu l'annulation du permis de mise à quatre voies. Quatorze ans plus tard, en janvier 2024, de nouveaux recours étaient introduits.
Ce printemps 2025, une piste de compromis, permettant de conserver une partie du tronçon à deux voies mais nécessitant la suppression de la gare de Linkebeek, a été acceptée par la commune. Mais des recours de riverains sont toujours en cours.
