Un vote sous haute tension à Linkebeek permet un déblocage dans la saga du RER : "Un non-sens", selon le bourgmestre
À l'issue d'un vote à suspense, les élus linkebeekois ont voté en faveur du "deal" proposé par Infrabel. Ce vote marque un déblocage dans l'interminable saga du RER.

- Publié le 16-09-2025 à 08h31
- Mis à jour le 16-09-2025 à 08h37

Après des années de blocage, le dossier du RER a franchi une étape décisive. Ce lundi soir s'est déroulé un vote sous haute tension au conseil communal de Linkebeek. Les élus locaux devaient en effet décider si la commune acceptait bien le "deal" d'Infrabel et laissait dès lors tomber son recours contre le RER.
Pour rappel, plusieurs recours, à savoir deux de citoyens et un de la commune, sont venus bloquer la mise à quatre voies de l'infrastructure ferroviaire à Linkebeek et retardent dès lors la réalisation du RER sur la ligne Bruxelles-Nivelles. Pour faire tomber ces actions en justice, les autorités ferroviaires ont alors, en coulisses, proposé un compromis : un tronçon linkebeekois peut rester à deux voies, mais la gare de Linkebeek doit être supprimée.
En mars, le conseil communal avait déjà donné un premier accord pour ce deal, à l'issue d'un vote rocambolesque avec une majorité alternative. Un scénario qui s'est reproduit ce lundi de septembre.

Une fois de plus, la majorité a perdu sa majorité sur ce point. Le bourgmestre Yves Ghequiere avait pour rappel laissé la liberté de vote "en âme et conscience" à ses élus. Les membres de l'opposition 1630 LKB, menés par l'échevin Damien Thiéry (MR), ont voté en bloc pour le deal, en faveur donc du maintien partiel des deux voies et de la suppression de la gare linkebeekoise. Ils ont été rejoints par une élue de la majorité, à quoi s'ajoute une abstention au sein de la liste mayorale.
Avec 7 voix pour et 6 contre sur 14 (un conseiller de la majorité, membre d'un collectif de riverains, s'étant retiré sur avis de l'avocat communal), le compromis a dès lors été accepté, de justesse. Un vote qui marque donc un déblocage dans cette interminable saga du RER et la fin de la gare de Linkebeek.
"Un non-sens"
Du côté de la majorité, le résultat laisse un goût amer. Le bourgmestre Yves Ghequiere, qui a voté contre le deal, rappelle que ce compromis est un "moratoire" et qu'Infrabel se réserve le droit de passer, dans un futur plus lointain, à quatre voies, sans pour autant remettre en service la gare linkebeekoise. "La gare de Linkebeek était stratégiquement intéressante. On dit qu'on va augmenter l'offre sur Holleken, qui a une accessibilité limitée, c'est un non-sens", pointe le mayeur, déplorant la perte de la gare, tout en reconnaissant qu'il n'y avait pas de garantie pour qu'elle soit conservée à long terme.
Partisan du deal, Damien Thiéry (MR) veut nuancer la "suppression" de la gare linkebeekoise. "On ne parle pas de suppression mais d'un déplacement vers Moensberg, avec la garantie d'un chemin d'accès pour les piétons et les vélos", pointe l'échevin, qui dit se réjouir de l'augmentation à venir de la desserte, et pour qui la porte ouverte des autorités ferroviaires était une occasion unique à saisir. "Le dossier était bloqué pendant vingt ans et on est parvenu, après un an et demi de négociation, à avoir un compromis bénéfique aux Linkebeekois."
Pas de finalisation du RER vers Nivelles avant 2033
La commune de Linkebeek fait donc tomber son recours contre le RER. Mais qu'en est-il des autres procédures ? On apprend que le groupe de riverains, auteur d'un recours, accepte également le compromis. Ce qui donne un autre feu vert.
En revanche, il resterait un recours, celui intenté à titre privé par Philippe Thiéry, président Défi du CPAS linkebeekois. Contacté, l'amarante n'a pas donné suite aux sollicitations de La DH. Mais selon un proche du dossier, ce recours serait "moins complet" que les autres procédures et n'inquiète visiblement pas les autorités ferroviaires.
À ce jour, la concrétisation du RER sur la ligne 124 vers Nivelles n'est, aux dernières nouvelles, pas prévue avant, "au plus tôt", 2033 en raison du retard accumulé au fil des décennies entre Uccle et Rhode. Entre Nivelles et Braine-Alliance, la mise en service des quatre voies est planifiée pour 2029. Notons que si le RER traîne vers Nivelles, il voit le bout du tunnel sur la ligne 161 vers Ottignies. Le tronçon Watermael-La Hulpe a en effet récemment été mis en service et les travaux sur l'ultime tronçon entre La Hulpe et Ottignies devraient être achevés fin 2026.
Éléments de contexte sur la saga du RER bruxellois
Véritable dossier maudit de la politique belge, le RER consiste, pour rappel, en l'amélioration de la desserte ferroviaire de Bruxelles et sa périphérie. Pour cela, un système à quatre voies est nécessaire afin que les trains rapides puissent dépasser les trains locaux. En 2003, une "convention" a enfin été signée entre le Fédéral et les Régions pour mettre en place ce Réseau express régional (RER). À cette époque, la date de 2012 était évoquée pour la fin des travaux.
À cette heure, l'aboutissement global du projet est évoqué pour 2033, "au plus tôt." Pour la partie "nord" du RER, à savoir les lignes vers les villes flamandes, les travaux sont considérés comme achevés. Mais c'est sur les lignes vers la Wallonie que le projet connaît quantité de retards. La ligne vers Ottignies ne sera achevée que fin 2026. Pour la ligne L124, qui vient de Charleroi en passant par Nivelles, Waterloo et Linkebeek, ce sera "au plus tôt" 2033. En cause notamment : le blocage de Linkebeek. Depuis des années, les autorités locales s'opposent à la mise à quatre voies, évoquant des effets dévastateurs sur l'environnement et le paysage. En 2010, Linkebeek avait obtenu l'annulation du permis de mise à quatre voies. Quatorze ans plus tard, en janvier 2024, de nouveaux recours étaient introduits.
Ce printemps 2025, une piste de compromis, permettant de conserver une partie du tronçon à deux voies mais nécessitant la suppression de la gare de Linkebeek, a été acceptée par la commune. Mais des recours de riverains sont toujours en cours.

