Close-Hellings à Bruxelles, ces deux candidats bourgmestres que personne n'attendait

- Publié le 26-09-2018 à 08h59
- Mis à jour le 26-09-2018 à 10h52

Qualifier le cas présent de "duel" au sens premier du terme serait incorrect. Certes, les deux hommes sont tous les deux engagés dans la course au mayorat de la Ville de Bruxelles, ce qui en fait de facto des rivaux politiques. Mais, faut-il le rappeler, dans une grande ville telle que la capitale, les rivalités sont multiples et complexes. Philippe Close (PS) et Benoît Hellings (Écolo) partagent toutefois un point commun dans cette campagne communale : ils constituent tous les deux le fruit d'une crise interne à leur parti. En ce sens, ils ont respectivement été choisis par leurs troupes pour prendre les commandes d'un combat que d'aucuns qualifient de "présidentiel"… en raison de leur personnalité fédératrice.
La chute de Mayeur et l'immense tâche de Close
8 juin 2017. La décision, officielle, est imminente. Devant la majorité de la ville qu'il dirige encore ce soir-là, Yvan Mayeur fait son annonce. Fracassante. Il démissionne de son poste de bourgmestre de la capitale, fonction qu'il occupait depuis décembre 2013. Les révélations dévastatrices sur la gestion du Samusocial par lui et sa comparse, Pascale Peraïta, l'ont littéralement laminé. Les deux acolytes ont perçu des rémunérations d'une ASBL d'aide aux sans-abri sans même que des réunions aient formellement eu lieu et fait l'objet de procès-verbaux en bonne et due forme.
Le PS bruxellois de Laurette Onkelinx connaît alors un véritable séisme. En vingt-quatre heures, la relève s'organise, dans la douleur. Qui pour monter sur le trône mayoral de cette ville au budget d'un milliard d'euros (hors CPAS) ? Un nom fait finalement consensus : Philippe Close, celui que le socialiste Freddy Thielemans désigna jadis comme son successeur naturel. L'échevin des Finances et du Tourisme le sait, sa tâche est immense. Il doit nettoyer les écuries de la ville. Il pose alors un geste fort en prenant une triple décision : ne pas présider le collège communal de la Ville de Bruxelles, ne plus cumuler ses mandats et diminuer son salaire de bourgmestre de 35 %. Le 9 juin 2017, Philippe Close déclare devant la presse : "Je suis candidat bourgmestre pour succéder à Yvan Mayeur." Depuis ce vendredi-là, à 14 h 45 précises, Philippe Close est officiellement en campagne. "Moi, je suis le fruit d'une crise, je le reconnais. Personne ne devient bourgmestre de la Ville de Bruxelles à 46 ans, confie-t-il. Je suis le plus jeune bourgmestre de l'histoire moderne de la Ville de Bruxelles et il est clair que la validation passera par le 14 octobre."
Qu'on se le dise, Philippe Close joue très gros. Le succès ou l'échec de sa course au mayorat de la Ville de Bruxelles aura des conséquences qui dépassent largement les frontières communales. Au lendemain du scrutin du 14 octobre, c'est en effet du pouvoir du Parti socialiste en Région bruxelloise dont il sera question. L'homme, jovial et rassembleur, n'est pas un faiseur de voix. Il le sait. Depuis un an, il met le "paquet" sur le terrain, quitte à chanter du "Elvis" en dernier recours. Fêtes de quartier, associations, clubs sportifs, amicales, églises, mosquées, synagogues, temples maçonniques… Philippe Close est partout. Vous lisez bien, y compris dans les lieux de culte donc. "Je vais partout où l'on m'invite et je l'assume totalement", se défend le socialiste.

La neutralité, ce débat qui divise
Une pratique "électoraliste" qui fait littéralement bondir l'écologiste Benoît Hellings : "Comment les socialistes osent-ils nous faire la morale sur la laïcité, sur le port du foulard et, dans le même temps, aller prêcher à Haren comme le fait Philippe Close ? Il mange à tous les râteliers !" Et le même d'ajouter : "Nous, les écologistes, nous ne faisons pas campagne dans les lieux de culte. Ce qui ne nous empêche pas d'aller à la rencontre de tous nos concitoyens de Bruxelles, que ce soit sur les marchés ou ailleurs."
Le fameux débat sur la neutralité en Belgique, encore lui. Inutile de dire que c'est l'un des gros dossiers sur lesquels socialistes et écologistes bruxellois pourraient ne pas s'entendre, si d'aventure ils devaient être amenés à traiter ensemble au lendemain du scrutin 14 octobre.
Ironie du sort, c'est ce même dossier qui a contribué à propulser l'actuel député fédéral Benoît Hellings en tête de la liste des verts à la Ville de Bruxelles. Souvenez-vous. Le 14 juin 2017, la conseillère communale bruxelloise Marie Nagy annonçait son départ d'Écolo, en rupture avec son parti sur la question de la laïcité. Celle-ci avait en fait perdu sa fonction de chef de groupe au conseil communal de la ville, après la parution dans "Le Soir" d'une tribune libre, critique envers son parti. "Veut-on faire d'Écolo le nouveau porte-drapeau du come-back religieux ?", s'interrogeait-elle dans le quotidien. Cette sortie médiatique avait généré une crise chez les écologistes bruxellois. Marie Nagy et Michaël François, également en rupture avec son parti sur ce thème, avaient ainsi rallié les rangs de Défi.
Pas d'ambition locale initiale mais un mandat du parti
Désigné via une procédure "d'intelligence collective", Benoît Hellings, quarante ans, n'avait en fait aucune ambition à l'échelon local, avoue-t-il. "Moi, je n'étais pas candidat. J'ai été choisi par mon parti pour rassembler les troupes." Et le même de déclarer : "Moi, je suis un chien dans une meute. Et il se fait que c'est moi qui ai pour le moment le museau le plus en avant." Des déclarations qui font dire à certains que l'ancien candidat à la coprésidence d'Écolo ne serait en fait que candidat bourgmestre mais n'aurait aucune intention de siéger. "Faux !, rétorque l'intéressé. Je suis prêt à m'investir à fond à l'échelon local. La mise à l'ordre du jour des questions environnementales ou encore la crise de la gouvernance me font penser que les verts peuvent prétendre aujourd'hui à devenir d'un fifrelin le premier parti à Bruxelles." Très optimiste, Benoît Hellings est persuadé que l'air du temps est vert. "Il faudrait vraiment un séisme pour qu'Écolo devienne le premier parti à la Ville", réplique Philippe Close.
Mais attention. Alain Courtois pour le MR, Fabian Maingain pour Défi et Didier Wauters pour le CDH sont aussi dans la course. Tout est possible dans la capitale, là où les majorités sont rarement reconduites.