Quel est le profil des victimes des inondations? Deux médecins ont mené l'enquête et livrent leurs résultats
Une étude menée par deux médecins auprès des proches des victimes doit permettre de mieux anticiper les éventuelles prochaines catastrophes.

- Publié le 13-07-2023 à 19h40
- Mis à jour le 13-07-2023 à 19h41

Analyser le profil des 39 victimes des inondations meurtrières de juillet 2021 pour améliorer la communication et l'aide apportées à ceux qui sont menacés par une catastrophe naturelle, voilà la mission que se sont donnée les Drs Edouard Hosten et Hervé Houon, sous la supervision du Pr Guha-Sapir. Pendant plusieurs mois, ils sont allés à la rencontre des proches des victimes des inondations. Ils en ont tiré un rapport présenté jeudi à Liège. Un premier constat s'impose à la lecture de celui-ci, les victimes sont aussi bien des hommes que des femmes et, dans leur grande majorité, elles sont âgées (entre 61 et 80 ans), issues de milieux défavorisées et vivant dans la vallée de la Vesdre en zones inondables. La grande majorité de ces décès ont eu lieu à l'intérieur d'un bâtiment ou suite à l'effondrement d'un bâtiment.
Les futures stratégies
Ce premier constat n'est bien entendu pas la seule chose que l'on peut trouver dans ce rapport. "L'objectif de ce rapport est d'analyser en détail les circonstances des accidents mortels causés par les inondations qui ont frappé la Wallonie en juillet 2021, via des entrevues avec la famille et les voisins des victimes ainsi qu'une analyse de la presse et des documents officiels", expliquent les auteurs qui considèrent que ces observations doivent "nous amener à nous interroger sur les stratégies d'évacuation mises en place durant ce type d'évènement tragique".
Les auteurs pointent aussi le fait que la répartition égale entre les victimes de sexe masculin et féminin qui a été observée, "entre en discordance avec la majorité des études de mortalité liée aux inondations qui note une plus grande proportion de victimes masculines. Une nette surreprésentation des personnes âgées de plus de 65 ans a été également observée parmi les victimes. Cette situation contraste avec la majorité des études internationales où le groupe d'âge le plus représenté est habituellement celui des 30-64 ans". Le fait qu'une grande majorité de victimes soient âgées doit, selon les auteurs, inciter les pouvoirs publics à réfléchir à des plans d'évacuation tenant compte de cette réalité.
Quant aux victimes décédées à l'extérieur elles "sont en majorité des hommes plus jeunes ne semblant parfois pas avoir été suffisamment conscients de la gravité du phénomène – ce qui souligne l'importance d'une communication de crise efficace". Pour mieux informer ces personnes, le rapport insiste sur la nécessité de les cibler via BEAlert ou d'autres canaux afin de préciser la portée exacte du danger encouru.
Précisons encore que c'est dans les zones inondables identifiées en région wallonne que sont survenus les décès "dont la localisation exacte est connue". Les auteurs du rapport signalent ainsi que "Les modélisations réalisées sur le territoire wallon semblent donc adéquates pour repérer les zones à risque de surmortalité. Elles doivent servir de base à la création d'un outil intégré d'évaluation et de communication du risque". Il recommande aux pouvoirs publics, d'insérer dans les messages d'alertes aux citoyens, les estimations des zones qui pourraient être touchées.
Rencontrer les proches
Au niveau de la méthodologie, les auteurs expliquent que "Dans le contexte d'une instruction judiciaire en cours et n'ayant pas eu accès aux dossiers médicaux des victimes, le résultat de notre collecte de données est forcément parcellaire". Munis d'un questionnaire précis ils ont rencontré les proches et les voisins des victimes durant le printemps et l'été 2022. "Les voisins proches ou la famille de 33 victimes ont ainsi été réceptifs à notre démarche et ont accepté de témoigner. Aucun proche n'a pu être rencontré pour quatre victimes et une famille a refusé d'apporter son témoignage. La dynamique des accidents concernés a néanmoins pu être identifiée en consultant les sources officielles et articles de presse".
Des proches qui se sentent abandonnés
Le dernier constat relevé par les deux médecins révèle que "de nombreux proches de victimes interrogés ont évoqué un sentiment d'abandon de la part des pouvoirs publics dans toutes les étapes de leur deuil. Une attention particulière des autorités devrait être portée à leur accompagnement".
Le Dr Edouard Hosten est médecin urgentiste au CHU de Charleroi, le Dr Hervé Houon est médecin assistant candidat spécialiste en médecine d'urgence au sein de l'Université de Liège. Enfin la Pr Debarati Guha-Sapir est professeur émérite à l'UCLouvain. Elle est spécialisée dans l'épidémiologie des catastrophes naturelles et des conflits.
