La Belgique a-t-elle vraiment la capacité de livrer des F-16 à l'Ukraine ?
Dans l'opposition, le député Georges Dallemagne estime qu'il y va de la crédibilité de la Belgique. L'état-major de la Défense va réexaminer la question, à la demande du MR.

- Publié le 20-09-2023 à 06h24

"Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?", se demandait, il y a quelques mois, un général interrogé par La Libre. Selon lui, dans le meilleur des cas, la Belgique pourrait livrer "un, deux, peut-être trois F-16" à l'Ukraine. "C'est un effort marginal" dans le conflit que mène le pays contre l'envahisseur russe.
L'Ukraine réclame de ses alliés occidentaux la livraison de F-16. La Belgique, jusqu'ici, a répondu par la négative (elle participera néanmoins à la formation des pilotes ukrainiens) car, selon la Défense, notre pays a besoin de tous ses avions de combat pour assurer la protection de son territoire et ses missions à l'étranger. Mais le MR a obtenu du gouvernement, vendredi dernier, que l'état-major procède à une étude afin de vérifier si la Défense ne peut quand même pas donner des F-16. Le chiffre de "quatre" appareils est cité à La Libre. "Ce n'est peut-être pas beaucoup, mais on enverrait le message à nos partenaires et aux Ukrainiens qu'on fait tout pour les aider", souffle-t-on.
À titre de comparaison, trois pays ont annoncé qu'ils livreront des F-16. Le Danemark devrait en fournir 19, les Pays-Bas 42, et la Norvège 12. Pour le député Georges Dallemagne (Les Engagés), dans l'opposition, "la Belgique doit faire un effort substantiel. On peut monter à une douzaine d'avions, comme la Norvège."
"La Belgique a perdu beaucoup de crédit", juge-t-il, en prélude à un débat parlementaire sur la question ce mercredi. "Lors de la fête nationale ukrainienne, 21 pays ont été salués pour l'aide qu'ils apportent. La Belgique n'en faisait pas partie…" L'envoi d'un nombre significatif d'avions redorerait le blason belge, pense M. Dallemagne. "Ces armements permettraient de changer la donne sur le terrain, d'éviter que le bain de sang ne se poursuive. C'est cela dont on parle. La Belgique a un comportement lâche. On ne peut pas continuer comme cela."
La pression des partenaires
La pression internationale, semble-t-il, s'accentue pour que la Belgique fasse davantage d'efforts pour livrer du matériel militaire. Jeudi dernier, nous dit-on, une responsable ukrainienne, qui avait un contact avec les Affaires étrangères belges, situait le besoin à 160 avions de combat.
Mais quelle est la difficulté pour la Belgique de céder des F-16 ? Notre pays en possède encore une cinquantaine et, selon la Défense, ils seront tous utilisés jusqu'au bout de leur capacité – fixée à 8 000 heures de vol – dans l'attente de leur remplacement progressif par les futurs F-35, d'ici la fin de la décennie. Si la Belgique devait céder des F-16 opérationnels, cela aurait des conséquences, dit la Défense, sur sa capacité à remplir ses missions.
Le gouvernement ne compte a priori pas envoyer des avions qui auraient dépassé les 8 000 heures de vol.
Par ailleurs, le gouvernement ne compte a priori pas envoyer des avions qui auraient dépassé les 8 000 heures de vol. Au-delà de cette limite, le constructeur américain Lockheed Martin retire le certificat de navigabilité de l'appareil car sa structure n'est plus "intègre", selon l'expression consacrée. En plus, la Défense va piocher des pièces sur les vieux avions (elle les cannibalise) pour entretenir ceux qui volent encore.
L'étude demandée par le gouvernement à l'état-major devra clarifier la situation. Dire précisément si la livraison de quelques F-16 aurait un impact significatif sur le plan opérationnel, à mesure de la montée en puissance des F-35. La différence majeure entre la Belgique et les trois pays donateurs – Pays-Bas, Danemark et Norvège –, c'est que ceux-ci ont déjà des F-35 à disposition.
Il y a heure et heure de vol…
Pour Georges Dallemagne, cependant, ces arguments ne tiennent pas. Il fait valoir que, selon une étude de 2017 de Lockheed Martin, le constructeur tient compte "des contraintes subies par l'avion" lors des vols. De sorte, par exemple, qu'une heure de vol d'entraînement ne vaut pas une heure de vol en situation de combat. "On obtient ainsi des equivalent flight hours (EFH), qui sont les heures qui comptent dans l'évaluation de la fatigue d'un avion. En fonction de ce calcul, les deux F-16 qui seront déclassés cette année-ci (le FA-95 et le FA-102) peuvent clairement voler jusqu'à 10 000 heures." Un nouveau certificat de navigabilité ne serait pas nécessaire dans ces conditions, selon ce qu'en dit le député sur base d'informations venant de la Défense.

M. Dallemagne pointe un dernier élément. D'après le plan actuel des opérations, "on a au maximum onze avions utilisés pour des opérations". "Si nous en donnons une douzaine à l'Ukraine, nous ne mettons absolument pas en danger notre niveau d'ambition." Et, conclut-il, "s'il devait y avoir une dégradation grave de la sécurité en Europe, la ligne de front se situerait de toute façon en Ukraine, où nous enverrions nos F-16".