Après l'attentat de Bruxelles, la sécurité sera-t-elle finalement un grand thème de campagne ? "Cela profiterait au MR et au Vlaams Belang"
La sécurité ne devait pas constituer, selon un sondage récent, un sujet déterminant dans le vote des Belges. Mais selon Pascal Delwit, politologue à l'ULB, "des évènements inattendus, comme un attentat, peuvent réorienter l'ordre de préoccupation d'une partie des électeurs, et donc leur vote".

- Publié le 18-10-2023 à 20h41
- Mis à jour le 18-10-2023 à 20h43

L'épidémie de Covid et la guerre en Ukraine avaient relégué le terrorisme islamiste loin dans l'ordre des thèmes abordés par les politiques et les médias. L'attentat perpétré à Bruxelles ce lundi a changé la donne. Ce drame risque-t-il de remettre la sécurité au centre des préoccupations des Belges en vue des élections de 2024 ?
"Des évènements inattendus et marquants comme une marée noire, la hausse des prix du pétrole, ou un attentat, affectent la société, et peuvent réorienter l'ordre de préoccupation d'une partie des électeurs, et donc leur vote, analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB. Toutefois, sur la durée, l'échelle de priorités peut évoluer. Juin, c'est à la fois proche et ultra lointain. Sans autre évènement de ce type d'ici-là, l'attentat de lundi ne devrait pas, en lui-même, influencer les élections. Mais si d'autres évènements surviennent ensuite, la thématique peut se fixer comme une préoccupation importante."
Le dernier sondage réalisé pour le compte de La Libre et de la RTBF livrait d'intéressantes données sur les thèmes qui déterminent le vote des Belges.
La sécurité n'apparaissait pas du tout comme une priorité pour les électeurs. Seuls 14 % des Wallons et des Bruxellois jugeaient cette thématique comme déterminante (en 9e position), contre 18 % en Flandre.
Faut-il en conclure que ce thème n'est pas porteur électoralement ? Pas sûr. "Dans nos enquêtes sur les données d'opinion, il y a une articulation assez forte, voire totale, qui est faite entre sécurité et immigration dans les intentions de vote. Dans l'imaginaire d'un certain nombre de citoyens, ce lien est fait…", indique Pascal Delwit.
Or, si l'immigration n'est que le 12e sujet le plus déterminant en Wallonie (11,3 %), il arrive au 4e rang à Bruxelles (18 %) et même en seconde position en Flandre (28 %).
Les préoccupations des électeurs libéraux
Un retour en force et durable des thématiques de la sécurité et de l'immigration au centre de l'actualité favoriserait, selon Pascal Delwit, "les partis qui ont une approche assertive sur le sujet, à savoir le MR côté francophone et au Vlaams Belang, en Flandre, même si je ne compare absolument pas les deux. Car pour les autres partis, aller se positionner sur ces thèmes revient en fait à légitimer l'acteur qui en parle le plus, et qui aurait raison de le faire, donc le MR et le Vlaams Belang".
Et en effet, depuis l'attentat de Bruxelles, le MR a multiplié les propositions, prises de paroles et apparitions médiatiques sur le thème de la sécurité et de l'immigration.
"Ce sont des points sur lequel Georges-Louis Bouchez (président du MR) estime pouvoir faire une différence par rapport aux Engagés ou au PS", poursuit le politologue. Pour les Engagés, se positionner fortement sur ces questions les marquerait trop dans le camp de la droite. Alors qu'ils veulent plutôt occuper un centre-droit délaissé par Georges-Louis Bouchez. Quant à Défi, qui est très assertif sur les questions qui touchent à la communauté musulmane, ce parti peut difficilement faire la différence par rapport au MR. Sur les réfugiés, par exemple, François De Smet, président de Défi, adopte une position relativement progressiste. Alors que le MR prend des positions plus martiales."
Stratégiquement, le positionnement des libéraux n'est pas sans fondement. À Bruxelles, l'immigration est le second thème jugé le plus déterminant (31,5 %) parmi les sondés qui disent voter MR, tandis que la sécurité arrive en troisième position (27,4 %). C'est un peu moins en Wallonie. À titre de comparaison, seuls 7 % des électeurs bruxellois et wallons du PS et d'Ecolo pointent l'immigration parmi leurs principales préoccupations.
En Flandre, les équilibres sont différents. Le Vlaams Belang, contrairement à la N-VA, n'est au pouvoir nulle part et instrumentalise avec force tout évènement négatif lié à la sécurité, l'immigration ou à l'islam. "La N-VA a également un discours martial sur ces sujets. Mais elle pourrait difficilement faire la différence par rapport au Vlaams Belang. Et ce, d'autant plus qu'elle est au pouvoir en Flandre, et surtout à Anvers où il y a beaucoup de problèmes de sécurité."
Bouchez relance le débat sur les visites domiciliaires
Le sujet peut être piégeux pour la droite aussi. Interrogé par les médias français, Georges-Louis Bouchez, a repris l'idée d'autoriser des visites domiciliaires dans une habitation où se trouverait une personne sans papiers. Ce dossier, qui divise la Vivaldi – et la Suédoise avant elle – ne fait pas non plus l'unanimité au sein du MR, où certains ont tiqué. Le président du MR a établi un lien entre l'impossibilité pour les policiers d'exécuter l'ordre de quitter le territoire qui visait Abdesalem L. et l'interdiction pour les autorités d'entrer dans un domicile sans autorisation de son occupant.
