Chez Défi, le retour au premier plan de la vieille rivalité entre les familles Maingain et Clerfayt
Bernard Clerfayt et Fabian Maingain sont tous deux candidats déclarés pour être tête de liste en Région bruxelloise aux élections de juin 2024.

- Publié le 15-12-2023 à 06h44
- Mis à jour le 15-12-2023 à 06h45

C'est l'histoire d'une vieille rivalité entre deux familles. Elle traverse Défi depuis 40 ans et s'apprête à reprendre une nouvelle vigueur, par génération interposée.
Alors qu'un Maingain (Olivier) a succédé à un Clerfayt (Georges) à la présidence du parti, un autre Maingain (Fabian) espère bien remplacer un autre Clerfayt (Bernard) en tant que tête de liste régionale bruxelloise.
Tant Bernard Clerfayt, ministre bruxellois de l'Emploi, que Fabian Maingain, échevin à la Ville de Bruxelles, briguent en effet cette place hautement stratégique pour le parti en vue des élections de juin 2024.
Quand Olivier Maingain succédait à Georges Clerfayt
1995. Après les onze années de présidence de Georges Clerfayt, Olivier Maingain prend la tête du FDF. Ce règne d'une apparente toute-puissance durera 24 ans. En coulisse pourtant, Maingain père devra ferrailler et composer avec les deux autres poids lourds du parti : Bernard, le fils de Georges Clerfayt, et Didier Gosuin.
Cette rivalité est aussi vieille que leurs carrières politiques respectives. Elle se cristallise au début des années 80 lorsqu'Olivier Maingain et Bernard Clerfayt s'affrontent pour la présidence des jeunes FDF. Ou en 2015 lorsque le Schaerbeekois tente en vain de ravir la présidence à Olivier Maingain. Il y aura bien d'autres épisodes.
En 2019, Olivier Maingain se retire de la présidence mais continue de peser en interne. Dans l'intervalle, discrètement mais sûrement, son fils Fabian monte en puissance. Durant la campagne présidentielle de 2022, élu président de la fédération bruxelloise, il se positionne en nouveau leader du parti dans la capitale. Les astres semblent s'aligner pour voir les Maingain garder un rôle central au sein du parti.
Oui mais voilà : à 62 ans, Bernard Clerfayt n'a guère envie de céder la place. Il l'a annoncé la semaine dernière sur BX1. Le bourgmestre en titre de Schaerbeek "souhaite être tête de liste Défi aux élections régionales" du 9 juin 2024, estimant avoir "un bilan comme ministre à défendre". Il souhaite également emmener la liste aux élections communales d'octobre avec "l'intention d'être bourgmestre si les Schaerbeekois le choisissent, bien entendu. En tout cas, je choisirai le dernier mandat que les électeurs me confient."
Coup de théâtre. L'annonce en surprend plus d'un chez Défi car Bernard Clerfayt avait laissé entendre qu'il retournerait à Schaerbeek et quitterait son poste de ministre avant les élections.
Un duel s'annonce pourtant bel et bien avec Fabian Maingain, qui s'est lui aussi déclaré candidat à la tête de liste à la Région auprès de la commission électorale du parti.
Chaque candidat a des atouts. Fabian Maingain (37 ans) incarne la nouvelle génération. Il pourra se positionner en tant que dynamique outsider, sans être tenu par le bilan, souvent critiqué même en interne, de l'actuel gouvernement de Rudi Vervoort (PS). Son nom constitue un atout indéniable en termes électoraux. Il pourra bénéficier des réseaux de son père.
"S'il est retenu comme tête de liste, Fabian Maingain prouvera qu'il n'est pas qu'un fils de. Il est impliqué à 10 000 % dans ce qu'il fait comme échevin à la Ville de Bruxelles et il a, au même titre que Bernard Clerfayt, un bilan à valoriser", souligne Sophie Rohonyi, députée fédérale.
À première vue, le ministre bruxellois de l'Emploi bénéficie toutefois des meilleurs atouts. Avec 14 672 voix de préférence aux élections de 2019 – troisième score bruxellois tous partis confondus –, Bernard Clerfayt peut compter sur l'assise électorale la plus solide. Cet économiste réputé plus à droite sur le plan socio-économique jouit d'une longue expérience politique et d'un bilan ministériel que souhaite valoriser le président de Défi, François De Smet, face aux électeurs.
Bernard s'est déclaré, donc je ne suis pas candidate. Je ne souhaite pas faire obstacle à la candidature d'un ministre sortant, qui veut défendre son bilan. Il y a une homogénéité au sein du groupe parlementaire pour dire que Bernard fait des voix et est légitime d'un point de vue intellectuel.
Il jouit en outre du soutien des députés bruxellois. Même ceux qui avaient communiqué leur ambition pour la tête de liste sont rentrés dans le rang. "Je ne souhaite pas faire obstacle à la candidature d'un ministre sortant, qui veut défendre son bilan. Bernard fait des voix et est légitime d'un point de vue intellectuel", nous indique Joëlle Maison, second score de la liste en 2019.
Le son de cloche est le même chez Emmanuel De Bock, chef de groupe au Parlement bruxellois. "J'ai pris acte de la candidature de Bernard, au sujet de laquelle il y avait encore un doute, nous indique-t-il. Je ne serai pas candidat tête de liste s'il l'est. Par ailleurs, je comprends qu'il veuille mener la liste régionale, quitte à ne pas revendiquer un poste effectif s'il est élu bourgmestre de Schaerbeek. De mon côté, je reste à disposition du parti."
Joëlle Maison comme Emmanuel De Bock peuvent toutefois conserver un espoir. Celui de voir le poste de ministre leur échoir, si Bernard Clerfayt est réélu à Schaerbeek en octobre prochain…
"Bernard Clerfayt devra se décider"
Cette double candidature en tant que ministre et bourgmestre constitue d'ailleurs le talon d'Achille du ministre amarante, qui a lui-même été l'architecte du décumul en Région bruxelloise. "S'il veut être un candidat crédible, il devra se décider à choisir un enjeu", nous glisse un ténor du parti.
"Les deux élections n'ont pas lieu en même temps. Je ferai les choix séquentiellement. Mais si je me présente à une élection, ce n'est pas pour du faux. C'est pour siéger", rétorque Bernard Clerfayt.
"C'est très tendu en interne"
"C'est déjà très tendu en interne, à cause de la double candidature de Bernard. Contrairement aux apparences, rien n'est gagné pour Bernard Clerfayt, pointe un élu Défi. Il y a une distinction à faire entre le soutien des députés du top du parti qui va à Bernard Clerfayt, et celui des niveaux intermédiaires, qui va plutôt pour Fabian Maingain."
Des surprises ne sont pas à exclure. " Certains candidats pourraient encore se manifester", souligne Didier Gosuin, président de la commission électorale, l'organe chargé de décider de la composition des listes, attendue durant la première quinzaine de janvier.
Michaël Vossaert, député bruxellois, se tâte encore. François De Smet, réclamé par certains à la Région, privilégie a priori le fédéral. Joëlle Maison comme Emmanuel De Bock restent en embuscade. Une chose semble certaine : alors que certains l'avaient déjà envoyé en préretraite, Bernard Clerfayt a repris la main.
