Le PS, craignant le retour d'un débat explosif sur l'abattage rituel, bloque le code bruxellois du bien-être animal
Le blocage sur ce texte risque, plus largement, de compliquer l'aboutissement d'autres dossiers, à deux mois de la fin de la législature.

- Publié le 26-03-2024 à 06h41
- Mis à jour le 26-03-2024 à 13h10

Le gouvernement bruxellois a traversé bien des crises, entre le plan taxi, Good Move ou la friche Josaphat.
La question de l'abattage rituel était toutefois, et jusqu'ici, restée circonscrite au Parlement bruxellois, qui avait rejeté en juin 2022 un texte instaurant une obligation d'étourdir un animal avant le sacrifice rituel, au terme d'une séquence digne d'une série télévisée.
La question a pourtant fini par rattraper le gouvernement bruxellois par l'entremise du code bruxellois du bien-être animal, porté par le ministre Bernard Clerfayt (Défi). Le dossier provoque tensions et malaises en interne.
Jeudi, le point inscrit à l'ordre du jour pour une dernière lecture avant son envoi au Parlement, a une nouvelle fois été reporté, bloqué par le ministre-président Rudi Vervoort (PS).
"Des positionnements communautaristes"
"Je ne veux pas que le texte soit l'otage de positionnements communautaristes de certains partis", a commenté Bernard Clerfayt (Défi), ministre bruxellois en charge du bien-être animal, à l'issue de la réunion.
Ce code du bien-être animal, qui n'intègre pas la question de l'étourdissement avant abattage, fait l'objet d'un consensus sur son contenu. Mais le PS, malgré cet accord sur le fond, est réticent à le voir examiné et soumis au vote au parlement."Si le code pouvait être adopté tel quel par les groupes de la majorité, le ministre-Président n'aurait aucun problème à le soumettre au Parlement. Mais M. Vervoort constate que l'ensemble des groupes de la majorité ne s'engage pas clairement à ne pas déposer d'amendements sur l'abattage rituel", pointe la porte-parole de Rudi Vervoort, visant Défi, sans toutefois le citer.
Une crainte agite en effet les rangs socialistes : que le code, s'il arrive au Parlement, soit soumis à des amendements. Des députés Défi, MR, N-VA ou Vlaams Belang en profiteraient alors pour proposer d'ajouter au code l'obligation d'étourdir.
Ces amendements relanceraient à coup sûr, à quelques semaines des élections, un débat qui a porté le Parlement bruxellois a un état d'ébullition jamais atteint sous cette législature.
"Le PS joue la montre, car la dernière séance plénière est prévue le 3 mai. Les socialistes ont tellement peur que l'amendement passe qu'ils préfèrent ne pas en débattre au Parlement."
"Le PS joue la montre, car la dernière séance plénière est prévue le 3 mai. Les socialistes ont tellement peur que l'amendement passe qu'ils préfèrent ne pas en débattre au Parlement. Avec l'arrivée de Youssef Handichi au MR, l'évolution chez les Engagés, la nouvelle position d'Ecolo sur la question, il y a un risque que l'amendement passe et que l'abattage sans étourdissement soit interdit, analyse une source gouvernementale. Or, pour le PS et Ahmed Laaouej (candidat ministre-président bruxellois, NdlR), démarrer une campagne avec le vote d'un tel texte serait extrêmement compliqué auprès d'une partie de l'électorat. Ce sujet, qui touche à l'assiette des gens, est épidermique. Ahmed Laaouej prend en fait en otage le gouvernement pour se présenter en position de force au début de la campagne."
Le PS rejette cependant cette interprétation, estimant injustifié de revenir sur une question qui, en effet, a déjà été tranchée par le Parlement bruxellois."Le ministre-Président ne souhaite pas voir la majorité se déchirer sur cette question à quelques semaines des élections. Il ne veut pas non plus que des questions clivantes sur le plan communautaire reviennent au cœur de la compagne électorale comme en 2019", assure la porte-parole de Rudi Vervoort.
"Écolo était bien content que Rudi Vervoort bloque ce point, qui les met mal à l'aise", objecte une autre source PS.
En juin 2022, 9 des 15 députés d'Écolo avaient voté contre l'obligation d'étourdir un animal avant abattage. Les écologistes ont toutefois évolué sur le sujet.
"Aujourd'hui, dans le programme d'Écolo, il est écrit noir sur blanc qu'on est pour l'obligation d'étourdir. Le parti a été capable d'évoluer", avait indiqué à la Libre en mars Victoria Austraet, nouvelle députée bruxelloise Écolo.
Les arrêts de la cour de justice de l'Union européenne et de la cour constitutionnelle, qui ont tranché pour dire qu'une telle mesure était proportionnée, ont notamment joué dans la décision du parti d'inclure ce point dans son programme.
La position individuelle des députés bruxellois écologistes a-t-elle pour autant évolué ? À voir…
"Qu'on vote l'obligation d'étourdir ou pas, il n'y aura bientôt plus d'abattoirs à Bruxelles, car celui d'Anderlecht va fermer ses portes fin 2027."
"Qu'on vote l'obligation d'étourdir ou pas, il n'y aura bientôt plus d'abattoirs à Bruxelles, car celui d'Anderlecht va fermer ses portes fin 2027", souligne Alain Maron (Écolo), ministre bruxellois de l'Environnement.
Reste que ces tensions, à moins de trois mois des élections, ne seront pas sans conséquences. "Les socialistes sont en train de sacrifier l'ensemble du code du bien-être animal pour éviter le risque d'un amendement sur l'abattage sans étourdissement, observe une source bruxelloise. Ce faisant, ils sacrifient également d'autres dossiers, comme la réforme du RRU (Règlement régional d'urbanisme, NdlR). Je vois mal comment Défi pourrait aider les socialistes sur les dossiers qui restent à faire aboutir, avant les élections. Ces derniers ont précipité le mode campagne électorale."
L'interdiction de l'abattage rituel, c'est très clair, s'annonce comme un thème de campagne en Région bruxelloise.