Rachid Madrane s'oppose à la position d'Ahmed Laaouej : "Il ne doit pas y avoir de tabou à travailler avec la N-VA dans un gouvernement bruxellois"
L'ancien président du Parlement bruxellois plaide pour que des discussions soient entamées entre le PS et la N-VA, pour mettre fin au blocage. "Essayons au moins de discuter".

- Publié le 14-01-2025 à 11h32
- Mis à jour le 14-01-2025 à 16h08

Rachid Madrane (PS), échevin des Finances à Etterbeek, est sorti du bois ce mardi matin sur BX1. L'ancien président du Parlement bruxellois est allé à l'encontre de la position du PS bruxellois, qui a mis un veto contre la N-VA, dans les négociations pour former un gouvernement bruxellois. "Essayons au moins de discuter", a lancé Rachid Madrane.
Le socialiste s'est dit inquiet, au même titre que Charles Picqué, d'une possible mise sous tutelle de la région bruxelloise : "Ce serait un aveu d'échec exceptionnel. Cette région existe depuis 35 ans, elle est complexe, il y a des équilibres fragiles".
Pour rappel, Ahmed Laaouej, président de la fédération bruxelloise a mis son veto contre la N-VA, et refuse de négocier avec ce parti. Rachid Madrane, qui fut le challenger malheureux d'Ahmed Laaouej lors de l'élection à la présidence du PS bruxellois en 2019, ne rejoint pas cette position, et en appelle au dialogue. "Ahmed Laaouej a raison de dire que certaines exigences de la N-VA et des néerlandophones ne peuvent être rencontrées sans mettre en péril l'existence de la région bruxelloise."
"Après 7 mois, si on ne se met pas autour de la table, qu'on n'essaye pas d'avancer sur les thématiques fondamentales qui, aujourd'hui, bloquent Bruxelles, on entre dans une situation de blocage, qui est le plus grand ennemi de la région bruxelloise", a-t-il encore ajouté sur BX1.
Contacté par La Libre, Rachid Madrane prolonge le débat. "J'ai travaillé pendant 5 ans avec la N-VA au Parlement bruxellois, à aucun moment je ne les ai entendus remettre en cause le statut de Bruxelles."
Il ne doit pas y avoir de tabou à travailler avec la N-VA dans un gouvernement bruxellois, sur base d'unI accord de majorité acceptable pour toute les parties, et qui ne remette pas en cause le statut de Bruxelles, qui ne touche pas aux communes, aux CPAS et aux zones de police"
Former un gouvernement avec la N-VA constitue, selon Rachid Madrane, une possibilité. "Il ne doit pas y avoir de tabou à travailler avec la N-VA dans un gouvernement bruxellois, sur base d'un accord de majorité acceptable pour toutes les parties, et qui ne remette pas en cause le statut de Bruxelles, qui ne touche pas aux communes, aux CPAS et aux zones de police", assure-t-il. "La N-VA reste le premier parti du pays, et elle va bientôt envoyer un Premier ministre au 16 rue de la Loi. Mais avant de former une majorité, il faut se mettre d'accord sur un contenu. Et discuter ne veut pas dire tout concéder. Les francophones et les néerlandophones n'ont pas d'autres possibilités que de s'entendre pour former une majorité."
Rachid Madrane estime en outre que la super nota d'Elke Van den Brandt "n'a pas été faite exclusivement pour amener la N-VA à table. Ce sont des demandes qui existent de longue date."
En novembre, le jour du veto du PS contre la N-VA, Charles Picqué (PS), ancien ministre-Président bruxellois et père fondateur de la Région bruxelloise, avait déjà estimé dans la Libre que "l'attitude du PS bruxellois pourrait conduire à un blocage total de Bruxelles".
"Dire qu'on ne veut pas parler avec la N-VA, comme semble le dire Ahmed Laaouej, c'est s'exposer à ce qu'on dise que Bruxelles ne veut pas parler avec la Flandre. La N-VA est quand même le premier parti de Belgique", avait-il souligné, appelant Ahmed Laaouej "à prendre le costume d'un rassembleur pour incarner Bruxelles et sa défense."
Les sorties de Rachid Madrane et de Charles Picqué pourraient-elles pousser Ahmed Laaouej à revoir sa position ?
On peut en douter. Rachid Madrane, ancien rival interne d'Ahmed Laaouej, est relativement marginalisé au sein du PS bruxellois. En décembre, il avait renoncé à être candidat sur les listes régionales, dénonçant le manque de concertation dans la confection des listes. "On n'est pas en Corée du Nord !", avait-il tonné devant les militants, en congrès de parti.
Quant à Charles Picqué, s'il garde une aura en interne, son influence sur la direction du PS bruxellois est désormais fort limitée.
"Ahmed Laaouej tient totalement la fédération bruxelloise du PS"
Les autres personnalités susceptibles de peser en interne, comme Rudi Vervoort, Caroline Désir, Ridouane Chahid, Philippe Close et Fadila Laana, ne contestent pas la ligne adoptée par Ahmed Laaouej.
"Ahmed Laaouej tient totalement la fédération bruxelloise du PS", nous glisse un socialiste. "Il faut bien comprendre aussi que, pour le PS, monter dans un gouvernement bruxellois qui devra faire des économies, avec le PTB dans l'opposition, cela constitue un risque".
Au PS bruxellois, on insiste surtout sur le manque d'initiatives prises par le formateur David Leisterh (MR), depuis le veto du PS à la mi-novembre, pour tenter de mettre en place d'autres formules, alors qu'il n'y a pas de majorité au parlement bruxellois pour une coalition avec la NVA.
Le PS continue, un peu seul contre tous, d'espérer que le CD&V remplace la N-VA dans la coalition néerlandophone.
Pour Groen, c'est aux francophones de trouver une solution
Pour Groen, cela n'est pourtant pas aux partis néerlandophones de trouver une solution au blocage. "C'est bloqué côté francophone. C'est au formateur francophone David Leisterh de prendre ses responsabilités et de constituer une majorité ", a-t-il indiqué mardi matin au micro de l'émission De Ochtend de Radio 1 (VRT).
Le MR a bien tenté, en décembre, de convaincre Ecolo et Défi d'embarquer à la place du PS. Marie Lecocq, coprésidente d'Ecolo, avait refusé estimant que les conditions n'étaient pas réunies pour monter au gouvernement. Ce mardi matin, sur BX1, Maxime Prévot a justement demandé à Ecolo "d'objectiver ses conditions" pour une éventuelle montée en majorité, en vue de débloquer la situation.
Personne, toutefois, ne semble pour l'heure disposé à saisir la perche tendue par le président des Engagés. Et l'impasse reste totale.
La ligne de conduite des négociateurs semble être, à l'heure actuelle, d'attendre la conclusion un accord au niveau fédéral, en espérant qu'il entraîne un hypothétique déblocage en Région Bruxelles Capitale.
