À la Chambre, la N-VA a été harponnée par le Belang, qui tape sur deux clous qui pourraient faire mal
Durant les débats à la Chambre suite à la Déclaration de politique générale du Premier ministre Bart De Wever (N-VA), les partis d'opposition ont dévoilé leur jeu pour cette législature.

- Publié le 05-02-2025 à 20h59
- Mis à jour le 06-02-2025 à 08h43

Le ton politique de la législature a été donné, ce mercredi. Les débats à la Chambre suite la déclaration de politique générale du Premier ministre, mardi, ont indiqué la ligne que suivra l'opposition jusqu'en 2029. La gauche – PTB, PS, Ecolo, Groen – a sorti la sulfateuse contre les mesures socio-économiques annoncées par l'Arizona. Selon ces partis, la réforme des pensions, la flexibilisation du travail de nuit, etc., vont toucher les petits, les personnes déjà précarisées. Quant à la taxe sur les plus-values, aux contours toujours incertains, elle va taper à côté de la cible qui aurait dû être la sienne, le "grand capital", les grandes entreprises. Ce sont les petits investisseurs qui vont payer, a notamment critiqué Raoul Hedebouw, le président des marxistes.
Frank Vandenbroucke, vice-Premier ministre Vooruit et ministre de la Santé et des Affaires sociales, assis juste devant les parlementaires PTB, était visiblement dérangé auditivement par leurs vociférations. Il a dû se boucher les oreilles… "Mais qu'est-ce que c'est que ce débat ?", s'est-il agacé devant les attaques de l'extrême gauche dans le dossier Santé.
Une pression indirecte de la gauche
Le principal parti de la coalition, la N-VA, classée à droite, ne devrait pas sortir trop affaibli de cette fronde attendue. La déstabilisation de l'Arizona pourrait venir indirectement, via Vooruit. Le parti de Conner Rousseau est le seul pilier de gauche sur lequel repose la nouvelle coalition. Il faudra surveiller si, durant cette législature, les socialistes flamands obtiennent satisfaction à l'égard des promesses "de gauche" de l'accord de gouvernement qu'ils avaient arrachées durant les négociations. Pensons en particulier à l'introduction de la taxe sur les plus-values boursières.
Non, le parti de Bart De Wever, la N-VA donc, va devoir surtout tenir le choc face au Vlaams Belang (VB), son principal adversaire sur les bancs de l'opposition. La guerre est ouverte entre les deux formations nationalistes dont les électorats respectifs se confondent en partie. Barbara Pas, députée et cheffe de groupe de la formation d'extrême droite, a tapé dur sur les deux clous qui pourraient faire mal à la N-VA : le communautaire et la migration. Il fallait s'y attendre : l'élue du Belang a dénoncé les supposées compromissions de la formation du Premier ministre à l'égard de ses partenaires francophones (MR et Engagés) et à l'égard de la gauche socialiste flamande (Vooruit).
Si l'Arizona devrait mettre en œuvre une politique migratoire plus stricte, l'accord de gouvernement est loin de correspondre à la ligne défendue depuis plusieurs années par la N-VA. Et le Belang l'a relevé. Theo Francken (N-VA), désormais ministre de la Défense, est une défenseur du modèle australien ou encore du modèle danois, fort restrictifs, et la parlementaire VB a affirmé ne pas voir la trace de ses convictions dans l'accord Arizona : "Vous vous êtes enfermés dans ce gouvernement avec Vooruit qui refuse une politique migratoire sévère", a-t-elle lancé aux ministres et aux députés de la N-VA.
Les statuts de la N-VA déchirés
Sur le plan communautaire, le Belang a enfoncé le couteau dans la plaie. Barbara Pas a envoyé une lourde charge depuis la tribune de la Chambre : "Vous n'êtes plus un V-Partij (une formation qui réclame plus d'autonomie pour la Flandre), pour peu que vous ayez été un jour de vrais nationalistes… Vous savez que ce pays est ingérable mais, pour votre confort, pour les ors du pouvoir, vous avez accepté de monter dans ce cercueil (l'Arizona). Vous avez nié des millions d'électeurs. Vous aviez promis le confédéralisme…" De manière théâtrale, Barbara Pas a brandi une copie des statuts de la N-VA, dont l'article 1 réclame l'indépendance de la Flandre, et l'a déchirée…

De maigres "avancées" institutionnelles
L'extrême droite flamande reproche à Bart De Wever d'avoir accepté un accord de majorité jugé faible du point de vue flamingant. Il est vrai que les "avancées" institutionnelles contenues dans l'Arizona sont plutôt maigres. Le Sénat sera supprimé, mais c'était à la demande générale des partis flamands. Et les francophones ne se sont pas battus pour sauver la Haute Assemblée. Le Premier ministre va piloter la réflexion pour une future réforme de l'État, des crédits seront débloqués pour que des experts planchent sur la question, mais le résultat de ces démarches reste incertain. Pour modifier la Constitution, une quasi inaccessible majorité des deux tiers au parlement est nécessaire…
La N-VA connaît désormais les deux axes du plan de bataille du Vlaams Belang durant cette législature. Il est à parier que la migration et l'institutionnel reviendront dans toutes les sorties médiatiques des mandataires Belang, dans toutes leurs interventions à la Chambre… En 2029, il y aura des élections et l'extrême droite compte bien, cette fois, passer devant la N-VA et se rendre incontournable dans l'exercice du pouvoir. Bart De Wever réussira-t-il à contrer, depuis le "16", ce possible renversement des rapports de force ?