Axel Miller, ex-chef de cabinet de Georges-Louis Bouchez : "La prospérité, ce n'est jamais l'État qui la crée"
L'ancien patron issu du privé (Dexia, D'Ieteren…) a quitté ses fonctions au MR. Il revient sur son expérience de cinq années dans la sphère politique. Pour lui, le poids des réglementations étouffe les entreprises et les citoyens ; et il appelle à l'alléger.

- Publié le 25-03-2025 à 06h34
- Mis à jour le 25-03-2025 à 06h35

Vous insistez sur la réduction des dépenses publiques. Mais on entend souvent que l'on est arrivé à l'os au fédéral.
On donne l'impression que la diminution des dépenses publiques implique que le citoyen va forcément trinquer. Ce n'est pas vrai. Des économies sont encore possibles à tous les niveaux de pouvoir sans supprimer des postes et des services. Des politiques publiques qui parfois coûtent très cher ont été mises en place il y a vingt, trente ans ou quarante ans. Il faut avoir le courage d'arrêter toutes ces politiques qui coûtent un porte-avions sans avoir l'effet qu'elles devraient avoir. Je pense aux aides et aux subsides à l'emploi. Ces trucs ont été développés dans les années 80 et 90, à l'époque où il y avait une pénurie d'offres d'emploi. Mais aujourd'hui on est dans une situation inverse : les emplois vacants ne trouvent pas preneurs.
Des politiques publiques qui parfois coûtent très cher ont été mises en place il y a vingt, trente ans ou quarante ans. Il faut avoir le courage d'arrêter toutes ces politiques qui coûtent un porte-avions sans avoir l'effet qu'elles devraient avoir."
C'est le credo libéral : moins d'État…
Certaines politiques visent toute la population alors qu'elles ont été pensées à la base pour certaines personnes. On devrait concentrer ces moyens pour les personnes qui en ont vraiment besoin. À 60 ans, si je bénéficie de la gratuité des transports en commun, cela n'a absolument aucun sens. Je peux m'offrir seul un abonnement à la Stib… De même, doit-on offrir la gratuité des soins de santé à tout le monde de la même façon ? Enfin, une part énorme des moyens publics destinés aux citoyens est dispersée dans les structures qui les distribuent. Une série de personnes dans les interstices du système vivent de cela, de cet argent public. Les structures de l'État et en dehors de l'État coûtent très cher. Il y a des économies très importantes à faire pour ensuite redistribuer ces ressources vers ceux qui en ont besoin.
Si vous pouviez décider d'une mesure, que faut-il faire en priorité en Belgique ?
Activer l'emploi, baisser les impôts et réduire très fortement les réglementations qui se sont accumulées ces dernières années, en particulier au niveau européen. Je suis administrateur dans plusieurs sociétés et j'ai vu avec consternation arriver ces réglementations qui taxent les entreprises et font travailler des consultants, mais sans apporter de valeur ajoutée. Cela ne sert à rien, à part créer des coûts inutiles pour produire des rapports que personne ne lit. Supprimez ces contraintes ! Comme cela a longtemps été le cas à l'égard de la production d'armes, on moralise certains secteurs de l'économie à outrance. Il faut enlever ce carcan. La prospérité, ce n'est jamais l'État qui la crée. Elle vient de notre travail quotidien et des entreprises.
Le ras-le-bol monte dans la population et le monde politique le sous-estime. C'est ça aussi le libéralisme : foutez-la paix aux gens qui bossent…"
L'État au sens large est-il devenu trop interventionniste ?
L'État s'occupe en effet de choses dont il n'a absolument pas à s'occuper. Il y a une accumulation de règles qui emm… les gens. Est-ce qu'on peut fumer ou pas ? Sur la terrasse ou pas ? Peut-on encore prendre sa bagnole pour aller en ville ? La limitation de la vitesse était fixée à 50 km/h mais, maintenant, c'est à 30. Récemment, à Bruxelles, j'ai été flashé à 38 km/h… alors qu'à deux kilomètres de là, on se massacrait à la kalachnikov au métro Clemenceau. L'État a perdu la notion de priorisation des politiques publiques. Le ras-le-bol monte dans la population et le monde politique le sous-estime. C'est ça aussi le libéralisme : foutez-la paix aux gens qui bossent…
Retrouvez la première partie de l'interview ici.
