Françoise Schepmans: "À Molenbeek, Catherine Moureaux a connu un véritable désaveu. C'est une situation inédite"
L'ancienne bourgmestre de Molenbeek est préoccupée par la gestion de la commune. "Depuis la mise en place de cette nouvelle majorité, rien n'a été fait ! Le seul moment où Catherine Moureaux s'est montrée présente, c'est pendant la campagne électorale... "


- Publié le 24-05-2025 à 11h45

Bourgmestre de Molenbeek de 2012 à 2018, Françoise Schepmans est particulièrement attachée à sa commune. Elle y réside depuis ses 7 ans et y a connu des bons comme des mauvais moments. Après tout, elle arborait l'écharpe mayorale quand la localité de l'Ouest de Bruxelles s'est retrouvée sous le feu des projecteurs après les attentats de Paris.
Aujourd'hui, elle n'a pas peur de le dire: l'heure est grave. Entre l'absence prolongée de la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux et la mise en place d'une politique "très à gauche", la libérale craint de voir un laisser-aller s'installer au sein de la commune. Ce qui, à ses yeux, pourrait être très dangereux pour Molenbeek... "Il faut plus que jamais assurer la cohésion sociale", tonne la députée bruxelloise. Et il n'y a pas que pour sa localité qu'elle s'inquiète. L'absence d'un gouvernement à Bruxelles l'interpelle tout autant... Françoise Schepmans est l'Invitée du samedi de LaLibre.be.
Près d'un an après les élections, la Région bruxelloise n'a toujours pas de gouvernement. Cette situation vous préoccupe-t-elle ?
Evidemment ! Rien ne bouge alors que des dossiers essentiels doivent évoluer, comme la sécurité, la propreté, la mobilité. Le PS a la volonté de ne pas aboutir. En refusant de gouverner avec la N-VA, les socialistes prennent un prétexte un peu facile. Ahmed Laaouej veut évidemment une majorité de gauche, alors que le MR est sorti gagnant des dernières élections.
Au vu des problèmes que rencontre la Région, est-ce de l'égoïsme ?
Vouloir former ce gouvernement "anti-Arizona" est une attitude dangereuse, surréaliste et irresponsable pour Bruxelles. Les besoins de changements sont cruciaux. Un récent sondage de la RTBF montre d'ailleurs qu'une majorité de Belges sont satisfaits des mesures phares prises par le fédéral.

Les Engagés ne ferment pas la porte à la constitution d'une majorité de gauche. Est-ce une piste crédible ?
Non, cette sortie consiste juste à mettre la pression sur le MR. On a de bonnes relations avec Les Engagés et je ne les imagine pas se rapprocher du PS ou d'Ecolo à Bruxelles. Maintenant, on attend la nouvelle note de négociation de David Leisterh, qui reprendra les recommandations d'institutions reconnues. C'est une bonne méthode à adopter pour pouvoir envisager les réformes nécessaires pour la Région.
Le MR a pris l'initiative de former ce gouvernement et l'a gardée pendant de longs mois. Les libéraux ne sont-ils pas aussi responsables des blocages actuels ?
Absolument pas ! C'est véritablement Ahmed Laaouej qui a refusé dès le départ toute formation. Il a même refusé d'être formateur. Il y a dans son chef une volonté de pourrissement de la situation.
Georges-Louis Bouchez est-il trop clivant pour certains partenaires ?
Il est vrai qu'il a une attitude bien tranchée sur certains dossiers, mais il a réussi à former un gouvernement au niveau fédéral, en Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le cibler serait donc un prétexte pour refuser d'avancer à Bruxelles.
Dans votre commune, le PS a rejeté votre parti dans l'opposition pour s'associer au PTB. Comment l'avez-vous vécu ?
Je ne suis pas étonnée que les socialistes se soient tournés vers ces partenaires. Catherine Moureaux et le PS de Molenbeek n'ont pas d'épine dorsale, ils vont dans tous les sens. La bourgmestre est en congé maladie depuis février et ne devrait revenir qu'en juin. Elle avait déjà fait le coup de s'absenter sous la législature précédente. En plus, il n'y a pas de cohérence dans le groupe PS. Je suis donc inquiète pour les Molenbeekois. Et j'ai beaucoup de regrets car je vis dans cette commune depuis l'âge de sept ans et j'en ai été la bourgmestre. J'estime qu'il faut se montrer exigeant et ne pas se contenter du laxisme tel qu'on le vit aujourd'hui.
L'absence de la bourgmestre se fait-elle sentir ?
Oui ! Cela se ressent dans la tenue des conseils communaux, dans la gestion de la commune, dans le fait que le budget n'a toujours pas été présenté... Depuis la mise en place de cette nouvelle majorité, rien n'a été fait ! Rien ! Le seul moment où Catherine Moureaux s'est montrée présente, c'est pendant la campagne électorale... Aujourd'hui, il faut des politiques de rénovation, de sécurité, de soutien à la jeunesse...
Qu'est-ce qui se dit dans les rangs politiques à Molenbeek face à cette absence sans cesse prolongée de Catherine Moureaux ?
Que c'est le foutoir ! Les critiques émanent même de son propre parti...
L'envoi, par Ahmed Laaouej, de deux facilitateurs pour mettre de l'ordre dans la commune, est-ce un désaveu pour Catherine Moureaux ?
Absolument ! Je n'ai jamais vu une situation pareille à Molenbeek. Jamais, jamais... Je n'ai d'ailleurs jamais vu ça non plus dans une autre commune. Ahmed Laaouej a même menacé de mettre la section locale du PS sous tutelle. Cela montre l'état de crise que vit cette commune.
Les trois partenaires de majorité (PS, PTB et Molenbeek Autrement) se sont souvent vus reprocher leur approche communautariste. Etes-vous inquiète de les voir au pouvoir ensemble ?
Oui. Une motion a d'ailleurs déjà été déposée sur le port des signes convictionnels. Cela en dit long... Il est de plus en plus visible que la majorité molenbeekoise ne suit pas une ligne de conduite claire. On est face à une majorité qui est très à gauche. Je crains qu'une forme de complaisance s'installe à l'égard de certaines minorités. Alors qu'au contraire, il faut assurer la cohésion sociale et respecter l'Etat de droit.
C'est la Team Fouad Ahidar qui a ressorti le débat sur le port du voile du placard. Pensez-vous que la majorité pourrait céder face à ces pressions ?
Le PTB et Molenbeek Autrement sont favorables à ce que le port du voile soit accepté pour les enseignants. Le PS est plus divisé sur cette question. A mon sens, le PS régional va devoir intervenir dans ce débat. En tous les cas, pour le MR, la neutralité n'est pas négociable. Que ce soit dans la fonction publique ou dans l'enseignement officiel.

Quand on voit le profil de l'échevin socialiste Kalandar, que le PS souhaite écarter, diriez-vous qu'il y a un problème dans les rangs politiques à Bruxelles ?
Oui. Mais c'est surtout un souci que l'on observe du côté du PS et de son entourage. Il y a un communautarisme sous-jacent qui s'installe dans la commune.
Ce communautarisme ne risque-t-il pas de faire fuir une partie de la population ?
Bien sûr. J'ai toujours prôné la mixité au sein de la commune. Elle est essentielle. Il faut tenir compte de l'autre. Je n'ai pas envie d'être confrontée à Bruxelles à des groupes qui vivent isolés les uns des autres. Au MR, on ne veut pas s'accommoder aux souhaits de certaines communautés pour récupérer leurs voix. On veut les accueillir mais avec un programme clair sur des sujets comme le port du voile.
Mais la mixité dans certains quartiers de Molenbeek n'existe quasiment plus...
Oui, malheureusement. Quand j'étais bourgmestre, j'ai développé des programmes de cohésion sociale, pour la jeunesse, la culture... Ce sont des choses qui me semblent importantes à mettre en place dans une localité si l'on veut éviter que des communautés se forment et vivent séparément du reste des habitants.
Quand Georges-Louis Bouchez se rend au Maroc pour y défendre le rattachement du Sahara occidental, n'est-ce pas aussi une position communautariste ?
Non, d'autres l'ont fait avant lui. La position du MR sur le Sahara occidental était déjà défendue par le parti avant les élections. Qui plus est, j'ai participé, il y a des années, à un voyage à l'invitation du Maroc dans le Sahara et je peux vous affirmer que tous les partis étaient représentés.