Fumée blanche à Bruxelles : le MR annonce un accord à 6 partis pour enfin négocier la formation d'un gouvernement
Une proposition de Georges-Louis Bouchez (MR), acceptée par Ahmed Laaouej (PS) a permis de débloquer la situation, un an après les élections.

- Publié le 13-07-2025 à 19h38
- Mis à jour le 13-07-2025 à 20h50

Plus d'un an après les élections de mai 2024, on avait presque cessé d'y croire. Ce dimanche pourtant, un déblocage est (enfin) intervenu dans le processus de formation d'un gouvernement bruxellois.
"Au terme de plusieurs semaines de discussions respectueuses et constructives, des négociations en vue de la formation d'un gouvernement bruxellois vont pouvoir reprendre ce lundi avec six partis à savoir le MR, le PS, Les Engagés, Groen, l'Open VLD et Vooruit", annonce le MR à la Libre. "Afin d'installer le gouvernement avec une majorité parlementaire dans les deux collèges, répondant ainsi au prescrit légal, le MR désignera comme Secrétaire d'État, sur son quota, une personnalité issue de la société civile non encartée, permettant ainsi de recueillir la confiance des partis démocratiques représentés au Parlement bruxellois. L'objectif de cette démarche est d'avoir un gouvernement bruxellois de plein exercice afin de répondre au plus vite aux défis de la région Bruxelles-Capitale."
Vendredi, Georges-Louis Bouchez avait quelque peu irrité les élus néerlandophones présents sur le parvis de l'hôtel de Ville de Bruxelles, en détournant l'attention de la fête de la communauté flamande. Il avait annoncé "une solution pour Bruxelles dans les prochaines heures", laissant entrevoir une solution magique, à laquelle personne n'avait encore pensé.
"Ce serait un coup de génie", affirmait-on vendredi dans plusieurs partis, tandis que d'autres pointaient plutôt un "coup de com'."
Car le Montois avait refusé de lever le voile sur la nature de sa proposition, déclenchant le scepticisme de négociateurs comme Elke Van den Brandt (Groen), qui avait dénoncé un "petit tour de piste pour la presse", assurant qu'il n'était pas question de discussions à proprement parler.
Il s'avère qu'il s'agissait de bien plus qu'un simple effet d'annonce…
Le MR sacrifie un de ses deux portefeuilles ministériels
Le MR, en tant que premier parti de la coalition, doit en théorie se voir octroyer deux postes : celui de ministre-Président, mais aussi un portefeuille de Secrétaire d'État. Ce second portefeuille serait donc confié, sur quota MR, à une personnalité issue de la société civile.
En pratique, la solution qui a été proposée par le président du MR consiste donc à ce que le MR cède le poste Secrétaire d'État qui lui est dévolu à une personnalité qui soit N-VA compatible.
Selon nos informations, l'option a été d'abord validée par Ahmed Laaouej (PS), ensuite aussi par l'Open VLD et les autres négociateurs (Christophe De Beukelaer, les Engagés, Elke Van den Brandt, Groen, Ans Persoons, Vooruit, et Cieltje Van Achter, de la N-VA), dont certains n'ont été contactés par le président du MR que ce dimanche en toute fin de journée.
Cette subtilité permet ainsi de ne pas intégrer formellement la N-VA aux négociations, ni stricto sensu au gouvernement bruxellois.
Dans cette formule, la N-VA accepterait donc de voter la confiance aux ministres néerlandophones et francophones, permettant ainsi la mise en place d'un gouvernement de plein exercice. Sans les deux sièges du parti de Bart De Wever, en effet, il ne pourrait pas y avoir de majorité, côté néerlandophone (Groen, Vooruit et l'Open VLD représentent 8 sièges sur 17).
Car le blocage bruxellois se résumait dans ce dilemme : le PS ne veut pas d'un gouvernement avec la N-VA, tandis que l'Open VLD ne veut pas d'un gouvernement sans la N-VA. La proposition du président du MR a pour mérite de faire en sorte que personne ne ressorte complètement perdant. Cette forme d'ambiguïté constructive permet au PS, à l'Open VLD et à la N-VA de franchir une sorte de cap psychologique, et d'entrer en négociations.
"C'est une solution très inventive, car il faut reconnaître que personne n'y avait pensé jusqu'ici".
"C'est une solution très inventive, car il faut reconnaître que personne n'y avait pensé jusqu'ici", pointe une source bien informée.
Sur le fond, un travail de négociations a déjà été en partie réalisé l'été dernier, lorsqu'un axe MR-PS-Engagés s'était formé et avait négocié une note commune. Les élections communales, et surtout les négociations qui s'en sont suivies, ont corsé les rapports.
Les liens s'étaient fortement distendus, avant de se rompre, entre Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, et le MR. Certains, parmi les négociateurs, avaient douté de la volonté de Georges-Louis Bouchez, qui avait repris la main sur ces négociations, de former un gouvernement bruxellois.
Mais le Montois, en secret, est parvenu à rouvrir un canal avec Ahmed Laaouej. Les deux hommes se sont rencontrés à l'hôtel Amigo, et les sherpas ont travaillé parallèlement à la mise en place d'un scénario de déblocage.
"Un lien de confiance s'est créé entre Ahmed Laaouej et Georges-Louis Bouchez. C'est ce lien qui avait déjà permis de débloquer le blocage à Schaerbeek", souligne une source proche d'un négociateur.
"Reste à voir si Georges-Louis Bouchez parviendra à faire aboutir ces négociations, notamment avec Elke Van den Brandt, et sur la question budgétaire," conclut une source politique. "Car former un gouvernement d'ici au 21 juillet, comme il l'avait suggéré vendredi, cela me paraît ambitieux".
