À peine entamées, les négociations bruxelloises calent déjà : "On ne sait pas si la N-VA est dedans ou dehors…"
L'entame des négociations à 6 partis annoncées par le MR ne s'est pas déroulée comme prévu. Car la question de la N-VA et de son rôle dans ce gouvernement, ne fait pas l'objet d'un consensus entre les partenaires.

- Publié le 14-07-2025 à 19h54
- Mis à jour le 15-07-2025 à 09h18

"Gouverner, c'est faire croire", disait Machiavel. Pour que Bruxelles soit enfin gouvernée plus d'un an après les élections, Georges-Louis Bouchez, le président du MR, a dû réunir des conditions a priori antagonistes : faire croire à la N-VA qu'elle était dans la majorité, et au PS qu'elle n'y était pas.
Le président du MR y est parvenu, ce dimanche. Il a ainsi pu annoncer un accord à 6 partis (MR, PS, Engagés, Groen, Vooruit et Open VLD) pour enfin négocier la formation d'un gouvernement.
Les discussions de ce lundi ont eu lieu en présence de David Leisterh, de retour à la table des négociations après avoir été en retrait durant plusieurs semaines. Le formateur bruxellois, éreinté par une année de discussions stériles, avait fini par laisser son président Georges-Louis Bouchez prendre la main sur les négociations, voici quelques semaines. "Mais David reste bien le candidat ministre-Président du MR", nous assure une source libérale.
La solution proposée par Georges-Louis Bouchez consistait à ce que le MR cède le poste Secrétaire d'État, sur son quota. Le communiqué ne mentionnait toutefois pas l'éléphant dans la pièce : le cas de la N-VA.
Le deal, entendait-on alors, prévoyait que le poste soit cédé à une personnalité N-VA compatible, bien que non encartée, afin de s'assurer du vote du parti nationaliste flamand, lors de la désignation des membres l'exécutif bruxellois.
Mais l'ambiguïté de la proposition du MR a rapidement fait surface. Et les négociations ont connu un faux départ.
Une réunion plénière à six partis devait se tenir ce lundi à 15 heures, pour entamer les négociations. Plusieurs négociateurs néerlandophones estimaient que la présence d'un collaborateur de la N-VA était justifiée. Mais quand Ahmed Laaouej (PS) l'a appris, il s'y est résolument opposé. "On ne négocie pas à 6,5. Si la N-VA est à table, ça change la nature de l'accord", pointe une source PS.
La rencontre n'a finalement pas eu lieu, ce qui a eu pour mérite d'éviter un clash entre le PS et l'Open VLD/N-VA, dont les conséquences auraient pu être rédhibitoires.
Le MR a alors choisi de privilégier des réunions bilatérales. Des rencontres entre Georges-Louis Bouchez et Christophe De Beukelaer (Les Engagés), puis entre le Montois et Elke Van den Brandt (Groen), ont eu lieu durant l'après-midi. "Mais la réunion plénière aura lieu mardi ou mercredi", assure une source MR, optimiste.
Une réunion annulée
"Un certain nombre de malentendus entre les partis à l'origine de l'accord doivent être levés", a commenté Christophe De Beukelaer, chef de file des Engagés à Bruxelles.
"Il semble que tout le monde n'a pas compris la même chose de la proposition du MR…", ajoute une source politique.
Ce que les socialistes ont compris est relativement clair, et s'apparente pour l'essentiel à ce qui figure dans le communiqué envoyé dimanche soir à la Libre par le MR. Le nouveau Secrétaire d'État, même s'il est N-VA compatible, doit être "une personnalité issue de la société civile, bien que non encartée". Il ne peut donc pas être membre du parti de Bart De Wever, ni avoir été candidat sur ses listes. Les socialistes ont également accepté de ne pas s'opposer à ce que la N-VA, ou tout autre parti (sauf le Vlaams Belang), soutienne la mise en place du prochain gouvernement, par son vote. Mais ce qui ne figure pas de le communiqué est important également…
L'ensemble des paramètres de la négociation, en ce compris la composition des délégations, avait fait l'objet d'un accord dimanche entre le MR et le PS, nous assure une source socialiste. "Ceux qui pensent pouvoir forcer la main du PS, ou qui comptent sur un manque de lucidité de leur part, manquent de mémoire et mettent en péril la solution sur la table."
La N-VA peut-elle amener son sherpa ?
Au sein des partis néerlandophones, l'analyse est très différente. Du côté de la N-VA, il semble clair que le deal passé avec Georges-Louis Bouchez, même si cela ne figure pas dans le communiqué du MR, consiste à pouvoir nommer une personnalité de la N-VA, encartée ou non, au poste de Secrétaire d'État. La présence d'un sherpa autour de la table est par ailleurs jugée comme un minimum. "La N-VA est ouverte à aider en vue de trouver une solution, mais il y a des limites… Si elles sont franchies, je ne vois pas comment Cieltje Van Achter pourra convaincre son parti de voter le soutien au gouvernement", glisse une source flamande.
"Il y a une majorité néerlandophone (bruxelloises), composée de Groen/NVA/OpenVLD/Vooruit", assène Frédéric De Gucht, chef de file de l'Open VLD à Bruxelles. ""La proposition de Georges-Louis Bouchez, telle que je l'ai comprise, prévoit que la N-VA peut désigner un secrétaire d'État. Nous pouvons négocier, de manière préliminaire, à quatre partis flamands. Et ensuite aller négocier à trois partis néerlandophones (sans la N-VA), en confiance, avec les trois partis francophones. Mais on ne peut pas attendre de la N-VA qu'elle vote un accord de gouvernement sans avoir quelqu'un qui soit présent à table pour écouter les discussions. Un sherpa, ce n'est pas là pour négocier, mais pour écouter. Je ne comprends donc pas le PS."
Partant de ce principe, certains ont été, ce lundi lors des réunions, jusqu'à se poser la question de savoir si le sherpa de la N-VA devait avoir le droit… de parler durant les réunions.
C'est un peu la N-VA de Schroedinger. On ne sait pas si elle est dedans, ou pas. Le PS dit que non, la N-VA dit que oui".
"C'est un peu la N-VA de Schrödinger. On ne sait pas si elle est dedans, ou pas. Le PS dit que non, la N-VA dit que oui", résume une source néerlandophone. La même métaphore, inspirée de l'expérience imaginée par le maître de la physique quantique, s'applique plus généralement à ces négociations bruxelloises. Tant que la boîte noire des discussions entre Georges-Louis Bouchez et les autres négociateurs bruxellois n'est pas ouverte, on ne peut savoir si son initiative est morte ou vivante…
Car le flou artistique qui entourait la proposition du MR, et qui a permis au PS et à l'Open VLD, de franchir un cap psychologique, s'est dissipé. Un vieux problème est alors réapparu : la question de la N-VA n'est pas formellement tranchée.
