La tactique d'Élisabeth Degryse pour faire passer la pilule du budget 2026
La ministre-Présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles joue la transparence totale. Analyse.

- Publié le 01-10-2025 à 06h43

On ne pourra pas dire que la ministre-Présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Élisabeth Degryse (Les Engagés) ne dit pas les choses. On pourrait même affirmer qu'elle joue la transparence.
En annonçant dans La Libre que le conclave budgétaire qui commencera bientôt aura pour ambition de trouver les mesures d'économies nécessaires afin de retrouver l'équilibre dans les trois années à venir, elle ne cache pas que l'heure est grave. Elle précise d'ailleurs qu'elle est prête à discuter de tout sans "aucun tabou". Elle considère ainsi que toutes les politiques menées aujourd'hui en Fédération peuvent être remises à plat. Même la réforme du statut des enseignants pourrait être débattue si le coût est trop élevé. Un rapport d'experts, commandé par le gouvernement et publié la semaine dernière, a d'ailleurs pointé le coût élevé de cette réforme lancée par Valérie Glatigny (MR).
La sortie de ce rapport n'est pas anodine. Alors que celui-ci était manifestement promis à l'une ou l'autre rédaction en exclusivité, il s'est retrouvé dans toute la presse. Une manière habile pour la ministre-Présidente et son gouvernement de s'assurer que l'information passe bien, et partout.
Pourquoi ? Parce que le gouvernement ne peut plus se cacher. Il va prendre des décisions budgétaires difficiles qui, quoi qu'il fasse, seront impopulaires.
Minimiser les dégâts
La seule manière de sauver les meubles est donc d'annoncer le pire et de tenter de minimiser les dégâts lors des discussions qui débuteront bientôt.
Élisabeth Degryse avait déjà travaillé de la sorte après les révélations du mois d'avril dans La libre, concernant le trou budgétaire qui avoisine les 340 millions d'euros. Elle s'était rendue au Parlement pour expliquer les raisons d'un tel trou. Elle avait alors promis une traque minutieuse des "éventuels gaspillages". "Chaque dépense sera analysée et il faudra se demander si nous ne devons pas renoncer à certaines politiques", soulignait-elle, annonçant que "le gouvernement [allait être] fortement contesté par l'opposition et par la rue".
À l'époque de l'ajustement budgétaire, celui-ci s'était finalement soldé par des petites économies, l'opposition reprochant à la ministre d'avoir tenté d'effrayer la population. Mais elle tenait sa ligne : les efforts viendront plus tard. Nous y sommes donc. Le résultat du conclave pour la confection du budget 2026 sera attendu de pieds fermes par toutes une série de secteurs dépendant de la Fédération. Chacun retient son souffle.
Si le gouvernement prend moins de décisions impopulaires que prévu, Élisabeth Degryse pourra affirmer avoir veillé à limiter les dégâts et à protéger autant que possible les citoyen (ne) s. Elle espère ainsi désamorcer la contestation qu'elle anticipe.
En revanche, si les mesures annoncées dans les prochains jours ou semaines poussent certains secteurs dans la rue, elle pourra mettre en avant sa transparence : elle n'a rien caché aux francophones. Elle rappellera aussi que ce sont les experts qui ont jugé ces réformes nécessaires.
