Le vrai du faux de l'enquête sur les malades de longue durée qui agite le monde politique
Les résultats du contrôle effectué par l'Inami, montrant qu'il y a des faux malades, ne permettent aucune extrapolation, martèlent les mutuelles et le ministre Vandenbroucke.

- Publié le 09-10-2025 à 07h09
- Mis à jour le 09-10-2025 à 07h10

L'enquête agite le Landerneau politique, fait l'objet de toutes les interprétations et donne du grain à moudre aux partis de droite qui estiment que trop de travailleurs malades ne le sont pas réellement.
L'enquête en question est un "contrôle thématique" effectué par l'Inami (l'assurance maladie-invalidité) sur une catégorie de travailleurs dont l'invalidité est reconnue jusqu'à la pension. Il s'agissait de déterminer si cette reconnaissance, accordée par les mutualités, est justifiée.
Un premier lot de contrôles portait sur 136 personnes dont la pathologie a conduit à une reconnaissance automatique de l'invalidité jusqu'à la pension. On parle ici de cancers sévères, de tétraplégie, de maladie d'Alzheimer, de coma… Sur ces 136 dossiers, seuls 2 n'auraient pas dû conduire, selon l'Inami, à la reconnaissance de l'invalidité jusqu'à la pension, mais à une invalidité limitée dans le temps.
Le deuxième lot portait sur 768 personnes dont l'examen du dossier a conduit automatiquement, donc sans examen médical, à une reconnaissance de l'invalidité jusqu'à la pension. Or, selon l'Inami, cette reconnaissance n'aurait dû être accordée qu'à 17 % d'entre elles. Pour 56 %, l'invalidité aurait dû être limitée dans le temps. Et pour 27 %, l'Inami a carrément mis fin à l'invalidité.
Clarinval attaque, Vandenbroucke tempère
Samedi, dans La Libre, le vice-Premier ministre MR, David Clarinval, estimait sur cette base que "les mutuelles sont laxistes" et il réclamait qu'on leur retire le contrôle des malades. Il y a trop de "faux malades de longue durée", a-t-il martelé mercredi sur La Première, estimant que l'État pourrait économiser entre 1 et 4 milliards d'euros par an en remettant ces gens au travail.
Contacté par La Libre, son cabinet précise : selon les estimations, les dépenses d'indemnités de l'Inami pour les malades de longue durée passeront de 15 milliards d'euros en 2026 à plus de 18 milliards en 2030. Sur les 260 000 personnes reconnues en invalidité jusqu'à la pension, le cabinet juge, sur la base du contrôle de l'Inami, qu'un quart peut retravailler tout de suite et, de manière générale, que plus de 80 % pourront retravailler un jour.
Pourtant, vendredi, sur La Première, le ministre des Affaires sociales, Frank Vandenbroucke (Vooruit), disait qu'aucune extrapolation ne pouvait être faite du contrôle de l'Inami car il portait sur un échantillon non représentatif. Le cabinet Clarinval maintient néanmoins : vu les masses budgétaires en jeu, il doit être possible de trouver 1 milliard l'année prochaine, et 4 milliards d'ici 2030.
Un échantillon non représentatif
La Libre a lu le "contrôle thématique" de l'Inami. En aucun cas, il ne permet de conclure qu'un quart des travailleurs malades sont des faux malades (ce que David Clarinval ne dit pas non plus). Et il ne permet même pas de conclure qu'un quart des travailleurs dont l'invalidité est reconnue jusqu'à la pension pourrait retravailler tout de suite.
Cette part d'un quart de travailleurs (27 %) porte sur le lot de 768 personnes dont l'examen du dossier a conduit à une reconnaissance automatique de l'invalidité jusqu'à la pension. Mais cette part diminue si l'on tient compte de l'autre lot de 136 personnes qui ne pose pas problème. Et elle ne dit strictement rien des personnes dont l'invalidité a été reconnue après un examen médical. L'échantillon de 768 personnes n'est donc pas représentatif de la diversité des situations.
Les chiffres sont manipulés, c'est déplorable. Il faut arrêter de mentir pour satisfaire ses ambitions et nourrir son idéologie.
Par ailleurs, le contrôle de l'Inami a été effectué au premier semestre 2024, au moment de l'application d'une nouvelle législation sur le suivi des travailleurs malades et sur la limitation de l'invalidité dans le temps. Or, cette législation n'a été clarifiée qu'en juillet 2024. Le but du contrôle, qualifié d'" audit" par l'Inami, était "d'identifier des problèmes de gestion [et] des problèmes d'interprétation de la législation".
"Ce sont des contrôles visant à promouvoir l'amélioration continue. Ni la période de contrôle ni la sélection de l'échantillon ne permettent d'extrapoler les chiffres", réagit Xavier Brenez, directeur général des Mutualités libres (dont Partenamut). Qui contre-attaque : "Les chiffres sont manipulés, c'est déplorable. C'est un manque de professionnalisme de la part de certains responsables politiques, qui arrivent tout de suite à la conclusion qu'il faut retirer aux mutualités le contrôle de l'incapacité de travail. Je n'ai aucun souci à avoir le débat. Mais pas sur des faux arguments et des faux chiffres. Il faut arrêter de mentir pour satisfaire ses ambitions et nourrir son idéologie."
