Bart De Wever séduit dans les cénacles internationaux : "Il arrive à défendre la Belgique comme s'il l'aimait vraiment"
Le Premier ministre a fait une entrée remarquée dans les cercles diplomatiques. L'humour et l'esprit de l'ancien bourgmestre d'Anvers sont appréciés à l'international. Le style De Wever plaît également aux diplomates belges.

- Publié le 11-10-2025 à 19h59

Bart De Wever ne pouvait pas rater une si belle occasion de placer une expression latine. Fin septembre, avant son discours à l'assemblée générale des Nations Unies à New York, le Premier ministre avait eu une discrète attention envers Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu, en inscrivant cette formule dans le livre d'or de l'organisation : "Amicus certus in re incerta cemitur" ("C'est en période d'incertitude que l'on découvre qui sont ses véritables amis"). Une manière élégante de manifester le soutien de la Belgique au multilatéralisme, bousculé par le vent de l'histoire.
Jouant de sa culture classique et de son tact, le chef de la majorité Arizona se comporte à l'international comme en politique nationale. Il distille parallèles érudits et traits d'humour afin de faire passer ses messages, créer une bonne ambiance et obtenir des compromis. À peine installé au "16", le nationaliste flamand s'était fait remarquer dans la sphère diplomatique par son esprit sarcastique. À tel point qu'en mars, le média Politico l'avait désigné comme le dirigeant "le plus drôle de l'Union européenne".
Les diplomates l'apprécient
La façon dont le Premier ministre assume ses fonctions en politique étrangère est également saluée par les diplomates belges. "Bart De Wever s'est glissé dans son costume avec une facilité déconcertante pour un nationaliste, souligne un plénipotentiaire de haut rang. On est vraiment le pays du surréalisme. Il veut la destruction de la Belgique et, pourtant, il la représente mieux que beaucoup d'autres avant lui. Il arrive à défendre la Belgique comme s'il l'aimait vraiment. Et je pense qu'il l'aime vraiment, en réalité. En outre, il connaît le pays du nord au sud. Ce n'était pas le cas de tous les Premiers ministres avant lui… Certains semblaient débarquer d'une autre planète."
En quelques mois, Bart De Wever a pu affiner son réseau de relations. En particulier au niveau européen. Ses alliances avec d'autres dirigeants se sont nouées en fonction de la proximité géographique – il a notamment insisté sur la nécessaire union belge, hollandaise et luxembourgeoise au sein du Benelux – et pour des raisons idéologiques.
Le nationaliste flamand est, par exemple, proche des conservateurs britanniques. Il partage leurs racines intellectuelles plongeant dans l'œuvre du philosophe irlandais Edmund Burke (1729-1797), la référence historique du libéral-conservatisme anglo-saxon. Signe de son anglophilie, en forme de clin d'œil : comme au 10, Downing Street, il a introduit un chat au 16, rue de la Loi, en tant que locataire permanent.
Meloni et Frederiksen
Sur le plan du projet politique, l'ancien président de la N-VA est proche de Giorga Meloni, la Première ministre italienne de droite radicale. Autre dirigeante avec qui le Premier ministre belge a des affinités : la sociale-démocrate Mette Frederiksen, la cheffe du gouvernement danois. En mai, Bart De Wever s'était joint à l'initiative de Meloni et de Frederiksen, réclamant la réinterprétation de la Convention européenne des droits de l'homme afin de mieux contrôler l'immigration illégale.
"Bart De Wever a un avantage politique car la N-VA siège au parlement européen au sein du groupe des Conservateurs et des Réformistes (ECR), analyse un diplomate. Donc aux côtés du parti de Madame Meloni – Fratelli d'Italia – qui a le vent en poupe. En outre, comme la N-VA est beaucoup moins à droite que les autres formations de ce groupe parlementaire, elle fait le lien vers le PPE (le Parti populaire européen, d'obédience démocrate-chrétienne, NldR) dont elle est également proche. Cette dynamique place Bart De Wever dans un rôle de jeteur de ponts au sein de l'UE. L'Europe a besoin de cela."
À l'échelle de l'Union, son fond doctrinal cadre bien avec les grandes préoccupations du moment : durcissement de la politique migratoire, réarmement face à la menace russe, compétitivité des entreprises… Bart De Wever a fait irruption sur la scène européenne au bon moment, il épouse son époque.

Auguste plutôt que Metternich
Quel est son modèle diplomatique ? Ni Talleyrand, ni Metternich, ni Kissinger… C'est dans la Rome antique que Bart De Wever trouve de l'inspiration. Plus précisément, dans la politique de l'empereur Auguste (63 av. J.C. à 14 apr. J.C.), qui reste sa référence historique favorite. "Pour Bart, Auguste est un modèle de paix, de prospérité et de stabilité", confie l'un des proches du chef du gouvernement fédéral.
Le règne impérial d'Auguste a été marqué par la fin des déchirements internes de la société romaine et par la fin des menaces d'invasions. À partir de l'avènement de l'héritier de Jules César, démarrait une période de relative quiétude de près de deux siècles : la Pax Romana. Des caractéristiques communes entre Auguste et Bart De Wever ? La réflexion avant l'action, une profonde aversion pour la guerre civile et la volonté de garantir de solides frontières extérieures.
Anvers, une fenêtre sur le monde
Ce n'est pas la lecture de sommes sur l'Antiquité romaine qui a préparé Bart De Wever à son rôle international, mais plutôt ses mandats successifs au Schoon Verdiep, l'hôtel de Ville d'Anvers. "Anvers l'a ouvert sur le monde, juge un spécialiste de la politique étrangère. En tant une bourgmestre, il a reçu autant de présidents et de chefs d'État qu'un Premier ministre… Et puis, les bourgmestres des grandes villes portuaires se rendent visite, ils échangent et se racontent des choses essentielles, c'est-à-dire l'économie de leur pays… Ces bourgmestres acquièrent forcément une vision très large des relations internationales."
En devenant le chef de la majorité Arizona au fédéral, Bart De Wever n'avait pas imaginé que les relations diplomatiques l'accapareraient autant. Il veille cependant à ne pas les négliger en ces temps géopolitiquement troublés. "Il voyage, ce qui est important pour les relations extérieures, note une source proche des Affaires étrangères. Ce n'est toujours évident de se libérer quand on est Premier ministre. Pour les diplomates belges, il est fondamental d'être appuyé par des ministres qui s'impliquent. Cela fait toute la différence. Dans certaines réunions internationales, la présence du chef du gouvernement est d'ailleurs exigée."
Jouant avec le néerlandais, l'anglais, le français, l'allemand et un peu d'espagnol, Bart De Wever a fait une entrée remarquée dans la cour européenne ; et peut-être même mondiale. "Son discours aux Nations Unies était vraiment excellent. Il a montré qu'il avait une vision du monde", souligne un ministre fédéral.
Atlantiste par conviction – "Il veut voir au-delà de l'administration Trump" – et pro-européen par réalisme, il semble être apprécié pour son style que plusieurs sources qualifient de "rafraîchissant". "Il dit les choses telles qu'elles sont, formule ses idées très clairement et veille à proposer aussi des solutions", approuve l'un de ses collaborateurs.
"L'homme à suivre"
Mercredi, le prestigieux hebdomadaire britannique The Spectator a publié un article élogieux au sujet du Premier ministre belge. "Il ne s'agit pas d'un leader européen comme les autres. Intellectuel conservateur à la langue bien pendue et friand d'analogies historiques, il est sans doute le seul homme d'État européen à citer plus volontiers Edmund Burke (dans ses discours) que les règlements de l'Union. […] Il est, en résumé, l'homme à suivre – en Flandre, en Belgique et peut-être aussi en Europe."

