Humour "british", cordialité, discrétion…. Comment Bart De Wever accomplit sa mission royale afin de constituer une coalition "Arizona"
Nommé formateur du prochain gouvernement, le président de la N-VA veille à prendre de la hauteur, notent plusieurs sources "arizoniennes". Bart De Wever entre petit à petit dans son costume de futur Premier ministre.

- Publié le 11-07-2024 à 06h35
Ce mercredi, comme pressenti, le Roi a chargé Bart De Wever d'une mission de formation. Le président de la N-VA peut désormais lancer des négociations étroites, déclinées en plusieurs groupes de travail entre techniciens. Il présentera son prochain rapport le 24 juillet, a précisé le Palais dans un communiqué. L'agenda des négociations a déjà été fourni aux partenaires de la future coalition "Arizona" (N-VA, MR, Engagés, Vooruit, CD&V).
En coulisses, les acteurs de cette pièce en sont pour la plupart convaincus : la formation du prochain gouvernement pourrait aboutir rapidement, dans les prochaines semaines. "De toute façon, il faudra une nouvelle équipe afin de répondre aux remarques de la Commission européenne à l'égard du déficit excessif de la Belgique", note une source "arizonienne". Bart De Wever lui-même a fixé l'objectif : pour la fin septembre, avant les élections locales.
"Agréable et sympathique"
Bart De Wever est-il pour autant l'homme de la situation ? Un nationaliste flamand peut-il devenir un bon Premier ministre soucieux de l'intérêt général ? Dans le secret des rencontres organisées par celui qui a été successivement informateur, préformateur puis formateur, une ambiance constructive s'est rapidement mise en place.
L'image d'un Bart De Wever grognon et misanthrope, replié dans son antre de l'hôtel de Ville anversois, n'est pas conforme à la réalité. "Ce qui m'a marqué, c'est qu'il est pleinement investi par son rôle, note un informateur au cœur des discussions fédérales. Je l'ai trouvé assez agréable et sympathique. Il a vraiment un humour british, tout en finesse." Une autre source a le même regard : "Très cordial et convivial. Jamais dénué d'humour. Intelligent et subtil."
Pas de bisous
Un exemple de cette cordialité que le nationaliste flamand veille à installer : lors d'une réunion, voyant que Georges-Louis Bouchez, le président du MR, et Maxime Prévot, le président des Engagés, se font la bise pour se saluer, il plaisante en insistant sur les différences nord-sud dans les usages : "Ah, c'est bien les francophones… Vous vous faites la bise. Mais, moi, je refuse." Et il tend alors la main à ses interlocuteurs en affichant un petit sourire.
Président de la N-VA, il a su mettre ce mandat de côté. En tout cas symboliquement. Le point de vue de son parti est représenté par Jan Jambon, chef de la délégation N-VA, accompagné selon les dossiers par les députés Sander Loones, Theo Francken ou Bert Wollants. Bart De Wever, dans ses missions royales, a pris une certaine hauteur, examinant les discussions avec plus de neutralité. Accordant de l'attention au point de vue de chacun, il s'exprime tantôt en français, tantôt en néerlandais. Il ne pourrait en être autrement, cela dit, s'il compte obtenir l'indispensable confiance de ses futurs alliés et, à terme, devenir le prochain Premier ministre.
Une relation respectueuse avec le Roi
Dans ses rapports avec le Roi, Bart De Wever veille également à se montrer légaliste et respectueux des institutions. Même si la N-VA rêve encore d'une république indépendante flamande, son président s'adresse au chef de l'État avec le respect qu'il sied de lui montrer.
Depuis qu'il est monté sur le trône, le 21 juillet 2013, le roi Philippe a rencontré Bart De Wever à de nombreuses reprises. Ce dernier a d'ailleurs été la première personnalité politique à qui le roi Philippe a confié une mission. C'était juste après les élections de 2014, qui déboucheront sur la majorité "suédoise". Bart De Wever avait alors été désigné comme informateur. Au total, le chef des nationalistes flamands a, à ce jour, été chargé à cinq reprises d'une mission par le Palais.
Républicain, mais…
Par ailleurs, le discours de Bart De Wever a été fortement lissé à l'égard du chef de l'État. Bien que "républicain par principe", le président nationaliste n'a, par exemple, jamais trahi le principe du "colloque singulier", cette discrétion qui entoure les audiences accordées par le Roi aux responsables politiques.
Pour les 10 ans du règne de Philippe, la VRT avait interrogé les présidents de parti, les invitant à donner leur opinion sur la manière dont le Roi accomplissait sa tâche. Bart De Wever s'était montré positif : "Notre roi essaie toujours d'aborder (les relations avec le monde politique, NdlR) de manière très professionnelle et cela le motive vraiment. Vous voyez sa motivation de ne pas commettre d'erreurs, de ne pas prendre parti, de ne pas entrer dans des eaux difficiles, de faire des choix qui peuvent être logiquement justifiés et perçus comme tels par la population et l'opinion publique."
Le Premier ministre de tous les Belges ?
Petit à petit, le bourgmestre d'Anvers enfile son costume d'homme d'État. Il l'a dit à plusieurs reprises : il souhaite devenir Premier ministre. À ce stade, aucun de ses partenaires putatifs au fédéral n'a émis de veto à son encontre. Mercredi, Maxime Prévot, qui précédemment avait émis quelques réserves, a reconnu sur La Première que Bart De Wever avait adapté son style politique dans le bon sens : "Il est en phase d'écoute totale et de respect", a commenté le chef des Engagés. Ce dernier lance tout de même un avertissement : "Si Bart De Wever aspire à être Premier ministre, il devra être celui de tous les Belges."
