Pour Martin Casier (PS), le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles "déclare la guerre aux enseignants"
Le chef de groupe à la Fédération ironise sur ce gouvernement "sans capacité fiscale" qui a réussi à créer "quatre taxes directes".

- Publié le 12-10-2025 à 18h32
- Mis à jour le 12-10-2025 à 18h40

Le budget présenté vendredi midi par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR-Les Engagés) pour 2026 est très critiqué par le PS, plus grand parti de l'opposition. Le chef de groupe Martin Casier y voit de très nombreux problèmes et accuse le gouvernement de dissimuler certains coûts.
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a présenté vendredi un budget qui taille dans toutes les dépenses, comme c'était annoncé. Vous réagissez comment ?
La première réaction, c'est que ce gouvernement qui ne dispose a priori pas de la capacité fiscale instaure des taxes. Il va faire contribuer les familles de manière importante, et ce, à quatre niveaux.
Lesquels ?
Il y a d'abord une augmentation du minerval de 43 % pour les étudiants du supérieur…
C'est surtout le rattrapage d'une indexation qui n'avait plus été faite depuis 2011…
Oui, mais dans le portefeuille des ménages et dans leur pouvoir d'achat, cela va peser. J'ajoute à cela que les ménages devront aussi payer les fournitures scolaires et la cantine…
À part dans certains cas, non ?
Oui, mais ils vont donner 25 millions aux écoles pour assurer la gratuité jusqu'en sixième primaire, c'est-à-dire la moitié du montant d'avant. Et cette gratuité va s'opérer sans plus aucun critère. Ce sont les directions qui vont devoir définir qui a droit à cette gratuité. En plus de cela, le gouvernement va retirer des moyens dans les budgets de fonctionnement des écoles puisqu'ils n'indexent pas ceux-ci. Autant dire que la gratuité scolaire, ce ne sera pas la priorité des écoles qui vont connaître une baisse de leurs revenus.
Quels sont les autres niveaux de "taxation" ?
L'augmentation du prix des stages Adeps et le prix en crèche. Le gouvernement va limiter le nombre de places en crèche avec la diminution des subventions. Voilà donc bien quatre nouvelles contributions des familles au budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour nous, cela s'apparente à quatre taxes directes.
Vous êtes d'accord qu'il y a un problème budgétaire et qu'il fallait agir ?
Bien sûr. Mais nous avions dit dès le départ que dans le rapport des experts (mandatés par le gouvernement pour trouver des pistes d'économies, NdlR), il y avait des idées pertinentes à travailler. Notamment, en travaillant sur les recettes. Les experts disaient par exemple que l'attractivité des écoles à Bruxelles pouvait être améliorée, ce qui permettait d'augmenter la clé élève et donc les revenus de la Fédération. Le gouvernement a-t-il parlé de ça ? Non, c'est tout l'inverse, puisqu'en baissant les moyens de fonctionnement des écoles, leur attractivité risque au contraire de diminuer. De plus, si on finance des économies d'énergie dans les écoles, une partie de la subvention sera perdue puisque la moitié des économies repartiront vers la Fédération. Il y a des écoles qui ne feront pas les travaux. Ce qui réduira encore un peu plus leur attractivité.
Le rapport des experts contenait-il d'autres mesures qui vous convenaient ?
Il y avait la question des DPPR (retraites anticipées des enseignants, NdlR). C'est vrai que ça coûtait beaucoup d'argent. Mais une des manières de s'y attaquer était d'améliorer les conditions de travail des enseignants en fin de carrière. Ici, ils déclarent la guerre aux enseignants. La ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny dit qu'ils vont augmenter la charge horaire de deux heures pour tout le monde dans le secondaire supérieur. Mais les plus de 60 ans auront deux heures de charge en moins. Ça veut dire qu'ils vont continuer à travailler autant qu'aujourd'hui. Plus deux, moins deux, ça ne change rien.
Dire que le gouvernement déclare la guerre aux enseignants, c'est fort, non ?
Non. Je pointerai aussi la bombe qui consiste à baisser le taux du salaire horaire des profs. Valérie Glatigny dit qu'elle veut généraliser le barème 401 pour tous les enseignants, elle évoque une hausse de salaire de 5 %. Mais elle ajoute deux heures de prestation ce qui représente 10 % du temps de travail. On ajoute 10 % de prestation mais seulement 5 % de salaire en plus. Et ce qui est encore plus du foutage de gueule, j'assume l'expression, c'est qu'elle dit vouloir retirer deux heures en classe aux jeunes profs mais comme elle va aussi leur appliquer le barème 401, barème qui prévoit deux heures de prestation en plus, elle ne retire rien dans la réalité.
La ministre Glatigny va supprimer aussi la possibilité de passer au barème 501 en se formant à la pédagogie…
Comme aucun enseignant ne voudra se former à la pédagogie, ça va provoquer une baisse de la qualité de l'enseignement à terme. Les élèves seront aussi touchés par la non-indexation annoncée du fonds des bâtiments scolaires. Ils vont continuer à utiliser des toilettes dans un état inacceptable. J'ai aussi envie de demander au gouvernement, après la présentation de ce budget : où sont les chiffres ? Parce que les ministres de la Fédération Wallonie-Bruxelles livrent quelques grosses masses, mais ils ne donnent aucune ventilation.
On nous disait au revoir les poètes et bonjour les ingénieurs... C'est plutôt bonjour les amateurs.
Dans certains secteurs, ils en ont donné,…
Si on additionne, vous verrez que nous sommes très loin du montant d'économie (255 millions) avancé. C'est problématique, on nous disait : "Au revoir les poètes, bonjour les ingénieurs"… C'est plutôt "Bonjour les amateurs". Et nous n'avons pas encore parlé des destructions d'emplois…
Des destructions d'emplois ?
Les non-indexations des subventions dans la Culture, dans l'Enfance, dans l'Aide à la jeunesse, cela représente 400 emplois détruits. Il y a 270 détachés pédagogiques qui étaient remplacés dans l'enseignement. En les ramenant, on fait perdre leur emploi à 270 personnes.
La fin des détachements pédagogiques va-t-elle mettre à mal les organismes dans lesquels ces personnes sont actives ?
Ça va toucher notamment les organisations de jeunesse qui y ont recours. C'est une manière de diminuer les moyens aux organisations de jeunesse sans le dire clairement.
Le gouvernement préserve quand même des moyens pour des politiques nouvelles, c'est positif ?
Il y a quelque chose qu'ils n'ont pas dit, c'est qu'ils se sont engagés dans des dépenses supplémentaires purement idéologiques. Le pacte d'excellence prévoyait que la fin des options en troisième secondaire allait faire économiser 62 millions d'euros. Ici, il n'y aura pas cette économie. C'est une dépense supplémentaire. Il y a aussi l'augmentation du seuil de réussite au CEB. L'administration chiffre le coût à une centaine de millions d'euros par an. Ils n'en parlent pas.
