L'ouverture d'Ecolo pour une participation au pouvoir à Bruxelles réveille la piste d'un gouvernement sans le MR
Le co-président d'Ecolo a ouvert grand la porte à une participation au gouvernement bruxellois.

- Publié le 17-11-2025 à 06h33
- Mis à jour le 17-11-2025 à 08h53

Les négociations à six partis pour la confection d'un budget bruxellois rappellent les membres du Politburo, réunis autour du cadavre de Joseph Staline.
Les cadres du parti communiste, constatant le décès du "petit père des peuples" et hésitant sur la marche à suivre, avaient attendu plusieurs jours avant d'annoncer la nouvelle à la population.
De leur côté, les négociateurs du PS, des Engagés, de Groen ou de Vooruit se trouvent face à une négociation bruxelloise proche de l'état de mort clinique. Mais personne n'ose le dire clairement alors que, près de trois semaines après la démission de David Leisterh (MR) comme formateur, et la reprise du flambeau par Georges-Louis Bouchez, président du MR, la situation n'a pas évolué d'un poil. Le Montois, sur base de la victoire électorale de son parti, tente de mettre la barre à droite. Il doit toutefois composer avec groupe de partis qui penche globalement au centre gauche.
Dans ce contexte, la sortie du co-président d'Ecolo, Samuel Cogolati ne passe pas inaperçue. "Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités. J'ouvre la porte à une participation d'Écolo, en formant un axe avec Groen", a assuré le Hutois dans La Libre, samedi.
Certes, des ouvertures ont été réalisées, en avril déjà, par l'Ecolo Marie Lecocq. Mais elles avaient été prononcées du bout des lèvres, sous pression d'une frange participationniste interne, et elles n'avaient pas l'aplomb de celle de son collègue. La revendication d'un axe avec Groen constitue également une nouveauté, qui n'aura pas échappé à Elke Van den Brandt (Groen).
"Les écolos bruxellois, c'est le PS en pire…"
Du côté du MR, on tempère déjà les ardeurs. "Les écolos bruxellois, c'est le PS en pire…", glisse un ténor du MR. "Ils ont les mêmes positions socio-économiques que les socialistes et sont extrêmes sur la mobilité. Et en plus, cela impliquerait de rediscuter avec Défi (NdlR : nécessaire à une coalition sans le PS). On l'a déjà tenté et cela n'a pas fonctionné. Il ne faut plus modifier la composition de la table de négociations."
On imagine mal, en effet, les écologistes remplacer le PS dans des négociations avec le MR, pour ensuite accepter les coupes budgétaires refusées par les socialistes…
L'opposition n'est pas un tabou pour le MR
"Au MR, les choses sont claires. Nous négocions à 6 (MR, PS, Les Engagés, Groen, Open VLD, Vooruit). Nous réussirons à 6. Ou nous ne réussirons pas", ajoute Yassine Rafik, ancien porte-parole de David Leisterh, et proche du président du MR.
Comprenez : pour le MR, ce sera avec le PS ou dans l'opposition. Chez les libéraux, si réussir à former un gouvernement bruxellois reste le plan A, aller dans l'opposition à Bruxelles n'est pas un tabou.
Ecolo n'est pas "Bouchez compatible"
Dans les autres partis, l'analyse est radicalement différente. Car avec ses déclarations sur les négociations bruxelloises, Samuel Cogolati entrouvre surtout la porte à un gouvernement bruxellois sans… le MR.
La piste d'un gouvernement bruxellois sans le PS, testée en secret en septembre par Yvan Verougstraete, président des Engagés, a déjà été recalée par Ecolo. Et, en juin, Écolo a refusé l'invitation du MR à discuter.
Les verts ne le disent jamais frontalement. Mais s'il n'y a pas de veto d'Ecolo à l'encontre du MR, la simple idée de négocier avec le MR de Georges-Louis Bouchez donne des boutons aux militants écologistes…
Il ne subsiste donc pas 36 possibilités, dans la perspective d'un gouvernement sans le MR. Puisque la piste d'un front de gauche avec le PTB a échoué, il reste la possibilité d'un gouvernement avec le PS, Les Engagés, Ecolo, et Défi (qui se dit disponible, sous condition, à négocier).
Certes, un siège manquerait à un tel attelage pour constituer une majorité côté francophone. Le cas échéant, le soutien des députés indépendants Fabian Maingain (ex-Défi) et/ou Soulaimane El Mokadem (ex-PTB) pourrait faire pencher la balance.
À moins que l'idée d'un gouvernement d'union bruxelloise, regroupant presque tous les partis dont le MR, soit remise au goût du jour. Elle ne serait imaginable que si Georges-Louis Bouchez renonce à faire office de formateur bruxellois…
L'exaspération des Engagés
Il est certain qu'après plus de 500 jours de blocage, les Engagés ont dépassé le stade de l'exaspération vis-à-vis de la gestion des négociations bruxelloises par le MR.
Il ne serait pas surprenant de voir les centristes remettre en cause l'axe bruxellois qu'ils forment avec le MR. Le contexte, pour ce faire, devra être plus favorable qu'actuellement…
Car à ce stade, il semble impossible pour Yvan Verougstraete de lâcher le MR à Bruxelles. Une telle décision mettrait en effet le feu au gouvernement fédéral, qui traverse déjà une grave crise.
Pour que Les Engagés osent tester une autre piste de coalition bruxelloise, il faudra donc que le MR lâche le témoin de formateur de lui-même.
Or, depuis 18 mois, en dehors de quelques interludes durant lesquels il a été toujours été entendu que le poste de ministre-Président lui était réservé, le MR n'a jamais vraiment lâché la main.
"Que se passera-t-il si dans 6 mois, la Région se trouve en défaut de paiement, comme le président certains, et que le MR a encore la main ? Le risque est que les gens retiennent que le MR a gagné les élections, mais qu'il a été complice de sa mise en faillite."
"Que se passera-t-il si, dans 6 mois, la Région se trouve en défaut de paiement alors que le MR a encore la main sur la formation du gouvernement ?", se demande une source politique bruxelloise. "Il y a un risque que les gens retiennent que le MR a gagné les élections, mais qu'il a été complice de sa mise en faillite. Dans un tel contexte, plus le blocage persiste, moins le MR pourrait avoir intérêt à s'accrocher au rôle de formateur."
