Samuel Cogolati (Ecolo) : "La Belgique reste un paradis fiscal pour les milliardaires et les multimillionnaires français"
Le coprésident des verts francophones s'inquiète du détricotage du Greendeal européen et de l'absence de réel projet environnemental du gouvernement De Wever. Il plaide aussi pour une baisse très importante de la fiscalité sur le travail, et vise le "grand capital".

- Publié le 15-11-2025 à 07h07
- Mis à jour le 15-11-2025 à 07h27

Jeudi, au parlement européen, le PPE (Parti populaire européen) et l'extrême droite ont voté un paquet législatif permettant la suppression de certaines contraintes administratives du Greendeal pour les entreprises. Pour Ecolo, formation de gauche et environnementaliste, cela doit être cauchemardesque…
C'est surtout cauchemardesque pour le climat, pour la lutte contre le travail des enfants, pour les droits humains… C'est la première fois dans l'histoire du parlement européen que l'on assiste à une telle poignée de main entre le PPE d'Ursula von der Leyen et l'extrême droite d'Orban et de Bardella. Cette alliance absolument dingue met un coup d'arrêt brutal au cœur du Greendeal et donc à la verdurisation de notre industrie. J'ai très peur. Le populisme ne pourrait faire qu'une bouchée du Greendeal, et plus généralement du projet européen.
Les partis verts, dont Ecolo, pourraient retrouver un rôle dans une actualité qui, ces dernières années, les a fait passer au second plan. De quoi amorcer la remontada de votre parti ?
Restons sur le projet européen. À l'inverse de pays comme la Russie ou les États-Unis, notre continent n'a pas de réserves substantielles de gaz et de pétrole. Nous n'avons donc aucun intérêt à poursuivre notre dépendance toxique aux énergies fossiles et aux importations de Poutine et des pétromonarchies du Golfe. Chaque euro dépensé alimente nos ennemis géostratégiques. Il est grand temps de sauver notre économie et de prendre un tournant "vert". Les entreprises belges sont particulièrement demandeuses de cette vision pour la transition climatique et le maintien d'un cap. C'est tout l'enjeu de la Cop30 qui se déroule au Brésil : on va devoir décider de quel côté on se situe. Du côté de Trump et de ceux qui se mettent la tête dans le sable face aux enjeux climatiques ?
Jean-Luc Crucke (Les Engagés), ministre fédéral du Climat, participe à la Cop. De quel côté se situe-t-il, selon vous ?
L'Arizona a clairement choisi de se mettre du côté des abonnés absents. Depuis 2018, c'est la première fois qu'un Premier ministre belge se défile et ne va pas à la Cop. Le président Macron y va, Bart De Wever aurait pu faire un effort et s'afficher auprès de nos partenaires démocrates… Mais il ne l'a pas fait. C'est une honte. C'est une gêne nationale. Sur le fond, l'Arizona est rétrograde, elle recule sur le climat en réalisant des économies énormes sur la SNCB, en reportant les projets éoliens offshore.
Le gouvernement fédéral doit surtout réaliser un effort budgétaire historique. Il est contraint d'économiser.
Justement. Si on a envie de créer de l'activité économique et de combattre le dérèglement climatique, il n'y a pas mille solutions : il faut investir à la fois dans l'efficacité énergétique et dans la transition vers les énergies renouvelables. Pour la Belgique, la mer du Nord peut représenter, demain, la première centrale électrique "verte" d'Europe du Nord via l'éolien offshore. Mais le ministre fédéral de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), a décidé de décaler ce projet d'un an.
La majorité Arizona se déchire sur le budget… Une aubaine pour l'opposition ?
Le gouvernement fédéral est dans le coma. Rien n'en sort… La note de politique générale du Premier ministre aurait dû être rendue il y a plusieurs semaines. Pendant ce temps, le prix des médicaments et des soins de santé augmentent. Cela coûte cher à la classe moyenne. Et les solutions actuellement sur la table n'en sont pas… Augmenter la TVA ? Faire baisser les pensions ? À nouveau, ils vont prendre dans les proches de la classe moyenne.
Mais que ferait Ecolo à la place de la coalition fédérale ?
Je ne ferais pas dépenses folles. Je pense à l'exemption de cotisations sociales (payées par les employeurs, NldR) pour les salaires de plus de 28 000 euros par mois. Qui, parmi les lecteurs de La Libre, gagne plus de 28 000 euros ? Cette exemption est une hérésie budgétaire. L'économiste Paul De Grauwe – un ancien sénateur de l'Open VLD – a expliqué que le Belge moyen cède 43 % de ses revenus à l'État. Le pourcent des Belges les plus nantis, seulement 23 %… Il faut donc une vraie réforme fiscale. Les "épaules les plus larges" doivent contribuer le plus. Enfin, il faut appliquer le principe du "pollueur-payeur". Il y a une opportunité historique au niveau européen d'aller chercher de l'argent dans le kérosène de l'aviation et le fuel lourd du transport maritime. La Belgique est le second pays européen, juste après les Pays-Bas, à accuser le plus lourd manque à gagner sur ce plan par l'absence de taxation : 4 milliards d'euros…
Des lignes bougent sur le plan fiscal. Le gouvernement De Wever, dont fait partie le MR, a introduit une taxation des plus-values. Et une augmentation de la taxe sur les comptes-titres est sur la table.
Si le MR était vraiment le parti du travail, il réduirait de manière massive les impôts sur les travailleurs, sur les Belges qui se lèvent tôt, et irait le chercher dans le grand capital. La Belgique est un enfer fiscal pour l'immense majorité des travailleurs, c'est vrai. Mais la Belgique reste aussi un paradis fiscal pour les milliardaires et les multimillionnaires français qui s'installent à Ixelles ou à Lasne. Voilà la vérité.
La suite de l'interview à découvrir ici.
