Avoirs russes : Bart De Wever a gagné ses galons d'homme d'État
Le nationaliste flamand s'impose aujourd'hui comme un Premier ministre à la stature européenne. En tenant la ligne belge sur les avoirs russes "gelés", il a su concilier prudence juridique et solidarité avec l'Ukraine, tout en renforçant son autorité sur la scène politique belge.

- Publié le 20-12-2025 à 06h57
- Mis à jour le 20-12-2025 à 13h53

De mémoire de diplomate, se souvient-on d'un tel succès pour la Belgique ? En maintenant avec constance son cap dans le très sensible dossier des avoirs russes "gelés", Bart De Wever a fait prévaloir les intérêts de notre royaume tout en permettant le financement de l'Ukraine pour les deux prochaines années.
Le Premier ministre belge, déjà remarqué sur la scène européenne pour son humour caustique, a désormais acquis une stature internationale. La contradiction n'est qu'apparente mais elle n'a pas fini d'étonner : un nationaliste flamand, à l'ADN séparatiste et républicain, donne du lustre à la fonction de chef du gouvernement fédéral.
L'opinion publique semble, elle aussi, saluer cette approche du pouvoir. En Flandre, selon un récent sondage, la N-VA a repris la tête dans les intentions de vote. Et Bart De Wever a été classé, loin devant, comme le mandataire préféré au nord du pays, tandis qu'il a réalisé un "score" honorable en Wallonie et à Bruxelles. Réussira-t-il à vaincre la malédiction de la politique belge qui veut que le locataire du "16" et son parti finissent usés par les compromis incessants qu'imposent ces hautes responsabilités ?
L'Arizona marque l'histoire
En dix mois d'existence, que l'on juge positivement ou non les décisions prises, l'Arizona a déjà imprimé sa marque sur la gestion de l'État : fin du chômage à vie, abrogation légale de la sortie du nucléaire, introduction d'une taxe sur les plus-values, hausse sans précédent des dépenses militaires… La maîtrise budgétaire demeure toutefois le principal défi pour le Premier ministre qui revendique une orthodoxie rigoureuse en la matière.
Le succès européen de Bart De Wever vient opportunément adoucir une séquence politique plus heurtée. Au sein de la majorité, le partenaire MR a provoqué le report de l'adoption du budget 2026 afin d'éviter la hausse générale de la TVA et les sauts d'index sur les salaires qui figuraient sur la table. Le Premier ministre se laisserait-il déstabiliser par Georges-Louis Bouchez ? Le président des libéraux francophones, par sa "particip-opposition", avait empoisonné la vie du chef de la Vivaldi, Alexander De Croo, perçu comme trop faible vis-à-vis des gauches socialiste et écologiste. Il l'avait payé cher dans les urnes et avait emporté sa formation – l'Open VLD - dans sa chute. Bart De Wever semble, pour l'heure, immunisé par contre cette "decroo-isation".
En s'imposant aux membres de l'Union européenne encore réticents, Bart De Wever a simultanément renforcé son autorité sur la scène nationale. Sans devoir élever la voix, il s'est imposé comme le vrai leader de la majorité. Toutes les formations de la coalition gouvernementale, ainsi qu'une part significative de l'opposition, l'ont rejoint dans son approche mesurée de la question des avoirs russes détenus par la société belge Euroclear.
Le réalisme conservateur
Bart De Wever a agi dans la plus pure tradition du réalisme conservateur. Lui qui cite volontiers le philosophe irlandais Edmund Burke, se méfie des emballements rhétoriques et des idées radicales. Exiger la saisie des avoirs du Kremlin avait un indéniable panache, mais n'existait-il pas une solution plus efficace et moins périlleuse ?
Lors de sa venue aux Grandes conférences catholiques, le 1er décembre, le chef de l'Arizona avait fixé une ligne claire : "Voler des avoirs immobilisés d'un autre pays, ses fonds souverains, cela n'a jamais été fait […] Même durant la Seconde Guerre mondiale, on n'a pas confisqué l'argent de l'Allemagne." Pris pour cible par des commentateurs l'accusant, avec une certaine légèreté, de complaisance pro-russe, Bart De Wever a tenu sa position et fini par obtenir gain de cause.
Vers une réconciliation ?
Sur le plan intérieur, le Premier ministre s'impose de plus en plus nettement comme un homme d'État, soucieux à la fois de la solidité des institutions et de l'intérêt général. Il a réussi à faire oublier les moments plus polémiques de sa carrière, lorsqu'il présentait les francophones comme des "junkies" dépendant des allocations sociales payées par une Flandre prospère.
Le voici désormais salué par des éditorialistes qui, au sud du pays, le fustigeaient il y a peu. De flamingant à gestionnaire responsable, Bart De Wever incarnerait-il les prémisses d'une réconciliation nationale belge ? Le paradoxe serait, à coup sûr, remarquable…
