Des relents communautaires dans les réformes de l'Arizona ? "Toute mesure fédérale a des répercussions différentes"
Si certains voient dans la réforme du chômage une manœuvre flamingante ciblant la Wallonie et Bruxelles, le constitutionnaliste Christian Behrendt démonte cette lecture en citant de nombreuses mesures décidées par le gouvernement De Wever touchant davantage les citoyens flamands.

- Publié le 31-01-2026 à 16h20

L'Arizona est une coalition de réformes. En matière socio-économique, la fin des allocations de chômage à vie constitue l'un de ses principaux accomplissements. Mais cette volonté de réformer le marché du travail n'aurait-elle pas des relents communautaires ? Certains y voient même une réforme de l'État déguisée. La Flandre, frôlant le plein-emploi, n'est pas autant affectée que la Wallonie et Bruxelles par la limitation dans le temps du chômage.
Pour Christian Behrendt, constitutionnaliste à l'Université de Liège, cette lecture est erronée. "Qu'est-ce qu'une réforme de l'État ? D'un point de vue académique, c'est la modification au sein d'un État soit des structures institutionnelles, soit des prérogatives des entités constitutives. Si l'on se base sur cette définition, il est manifeste qu'on n'y est pas… Il est vrai, toutefois, que la réforme du régime d'assurance-chômage provoque proportionnellement davantage d'exclusions en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre, c'est un fait. Cela résulte de données objectives : selon Statbel, au 3e trimestre 2025, le taux de chômage en Flandre était de 4,5 % ; de 7,9 % en Wallonie ; et de 13,1 % à Bruxelles."
La Flandre est touchée elle aussi
L'universitaire liégeois élargit son analyse. Si, isolément, la limitation dans le temps des allocations de chômage frappe plus durement les francophones, plusieurs autres décisions "arizoniennes" affecteront davantage les Flamands. "Prenons un exemple dont, au sud du pays, personne ne parle : le relèvement récent des taux de TVA. Dès lors que la Flandre a un PIB beaucoup plus important, ces décisions généreront beaucoup plus de charges fiscales au nord qu'au sud du pays."
"De même, le patrimoine moyen en Flandre étant beaucoup plus important, il y a lieu de penser que la taxe sur les plus-values touchera davantage les citoyens domiciliés en Région flamande que ceux domiciliés en Région de Bruxelles-Capitale et en Région wallonne. Dernier exemple : le lissage de l'indexation au-dessus de 4 000 euros brut par mois. Puisque le revenu moyen est supérieur en Flandre, cette limitation va toucher proportionnellement davantage les Flamands."
"J'ai la nationalité belge et la nationalité allemande et je peux vous dire que la loi fédérale allemande a, elle aussi, un impact différent en Bavière et dans les Lander de l'ex-Allemagne de l'Est."
Une vieille victoire d'Onkelinx…
Christian Behrendt remonte dans le temps afin d'appuyer ses propos. "Par le passé, une mesure fédérale était ouvertement favorable aux francophones et personne, à l'époque, n'a parlé d'une réforme de l'État déguisée pour autant : c'était la norme de croissance fixée à 4,5 % des dépenses en soins de santé obtenue par Laurette Onkelinx dans le gouvernement Verhofstadt. C'était son grand fait d'armes politique ! Cette décision était objectivement plus favorable au sud du pays car la nature des dépenses en soins de santé y est plus à charge de l'Inami qu'en Flandre."
Enfin, le professeur de droit souligne la nature des lois fédérales : elles ont une portée uniforme sur le plan formel mais des incidences différentes selon les entités fédérées. "Dès lors que les profils socio-économiques des trois Régions ne sont pas les mêmes, toute mesure fédérale a des répercussions différentes. Parfois, c'est léger et personne n'en parle. J'ai la nationalité belge et la nationalité allemande et je peux vous dire que la loi fédérale allemande a, elle aussi, un impact différent en Bavière et dans les Lander de l'ex-Allemagne de l'Est."
