Voici le plan de Georges-Louis Bouchez pour créer une grande fédération francophone : "La Belgique à quatre Régions, c'est complètement ridicule"
Le président du MR pense que la Région wallonne et la Région bruxelloise doivent mener ensemble l'essentiel de leurs politiques. Dans cet entretien, il précise sa pensée.

- Publié le 30-06-2026 à 06h33

Région wallonne, Région de Bruxelles-Capitale, Fédération Wallonie-Bruxelles…. La dispersion des institutions dont dépendent les Belges francophones ne plaît pas à Georges-Louis Bouchez. Dans sa réflexion sur la rationalisation institutionnelle, le président du MR a lancé un appel il y a quelques jours : il voudrait que la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale agissent de concert dans la plupart de leurs compétences. Une super-fédération francophone en résulterait.
Concrètement, comment cet amateur d'idées disruptives s'y prendrait-il ? Que faire par exemple des néerlandophones de Bruxelles ? Réformer les structures institutionnelles n'est jamais chose aisée en Belgique…
Vos propos s'inspirent de la ligne développée par Jean Gol dans les années 80. Mais l'ancien président du PRL (l'ancêtre du MR) et ancien vice-Premier ministre souhaitait également l'émergence d'une "nation francophone". Allez-vous aussi loin ?
Le contexte était différent. Utiliser cette expression aujourd'hui laisserait penser que je relance la guerre communautaire alors que je mise tout sur la Belgique et sur l'Europe. Je dis simplement qu'au sein de la Belgique, il vaut mieux s'organiser selon une logique francophone plutôt que de segmenter Bruxelles et la Wallonie comme on l'a fait. Un individu se définit par sa langue et sa culture essentiellement, plus que par un territoire au sens strict. On doit mettre tout ce qu'on peut en commun entre la Wallonie et Bruxelles. Pour les Wallons, Bruxelles est une marque d'attractivité à l'international et Bruxelles trouve en Wallonie de la main-d'œuvre, beaucoup de terrains, l'accès à l'eau, des voies de communication importantes… L'intérêt est réciproque et doit apparaître dans les politiques menées. J'applique d'ailleurs cette logique au sein du MR. Contrairement au PS, je n'accepte pas que l'on ait une fédération bruxelloise du parti qui serait autonome.
Au MR, certaines voix s'étaient exprimées en faveur du régionalisme : Jean-Luc Crucke et Pierre-Yves Jeholet. Depuis lors, le premier a quitté le MR pour Les Engagés et le second a été ministre-Président de la Communauté française.
Ce qui est drôle, c'est que Jean-Luc Crucke est désormais dans un parti qui est également plutôt en faveur de la Communauté française (la Fédération Wallonie-Bruxelles). Mais bon, Crucke a mangé son chapeau tellement souvent…
Vous rêvez d'une fédération francophone et vous vous dites unitariste et "belgicain". Cherchez l'erreur…
Mon modèle idéal, c'est un seul gouvernement, avec un Premier ministre élu au suffrage universel. Je gérerais la Belgique comme cela. Mais je dois accepter la réalité : l'existence des Régions, des entités fédérées… Dans cette réalité, mettons le plus de choses en commun entre Bruxelles et la Wallonie : toutes les compétences internationales, toutes les compétences transversales comme le personnel, l'informatique, la gestion opérationnelle. Et que les dossiers stratégiques soient gérés conjointement : le RER, les routes, les investissements économiques, la politique d'activation de l'emploi, le développement industriel… Seules certaines compétences précises en matière d'aménagement du territoire et d'urbanisme resteraient uniquement wallonnes ou bruxelloises. Et encore…
Quelle serait la place des néerlandophones de Bruxelles dans ce schéma institutionnel ?
Il y a deux manières d'aboutir à la fédération francophone. La première : on fait simplement évoluer la pratique. Les francophones du gouvernement bruxellois seraient alors invités au gouvernement wallon. La stratégie serait fixée ensemble. Ensuite, une discussion aurait lieu avec les Flamands (de Bruxelles), rien ne l'interdit. La seconde : un rapprochement formel. On pourrait organiser des réunions conjointes des gouvernements. On conserve les entités actuelles (Régions wallonne et bruxelloise et Fédération Wallonie-Bruxelles) mais elles signent un accord de coopération dans le cadre d'une fédération francophone. Avec un accord de coopération, pas besoin d'un vote au parlement aux deux tiers des voix (un "verrou" constitutionnel nécessaire aux réformes de l'État, NldR).
Il y a aura des résistances du côté néerlandophone. Certains pourraient voir dans votre proposition une volonté de prise de pouvoir des francophones sur la Région bruxelloise.
Les Flamands de Bruxelles ne sont pas des Flamands de Flandre en termes d'approche : ils veulent vraiment développer Bruxelles. Que la Wallonie soit associée est important pour le développement économique de Bruxelles. Il y a tellement d'intérêts convergents et de besoins réciproques que l'on pourrait même trouver de grands accords grâce à ce système. Si un plan industriel est défini je ne vois pas pourquoi les ministres néerlandophones du gouvernement bruxellois rendraient les choses impossibles.
Allez-vous prendre une initiative pour mettre en œuvre votre idée de fédération francophone ?
Tout est une question de calendrier. On doit d'abord avancer sur les réformes en cours d'ici la fin de cette année et pour le début de l'année prochaine. Mais le dossier arrivera sur la table en cours de législature.
Pour résumer, vous prenez le contre-pied de Paul Magnette, qui prône au contraire la Belgique à quatre Régions : la Flandre, Bruxelles, la Wallonie et les germanophones.
Ceux qui prônent la régionalisation accrue et la mort de la Fédération Wallonie-Bruxelles n'ont jamais su répondre à une question : comment feraient-ils alors pour ne pas tout dédoubler entre Wallons et Bruxellois ? On aurait deux RTBF, deux administrations de l'enseignement et du sport… Où est l'économie ? Quel est l'intérêt ? Il faut faire exactement l'inverse. La Belgique à quatre Régions, c'est complètement ridicule.
Si votre projet de grande fédération voyait le jour, faudrait-il un "super ministre-Président francophone" à sa tête ?
Non, franchement… Il faut arrêter de créer des postes. Il faut moins de mandats politiques, moins de ministres. Il faut simplement des mecs avec du leadership.
