Commission Foyer anderlechtois : Bouchez pousse pour prolonger les travaux durant l'été, Dilliès veut préserver son gouvernement
La commission d'enquête sur le Foyer anderlechtois révèle une divergence de vues au sein du MR. Bouchez pousse pour prolonger les travaux, Dilliès privilégie la stabilité du gouvernement bruxellois.

- Publié le 29-06-2026 à 18h57

Au sein du MR, deux visions s'opposent désormais sur la suite à réserver à la commission d'enquête parlementaire consacrée au scandale du Foyer anderlechtois.
D'un côté, Georges-Louis Bouchez refuse que les travaux s'arrêtent le 21 juillet si toutes les responsabilités n'ont pas été établies. De l'autre, le ministre-président Boris Dilliès entend préserver la stabilité d'un exécutif qui vient seulement de sortir de près de 600 jours de crise politique.
Début juin, Boris Dilliès avait pourtant réussi un délicat exercice d'équilibriste. En acceptant la création de la deuxième commission d'enquête parlementaire de l'histoire de la Région bruxelloise (après le Samusocial), il répondait à une exigence de son président de parti tout en obtenant pour le PS un accord limitant les travaux au 21 juillet. Chacun y trouvait son compte : le MR obtenait son symbole, tandis qu'Ahmed Laaouej pouvait espérer un étouffement estival du dossier.
"Ils veulent la peau de Mostefa"
Mais à mesure que cette échéance approche, plusieurs élus MR redoutent que la commission ne bâcle ses conclusions, et ne mette pas fin à ce qu'ils décrivent comme le "système PS" dans le logement social anderlechtois.
Lundi, lors du bureau du MR, l'hypothèse d'une prolongation a été discutée. Georges-Louis Bouchez a été catégorique : il n'est pas question que la commission se termine en avec de simples recommandations molles.
"Georges-Louis Bouchez a expliqué que la commission devait déboucher sur des réformes fortes et l'établissement clair des responsabilités personnelles. Si ce n'est pas le cas, elle sera prolongée", résume un proche du président du MR.
Autour de lui, plusieurs élus bruxellois, notamment les Anderlechtois Amine El Boujdaini et Gaëtan Van Goidsenhoven, mais aussi Louis de Clippele, semblent partager cette analyse. Certains évoquent notamment la disparition de certains documents internes du Foyer, ainsi que les soupçons de préparation de certains auditionnés avant leur passage devant la commission.
Une source libérale va plus loin : "Si le PS s'obstine à sauver Lotfi Mostefa, on aura un problème. Bouchez ne laissera pas le PS noyer le poisson."
"La date du 21 juillet ne doit pas être un veau d'or. Je crains qu'au rythme où vont les choses, nous n'ayons pas le temps de rédiger un rapport de qualité", avertit un élu MR.
Face à cette ligne offensive, Boris Dilliès a défendu en bureau une approche différente. Pour le ministre-président, la priorité est de permettre au nouveau gouvernement de fonctionner. Après près de deux ans de blocage institutionnel, prolonger une commission qui monopolise déjà une partie importante de la vie politique bruxelloise risquerait de fragiliser une majorité encore récente.
Cette préoccupation est d'autant plus forte qu'une séquence importante se profile. Boris Dilliès a déjà demandé à Bart De Wever de réserver Val Duchesse le 16 juillet afin de tenter de débloquer plusieurs dossiers majeurs qui s'accumulent sur la table du gouvernement. Le ministre-président bénéficie du soutien de plusieurs élus, parmi lesquels la cheffe de groupe Loubna Azghoud, Clémentine Barzin ou encore Aurélie Czekalski.
Le député Olivier Willockx (MR) estime lui aussi qu'une prolongation n'est pas nécessaire, mais pour des raisons bien différentes.
"Si nous poursuivons les auditions après le 21 juillet, je ne pense pas que nous apprendrons beaucoup plus. La Justice aura probablement besoin d'un an supplémentaire. Nous, non: on a fait le tour."
"Je suis scotché par le rythme élevé qu'a adopté cette commission. Mais à ce stade, j'ai déjà entendu quinze fois la même chose. Si nous poursuivons les auditions après le 21 juillet, je ne pense pas que nous apprendrons beaucoup plus. On a fait le tour."
Au-delà du calendrier, c'est une divergence stratégique qui apparaît au sein du MR : faut-il poursuivre jusqu'au bout l'offensive politique contre le PS ou privilégier la stabilité d'un gouvernement qui vient à peine de prendre ses marques ? À ce stade, ni Georges-Louis Bouchez ni Boris Dilliès ne semblent prêts à se coucher.
La rupture avec le PS ?
Or, pour les socialistes d'Ahmed Laaouej, une prolongation est exclue. Une remise en cause du compromis conclu sur ce dossier serait vécue comme une rupture de confiance, susceptible de plonger durablement l'exécutif dans la paralysie.
Si le MR réclame finalement une prolongation des travaux, le premier désaccord politique majeur entre Georges-Louis Bouchez et le ministre-Président bruxellois pourrait bien surgir.
