Le folklore wallon est-il sexiste ? "Les mentalités sont en train de changer"
La commission des Patrimoines culturels mise en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles est très attachée à la question du genre.

- Publié le 01-03-2022 à 07h15
- Mis à jour le 01-03-2022 à 07h21

Le folklore wallon est-il sexiste ? "Ce n'est pas si simple que ça et d'ailleurs pour ma part je n'emploie pas le mot folklore, mais patrimoine immatériel", explique, d'entrée de jeu, Françoise Lempereur, titulaire des cours de patrimoine culturel et immatériel à l'ULiège. "Il y a beaucoup de différences entre les hommes et les femmes au niveau de la participation", enchaîne-t-elle, précisant que "chez les Gilles, les marcheurs, les échasseurs namurois, etc., ce sont les hommes qui occupent la première place. Il n'est pas juste, cependant, de dire que les femmes n'ont pas de rôle, même si ce sont les hommes qui sont mis en valeur. C'est parce que les femmes étaient au foyer par le passé. Et c'est la même chose au niveau de l'Église".
Françoise Lempereur constate cependant des évolutions. Certes, lentes, mais des évolutions quand même. "Les mentalités sont en train de changer. Le patrimoine est vivant, il est sans cesse en évolution et il s'adapte. On constate d'ailleurs que la présence des femmes se fait de plus en plus forte dans certains métiers ou en politique." D'ailleurs, la commission des Patrimoines culturels, mise en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles, est très attachée à la question du genre. "Elle a déjà refusé des candidatures parce que l'égalité était bafouée. Il y a une volonté de faire en sorte que la place des femmes soit mieux valorisée."
Des "machos"
Elle n'hésite pas, cependant, à qualifier de "machos" certaines organisations. Elle cite, en exemple, la polémique née en 2019 lorsqu'une femme a voulu occuper la fonction de tambour-major lors de la marche Saint-Feuillen à Fosses-la-Ville. "Le comité de la marche a complètement foiré en disant que l'Unesco (qui a reconnu plusieurs traditions populaires comme patrimoine immatériel, NdlR) allait retirer sa reconnaissance, alors que c'est l'inverse." Finalement, la jeune femme put marcher en lieu et place de son père qui occupait cette fonction auparavant.
Françoise Lempereur regrette par contre qu'au Doudou, on ait introduit, lors du fameux combat de saint Georges, deux personnages féminins. "C'est artificiel et d'ailleurs, certains à Mons n'hésitent pas à les qualifier de potiches."
Notre interlocutrice souhaite cependant mettre en avant un point important. À savoir, la force physique qui empêcherait les femmes de jouer le même rôle que les hommes. "Depuis mon enfance, je suis les échasseurs namurois (qui combattent place Saint-Aubain lors des fêtes de Wallonie à Namur, NdlR). Il y a une volonté de nombreuses jeunes filles de faire de l'échasse. Je suis membre du comité et nous avons accepté que des jeunes filles puissent devenir échasseurs. Mais il est nécessaire que les combats ne soient pas mixtes parce qu'un garçon gagnerait toujours."
Elle salue aussi l'arrivée, à Binche, des "Ladies", "un groupe de femmes qui a décidé d'organiser quelque chose le lundi du carnaval. Elles ont donc créé un groupe avec des costumes spécifiques. Elles sont totalement dans l'esprit de Binche et elles participent même à la remise des médailles".
Françoise Lempereur conclut en expliquant que "l'évolution se fera, elle sera lente mais elle se fera. Laissons aux porteurs de traditions le soin de la faire évoluer".