"La cérémonie des funérailles n'est plus un point final. Elle marque désormais souvent le début de nouveaux rituels, de nouveaux souvenirs"
Les liens avec les personnes décédées, "qu'on aimait tant", continuent d'exister pendant toute la vie. La notion de deuil a évolué.

- Publié le 28-10-2026 à 09h54

Certaines familles rivalisent d'originalité : des enterrements peuvent ressembler à de grandes fêtes. "En fonction des cultures, les funérailles sont des moments plus ou moins gais, plus ou moins tristes. On est en train d'évoluer vers quelque chose d'un peu plus joyeux", observe Éric Schellebroodt, entrepreneur de pompes funèbres dans le Condroz et la Hesbaye. Même après la mort d'un enfant, complète Lien Verfaillie, experte en deuil chez le spécialiste funéraire Dela. "Le jour des funérailles, il y a souvent des ballons blancs qui s'envolent. Les familles essaient de rajouter une touche d'espoir. Justement en l'honneur de cet enfant qui était tellement plein de joie et de vie. Ce ne serait presque pas naturel d'en faire quelque chose de sinistre et d'uniquement sombre."
Jusqu'au bout de la vie
Les rituels ne se limitent désormais plus au jour des funérailles, ajoute l'experte en deuil. "Avant, la cérémonie d'adieu marquait comme un point final. Maintenant, elle marque souvent le début de nouveaux rituels et de nouveaux souvenirs, qui se poursuivent pendant toute une vie, ajoute l'experte en deuil chez Dela. Je connais l'exemple de parents qui avaient perdu leur fils. Le jour des obsèques, ils ont demandé à tous leurs amis de le prendre avec eux chaque fois qu'ils partaient en vacances. Les amis ont dû être créatifs pour trouver la manière d'emmener symboliquement ce petit avec eux : en emportant une photo de lui, en écrivant son nom sur une pierre…"
Cette démarche est à rapprocher de l'évolution de la notion de deuil, décode Lien Verfaillie. "On reconnaît de plus en plus que le deuil ne connaît pas de fin, même s'il devient plus doux au fil du temps. Les liens avec les personnes décédées, qu'on aimait tant, continuent d'exister pendant toute la vie. Cette idée est beaucoup plus forte qu'avant."
Dans trois jours ou une semaine
Les gens préparent de plus en plus leurs funérailles en amont, pour soulager leurs proches de cette tâche, constate aussi Éric Schellebroodt. "Si le défunt est passé chez nous, de son vivant, on sait ce qu'il voulait. On a une trace écrite de ce que la personne souhaitait au centre funéraire." Les dernières volontés peuvent aussi être exprimées en ligne : elles se retrouvent alors dans la base de données. "Généralement, les familles sont au courant. Si ce n'est pas le cas, on est un peu l'interlocuteur du défunt."
La pratique de l'euthanasie (qui représente désormais 4 % du total des décès), en hausse constante, a un impact sur le travail des pompes funèbres. "De plus en plus de familles nous téléphonent pour nous dire : 'Voilà, dans trois jours, une semaine, l'euthanasie de mon papa ou de mon frère est prévue. On voudrait déjà préparer les funérailles'. On les reçoit et on règle déjà quasiment tout en amont. Cela permet aux proches de souffler et de prendre le temps. Vivre une euthanasie, ce n'est pas un moment anodin", poursuit M. Schellebroodt.
"Ça fait quelque chose, oui…"
Il arrive que la personne qui va recevoir "la mort douce" demande de rencontrer elle-même l'entreprise. "C'est particulier. Je sais que la prochaine fois que je la verrai, en fait elle sera décédée. Ça fait quelque chose, oui…" Dans ce cas, les funérailles sont encore plus personnelles : les futurs défunts choisissent leur cercueil, les musiques ou les chansons, la couleur des fleurs, la photo à imprimer sur les cartes souvenir… "Ça leur donne une certaine sérénité. Ils sont rassurés. Les proches ne devront plus s'occuper de tout ça." Les consignes sont alors très précises pour la cérémonie : il faut passer tel témoignage du défunt : lire une lettre écrite de sa main, diffuser un message audio, voire une vidéo qu'il a enregistrée avant sa mort. "Les gens nous disent : 'Je compte sur vous. Faites bien comme je vous ai demandé'."
L'urne contenant les cendres est tracée
Même si on ne peut pas tout faire après la mort. "C'est aussi à nous, en tant qu'entrepreneurs des pompes funèbres, d'informer les gens sur le cadre légal", indique M Schellebroodt. On ne peut pas diviser les cendres d'un défunt; un frère et une sœur ne peuvent pas faire moitié-moitié; une seule urne sera remise à la famille. "Il y a une question de traçabilité : la commune est informée du départ de l'urne et l'agent de quartier doit passer normalement pour vérifier."
L'urne peut être placée au cimetière (dans le colombarium, un caveau, une concession existante) ou être gardée dans la maison ou inhumée dans le jardin - pour autant qu'on soit propriétaire ou que ce dernier, dûment informé, donne son accord écrit. "Cela doit être notifié si jamais la maison est vendue ultérieurement, pour que les acheteurs sachent qu'il y a des cendres de quelqu'un sous la pelouse."