Parents décédés, incarcérés, souffrant de troubles mentaux, englués dans la toxicomanie… Les raisons qui empêchent des mères et des pères de prendre correctement leurs enfants en charge sont multiples et complexes. Ces gamins sont alors retirés de leur milieu familial et placés dans une famille d’accueil ou une institution.

Comme "Le Bateau ivre", à Boitsfort, une maison d’accueil qui héberge 17 enfants - la benjamine a trois ans - et adolescents méchamment bousculés par la vie. Pour certains, la prise en charge est de quelques mois, le temps que les parents retrouvent un point d’équilibre ; pour d’autres, l’accompagnement va jusqu’au bout de l’adolescence.

La croix et la bannière...

Une étape qui n’est pas simple. Dans le secteur de l’Aide à la jeunesse, l’aide s’arrête net à 18 ans - au moment où les grands enfants deviennent majeurs. Si un retour en famille n’est pas envisageable, "Le Bateau ivre" va accompagner les jeunes jusqu’à leurs 18 ans, en les aidant à se préparer à la vie d’adulte.

L’association bruxelloise de l’aide à la jeunesse privilégie ainsi, à partir de 16 ans, la mise en autonomie progressive en appartement supervisé. "Ils y dorment seuls, mais une équipe psycho-éducative les aide à gérer la nourriture, l’hygiène des lieux, le budget, le paiement des factures, les contraintes liées à l’école…", décrit François Moury, directeur.

Une solution pourtant difficile à mettre en œuvre. À Bruxelles comme dans les autres grandes villes, c’est la croix et la bannière pour trouver un logement décent à un prix correct. Quand on connaît le montant des subsides accordés chaque mois pour la mise en autonomie des adolescents (autour de 900 € pour le loyer, les charges, les frais d’habillement, de scolarité, de santé, de GSM…), on mesure la gageure que consite à dénicher un studio un tant soit peu accueillant ou un appartement qui n’est pas insalubre. Sans compter les réticences des propriétaires à louer un logement à un "enfant du juge"… Aujourd’hui, les jeunes se retrouvent souvent dans des communes moins favorisées, loin de la maison d’accueil, ce qui complique le suivi.

Appel à des fonds

Partant de ce constat, "Le Bateau ivre" a lancé l’idée d’acquérir ses propres logements où les "grands" pourront, à partir de 16 ans, apprendre à se débrouiller tout en étant encadrés dans leur expérience de semi-autonomie. La proximité des lieux permettra aussi aux jeunes de rester davantage en lien avec le foyer où ils ont grandi. Pour réaliser ce projet baptisé "La clef vers l’autonomie", qui nécessite des moyens nettement supérieurs aux subsides accordés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, "Le Bateau ivre" a fait appel à la générosité et à la solidarité. Le crowdfunding lancé le 1er décembre a déjà permis de récolter 84 000 euros.

Il faut entre 100 000 et 130 000 euros pour acquérir un studio à Watermael-Boitsfort ; entre 130 000 et 200 000 euros pour un appartement.

https://www.crowdfunding.lamaisondaccueil.be/