Max Vandervorst, maestro de papier et luthier sauvage à Namur en mai

Inventeur musicien, créateur légèrement fêlé, chef d'un orchestre de bouteilles de plastique, de chaises bancales ou d'objets abandonnés, Max Vandervorst célèbre cette année ses vingt-cinq ans de lutherie sauvage

Bertels Laurence
Max Vandervorst, maestro de papier et luthier sauvage à Namur en mai
©D.R.

Musique Atypique, le musicien belge et renommé fête ses 25 ans de lutherie sauvage.Rencontre Laurence Bertels Inventeur musicien, créateur légèrement fêlé, chef d'un orchestre de bouteilles de plastique, de chaises bancales ou d'objets abandonnés, Max Vandervorst célèbre cette année ses vingt-cinq ans de lutherie sauvage. Un clic à Wikipédia et vous saurez tout sur cet art qui consiste à créer des instruments de musique à partir d'objets non spécifiquement conçus à cet effet… Invité à Namur en Mai, Max Vandervorst y donnera six représentations de sa nouvelle création, "L'Orchestre de papier". On y voit le créateur dans son atelier, assis à son bureau de carton, à la recherche de l'impossible. Impossible ? Non. Peu à peu, au fil des froissements, déchirements, manipulations apparaîtront sous nos yeux, une flûte, des maracas, la guitare électrique de Bob Diddley construite à l'aide d'une boîte de Dash, un saxophone digne de celui du grand Adolphe et même un orgue final et génial pour un concert peu ordinaire, né à la suite de l'écriture d'un livre. Le papier, déjà… Rencontre avec un homme qui compte dans l'histoire musicale de notre pays.

Max Vandervorst, pourquoi avoir écrit "L'Orchestre de papier" ?

Parce que j'ai fait des trouvailles avec du papier. Je suis toujours à la recherche de matériaux à détourner. J'avais suivi la même démarche avec "L'Homme de Spa". Je voulais aller plus loin. Le papier fait partie de notre vie, a parfois une portée très symbolique. Etre sans papier, par exemple, ce n'est pas rien. Petite anecdote. Lorsque j'ai entamé mon projet, on m'a demandé de donner un atelier pour des demandeurs d'asile. J'ai donc commencé à faire des instruments de papier avec des sans-papiers. Nous sommes aussi dans une société bureaucratique. Par ailleurs, le rapport au livre est sacré car c'est le savoir. Le papier, c'est fragile aussi. J'aime les choses belles et fragiles comme le coquelicot.

Alors pourquoi avoir tant attendu ?

Je n'y avais tout simplement pas pensé avant. Et puis, les progrès de l'écologie sont la ruine de "L'Homme de Spa" car les bouteilles de plastique sont moins solides mais le papier et le carton, eux, n'ont pas changé. Il y en aura toujours. C'est une source inépuisable.

Lorsque vous faites vos recherches, vous êtes déterminé ?

Je suis un opiniâtre. Je voulais absolument réussir à faire sonner des matériaux aussi improbables.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans le carton ?

J'adore les logos sur les caisses en carton, tels ceux de Dash ou de Gancia. Il y a un côté pop art qui me plaît là-dedans. Et vintage aussi, avec Bonux ou La vache qui rit. On a tous un attachement à ces choses-là.

Lorsque vous êtes sur scène, vous coupez aussi des grandes feuilles de photocomposition. D'où viennent-elles ?

Ce sont les essais pour mes affiches. J'aime le côté récup'. Chez nous, tout est de la récup'. On a toujours été comme cela.

Une récup'qui vous mène loin. Le son qui sort de votre saxo est épatant…

Oui, le saxo, c'était le stade ultime. Tout le reste est un cheminement. Au début, il y a eu le déchirement, puis le froissement, puis la flûte, qui est le premier instrument à vent du monde pour arriver à la géniale invention d'Adolphe Sax. Le but n'était pas de réinventer des instruments.

Votre complice de toujours, Alain Moreau du Tof théâtre pour lequel vous avez écrit tant de musiques, a mis votre spectacle en scène. C'est la première fois que vous faites appel à lui ?

C'est la première fois qu'on travaille dans l'autre sens. J'ai toujours été au service de ses projets. Il apporte de l'ordre dans la dramaturgie. On suit l'inventeur dans son atelier. C'est une construction en temps réel. On flirte avec le théâtre d'objets…

Et avec le rock garage…

Avec le son un peu crade de la guitare électrique ! Je fais aussi allusion ici à Bo Diddley, ce vrai show man, avec un rythme un peu lancinant, un peu latino-américain. Je joue aussi beaucoup de musiques Rock and Blues, ce n'est pas ma culture mais c'est le côté vintage des marques des boîtes en carton qui appelle cela. Moi je suis plutôt musique pop des années 70.

Comment s'est passé votre quart de siècle de lutherie sauvage ?

Je ne l'ai pas vu passer. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites, données, qui ont porté leurs fruits et étendu le propos. Mon premier livre, "La lutherie sauvage" a été diffusé à dix mille exemplaires. La Maison de la Pataphonie, ce musée interactif de la musique que j'ai créé à Dinant, accueille dix mille visiteurs par an.

Vous êtes un musicien atypique et la lutherie sauvage prend de l'ampleur…

La lutherie sauvage, c'est un terme paradoxal parfait. Il y a un côté émulation. Aujourd'hui, je travaille dans l'enseignement supérieur en France. Entre autres. Pour moi, la pédagogie, c'est avoir une vocation, une passion et la transmettre.

La passion est intacte ?

Oui. La naïveté aussi. Après la "Symphonie des objets abandonnés", je croyais que je ne ferais plus rien et puis il y a eu d'autres projets. Comme "Complicités", le spectacle de cirque avec les artistes handicapés du Créahm. Cette "bande de zoufs" est incroyable. Ils sont encore venus en mars à La montagne magique pour un concert dans l'entrée du théâtre et Michel, le Monsieur Loyal de "Complicités", s'est intronisé chef d'orchestre. Tous ensemble, ils ont aussi improvisé deux reprises de Jo Dassin. Ils font partie de ma vie, de mes amours, de mes croyances.

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